Sauvetage de la Grèce : l'autocritique du FMI arrive-t-elle trop tard ?

Les drapeaux européen et grec devant l\'Acropole, à Athènes, en juin 2012.
Les drapeaux européen et grec devant l'Acropole, à Athènes, en juin 2012. (ANDREAS SOLARO / AFP)

Le torchon brûle entre le FMI et la Commission européenne au sujet du sauvetage de la Grèce. Explications avec Nicolas Véron, économiste au centre de recherche économique européen Bruegel.

Rien ne va plus entre le FMI et la Commission européenne. Dans un rapport publié mercredi, l'institution de Washington a admis que le premier plan de sauvetage de la Grèce, mené en 2010 sous l'égide de la troïka (FMI, Union européenne, Banque centrale européenne), s'était soldé par des "échecs notables". Le rapport n'est pas tendre avec les institutions européennes, la Commission et la BCE étant épinglées pour leur supposé manque de "compétence".

Les Européens ont réagi au quart de tour. Bruxelles a clamé son "désaccord fondamental" avec le contenu du document. Vendredi 7 juin, le commissaire européen aux Affaires économiques, le Finlandais Olli Rehn, a adopté un ton très cru : "Je ne pense pas que ce soit juste et équitable que le FMI essaie de s'en laver les mains et passe le sale boulot aux Européens." Que reproche exactement le FMI à l'Europe, et le constat n'intervient-il pas trop tard ? Explications de Nicolas Véron, économiste au centre de recherche économique européen Bruegel.

Quelles sont les erreurs soulignées par le diagnostic du FMI ?

Nicolas Véron : Ce sont avant tout des des questions de calendrier. Le FMI estime, par exemple, que la restructuration de la dette grecque [c'est-à-dire son effacement partiel et l'octroi de délais supplémentaires de remboursement] est intervenue trop tardivement. Pendant longtemps, on a entretenu l'illusion que la Grèce allait connaître une croissance suffisante pour financer ses dettes et éviter cette restructuration. Ce que le document du FMI décrit, et à juste titre, c'est que les hypothèses qui sous-tendaient ce scénario étaient irréalistes et n'auraient pas dû être validées par le FMI.

Pourquoi une telle réaction de la part de Bruxelles ?

Tout le monde est un peu sur les nerfs en ce moment. Il est difficile d'avoir un débat dépassionné sur ce sujet alors que la conjoncture est mauvaise et que les peuples européens souffrent. Le débat est nécessaire et bienvenu, mais il faut reconnaître que le document du FMI sous-entend : "Nous avions raison, mais nous ne l'avions pas dit assez fort." La réalité est sans doute un peu plus compliquée. Les dirigeants européens, sous pression, ont le sentiment que le FMI biaise le récit de ce qui s'est vraiment passé en les faisant apparaître sous un jour peu favorable. Leur réaction un peu défensive est assez compréhensible.

Sur le fond, les deux institutions cultivent-elles de réelles différences idéologiques ?

Non, ils sont sur la même planète ! Il peut toutefois y avoir des différences de jugement ente le FMI et la Commission européenne sur des cas particuliers, et surtout d'énormes différences institutionnelles : contrairement à Bruxelles, qui est partie prenante d'un système politique européen, le FMI peut se permettre le luxe d'aborder ces sujets avec plus de neutralité.

En remettant en cause le premier plan de sauvetage, le FMI donne-t-il raison aux partis de gauche en Europe qui considèrent l'austérité comme un remède pire que le mal ?

Ce n'est ni la Commission ni le FMI qui ont inventé la crise en Grèce. Le point de départ, c'est que le système de gouvernement en Grèce a mal fonctionné pendant les dix premières années de l'euro. Le débat austérité contre croissance est simpliste et trompeur. Le cœur du débat, c'est la solidarité en Europe et le système de gouvernance.

Jusqu'à l'an dernier, les investisseurs n'avaient aucune assurance que l'intégrité de la zone euro serait maintenue. La situation pouvait très rapidement déraper avec une fermeture du marché à certains pays comme la Grèce, mais aussi l'Espagne et l'Italie, et il n'existait aucun mécanisme de solidarité entre Etats. Il y avait donc une contrainte extrêmement forte sur les questions budgétaires.

Qu'aurait pu faire la troïka pour que le plan de sauvetage soit plus efficace ?

Les décisions auraient pu et dû être prises beaucoup plus vite. Le rapport du FMI a absolument raison de dire que le processus a été trop lent et que cette lenteur a permis à un certain nombre de créanciers privés de retirer leurs billes simplement en étant plus rapides que le système politique.

D'autre part, s'il y avait eu davantage de solidarité, notamment au début de la crise grecque, si les gouvernements de la zone euro avaient fait preuve d'un peu plus de mansuétude vis-à-vis de la Grèce, on aurait peut-être pu éviter l'enchaînement qui s'est produit. On peut refaire l'histoire, mais ce serait trop simple si l'on pouvait désigner un coupable. C'est un problème de système, pas un problème lié à telle ou telle décision.

Trois ans après, la Grèce est toujours en récession. Le constat du FMI n'arrive-t-il pas trop tard ?

Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Le fait d'avoir un débat et des analyses rétroactives sur ce qui a été bien fait ou mal fait est une bonne chose. Il faut applaudir le FMI pour avoir ce processus interne d'autoévaluation. C'est un premier pas utile, même s'il n'est pas exempt de critiques.

Vous êtes à nouveau en ligne