Privatisations : quel Premier ministre est le plus gros vendeur ?

Alors que le gouvernement prévoit de céder 4 milliards d\'actifs de l\'Etat en 2015, francetv info revient sur les grandes vagues de privatisations.
Alors que le gouvernement prévoit de céder 4 milliards d'actifs de l'Etat en 2015, francetv info revient sur les grandes vagues de privatisations. (M. DELHINGER / FRANCETV INFO)

Alors que le gouvernement annonce la cession de 4 milliards d'actifs en 2015, francetv info revient sur plusieurs décennies de ventes de parts d'entreprises françaises détenues par l'Etat.

"Au moins quatre milliards d'euros de cessions d'actifs seront mis au service du désendettement de la France l'année prochaine", a annoncé le ministre des Finances Michel Sapin, dimanche 5 octobre, sur Europe 1. Le gouvernement prévoit donc une nette accélération des privatisations partielles, après des années de calme sur les marchés. Voilà bientôt trente ans que les gouvernements successifs vendent les bijoux de famille de l'Etat, dans des conditions parfois critiquées. Mais quel a été le Premier ministre le plus prolixe en la matière ? Francetv info livre son palmarès.

Surprise, c'est bien le socialiste Lionel Jospin (1997-2002) qui prend la tête de ce classement. Sous son mandat, aerospatiale-Matra et Usinor-Sacilors sont intégralement privatisés. L'Etat ouvre le capital de France Telecom (6,5 milliards) et de la CNP, et cède de nombreux titres : EADS (pour plus d'un milliard d'euros), AXA-UAP, Total, Pechiney... En 1999, Les Echos qualifient Dominique Strauss-Kahn – alors ministre de l'Economie – de "plus grand des privatiseurs". Un an plus tôt, Le Monde s'était déjà étonné que "Lionel Jospin privatise plus qu'Alain Juppé".

Mais si Lionel Jospin est le Premier ministre qui a le plus privatisé, ce sont Jacques Chirac (1986-1988) et Edouard Balladur (1993-1995) qui ont lancé le mouvement. Le premier s'appuie sur la loi de 1986, qui prévoit la privatisation de 65 entreprises d'ici à 1991, nationalisées pour la plupart en 1945 et en 1982. C'est l'époque où TF1 passe dans les mains de Bouygues et où sont vendues Saint-Gobain ou la Société générale. Le second s'appuie sur un texte de 1993, qui cible 21 entreprises, dont 12 non-vendues sous Chirac. Cette fois, c'est le tour de la BNP, Rhône-Poulenc, Elf Aquitaine, Renault ou la Seita.

Jean-Pierre Raffarin (2002-2005) cède de larges parts de Thomson, France Telecom et Air France-KLM. Mais le gouvernement de Dominique de Villepin (2005-2007) appuie encore sur l'accélérateur, avec la privatisation controversée des sociétés d'autoroutes Sanef, APRR et ASF, en février et mars 2006. Il cède aussi des parts dans Alstom, les Aéroports de Paris et Sofréavia. Sans compter les ouvertures de capitaux de GDF et d'EDF.

Le mouvement de cessions subit ensuite un coup d'arrêt, sous les gouvernements successifs de François Fillon (2007-2012). Une décision qui n'a rien d'idéologique. La crise financière de 2008 plombe les cours boursiers et dissuade l'Etat de céder ses bijoux de famille à bas prix. Des parts d'Agris, Adit et Aéroports de Paris sont tout de même cédées.

C'est Jean-Marc Ayrault (2012-2014) qui relance le mouvement. En 2013, son gouvernement cède des parts de Safran, d'EADS et d'Aéroports de Paris. Cette année, il recueille aussi 450 millions d'euros avec Airbus et 1,5 milliard avec GDF-Suez. Manuel Valls (2014 -) a d'ores et déjà prévu d'intensifier les cessions l'an prochain. Les actions détenues par l'Etat ont bondi de 40,75% en Bourse en un an, contre seulement 16,35% pour le CAC 40. D'un point de vue strictement financier, c'est donc le moment.

Ce graphique ci-dessous compile ces données, année par année, et non plus par gouvernement. Il permet de mieux voir les grandes vagues de privatisions évoquées plus haut (1986-1988, 1993-1996, 1997-2002), le coup d'arrêt entraîné par la crise financière, puis la reprise du mouvement initiée sous François Hollande.


Les recettes liées aux privatisations peuvent être utilisées de trois façons : soit pour doter le Fonds de réserve pour les retraites, soit pour investir à nouveau ou augmenter le capital d'entreprises, soit pour désendetter l'Etat. Alors que la dette publique de la France vient de franchir la barre symbolique des 2 000 milliards d'euros, le gouvernement prévoit d'orienter une partie des recettes vers la troisième option. Mais les sommes en jeu ne représentent qu'une goutte d'eau. Entre 1997 et 2014, les opérations réalisées par l'Etat s'élèvent à 76,9 milliards d'euros. Moins de la moitié, soit 34,4 milliards d'euros, a servi au désendettement de l'Etat et d'établissements publics.

Quelles seront les prochaines sociétés concernées ? Aujourd'hui, l'Etat détient des parts dans 74 entreprises, dont 12 sont cotées en Bourse. "Dans le monde économique et financier, on n'annonce pas à l'avance quelle est l'entreprise dont on va vendre une part", rappelle toutefois Michel Sapin. Mais les observateurs évoquent déjà Orange, le marché de Rungis, certains aéroports régionaux ou la Française des jeux.

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