Accord sur la dette grecque : la fin d'un "long épisode dramatique" mais "encore des moments difficiles"

Des manifestants qui protestent contre la politique d\'austérité en Grèce
Des manifestants qui protestent contre la politique d'austérité en Grèce (GIORGOS GEORGIOU / NURPHOTO)

La Grèce n'est pas encore tirée d'affaire, malgré la signature d'un accord pour alléger la dette du pays, frappé par une crise économique très dure depuis 2010, selon Nathalie Janson, économiste spécialiste de la zone euro, invitée sur franceinfo vendredi.

Après huit ans de crise économique et d'austérité, la Grèce va-t-elle enfin sortir la tête de l'eau ? Un accord a été trouvé par les ministres des Finances de la zone euro, vendredi 22 juin, pour alléger la dette grecque. Un soulagement pour le gouvernement et les habitants. Mais ce n'est pas la fin de la crise. "C'est difficile de dire que dans cinq ans ce sera terminé. Ce serait faire des promesses qui ne seront sans doute pas tenables", a réagi, sur franceinfo, Nathalie Janson, économiste spécialiste de la zone euro et professeure à la Neoma Business School de Rouen.

franceinfo : Cet accord représente-t-il la fin de la crise en Grèce ?

Nathalie Janson : On va enfin mettre un terme effectivement à ce long épisode dramatique et, pour l'économie grecque, on va vers un accord qui allège la dette, ce qui était effectivement demandé par les Grecs depuis longtemps et soutenu par le FMI.

Cependant, peut-on dire que c'est un régime de semi-liberté ?

On peut l'appeler effectivement ainsi puisqu'il y a une défiance vis-à-vis du pouvoir politique grec. Et pour remédier à cette défense, il y a cette exigence des Allemands de bien contrôler les comptes grecs, donc c'est pour cela qu'il y aura un audit qui sera fait quatre fois par an pendant plusieurs années. Cela vient sans doute de la façon dont la Grèce est entrée dans l'Europe et la façon dont la crise a débuté : le fait qu'on ait masqué les comptes publics et qu'on ait triché explicitement sur les comptes. C'est pour cette raison que ce contrôle va avoir lieu dans le cas précis de la Grèce, contrairement aux autres pays.

Cet accord va-t-il rendre la Grèce plus séduisante pour les marchés financiers ?

Dans un premier temps sans doute, oui, puisque là la Grèce a prouvé qu'elle a fait ce pour quoi elle s'est engagée. C'est plutôt positif pour les investisseurs. Le fait qu'il y ait eu cet allégement supplémentaire [avec un délai supplémentaire de dix ans pour commencer à rembourser une grande partie de ses prêts], c'était plutôt des éléments positifs, d'autant plus qu'on a cette tranche d'aide de 15 milliards d'euros qui sera également à disposition. Donc, on est plutôt dans une configuration positive. Avec l'audit des comptes, cela permet effectivement de renforcer la crédibilité de la Grèce sur les marchés.

Les Grecs vont-ils récolter les fruits de cette sortie de crise ?

Dans l'immédiat, non. L'économie grecque va encore avoir des moments difficiles puisque, de toute façon, ce que l'on demande à la Grèce, c'est un changement complet de son mode de fonctionnement. Il fallait réduire la part de l'État, ouvrir davantage l'économie à la concurrence internationale et à la concurrence tout court. Les personnes fragilisées sont celles malheureusement qui vont continuer à devoir payer le prix pour ce changement en profondeur. Le chemin n'est pas encore terminé, ça c'est certain.

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