Après la perte du AAA de Moody's, quelles conséquences pour la France ?

(Maxppp)

DECRYPTAGE | Fini le triple A, seule Fitch résiste : après Standard and Poor's en janvier, l'agence de notation Moody's a rétrogradé lundi soir la note de la dette souveraine française de AAA à AA1, assortie d'une perspective négative. Si la France conserve effectivement la deuxième meilleure note possible, cette nouvelle dégradation ne sera pas sans conséquences : l'horizon en cinq hypothèses.

L'annonce lundi soir par un communiqué de l'agence de notation Moody's de la
dégradation de la note de la dette souveraine de la France n'a pas vraiment
surpris. Déjà en janvier, Standard and Poor's avait, d'un trait de plume,
balayé le AAA français à propos duquel Nicolas Sarkozy disait que si la France le
perdait, lui était "mort ".

Le cataclysme annoncé n'a pas eu lieu :
vaille que vaille, la France continue à emprunter à des taux historiquement bas. Même les marchés, mardi matin, ne
montraient pas de signes particuliers de fébrilité. Pourtant, même attendue, l'annonce
de Moody's est tout sauf une bonne nouvelle. Tant en termes économique que
politique, tant au niveau national qu'à celui de l'Europe, plongée dans la crise.

 

L'accès au marché de la France n'est pas immédiatement
menacé. Mais...
Les investisseurs, qui consentaient de bonne grâce à prêter
à la France à des taux bas, devraient s'avérer un tantinet plus rétifs, et donc
exiger des taux légèrement supérieurs : c'est la tendance qui se
confirmait mardi, constatée par la hausse de quatre points de base à 93 points
des CDS (les fameux credit default swap). Plus vulgairement, cela signifie qu'il est désormais plus coûteux pour
un investisseur de se protéger, de s' "assurer", contre un
risque de défaut de la France sur sa dette. Ce dernier répercutera donc le prix
du risque qu'il prend en exigeant d'être rémunéré un peu plus sur ce qu'il prête.
Pour autant, la France a encore une marge de manœuvre suffisante pour emprunter
sur les marchés à des taux relativement intéressants, puisque le budget 2013
prévoit un taux d'emprunt à 10 ans à 2,9% : il s'agit d'un taux bien
supérieur à celui auquel la France emprunte actuellement (2,06% avant la
dégradation).

 

La marge de manœuvre du gouvernement Ayrault se réduit

Avec le risque qu'il dépense davantage pour financer la dette
française, (toute relative puisqu'indépendamment de la dégradation de Standard
& Poor's le 13 janvier
, pour le moment, la France n'a jamais bénéficié de
taux d'emprunt aussi faibles) le gouvernement pourrait voir sa marge de manœuvre
inéluctablement se réduire : la dégradation de Moody's est en quelque sorte un "rapport
Gallois
bis", à cela près qu'elle n'a - vraiment - pas été commandée... Or si
le gouvernement décidait de dépenser moins, comme l'y incite Moody's, au tournant guette le risque de l'infernal
cercle vicieux baisse des dépenses publiques - baisse de la croissance - baisse
des recettes fiscales - nouvelle hausse du déficit. Première difficulté, donc,
au moins devant les électeurs. A l'inverse, s'il ne revoyait pas ses prévisions
de dépenses, le déficit pourrait encore se creuser : alors que la France s'est
engagée auprès de ses partenaires européens à réduire ses déficits, c'est
politiquement inconfortable. L'annonce de Moody's intervient d'ailleurs à la
veille du sommet de l'Eurogroupe....

 

Les collectivités locales touchées par richochet

Le budget des
collectivités locales dépend en partie (près de la moitié), des subventions de
l'Etat. En outre, celles-ci utilisent la garantie de l'Etat pour emprunter
ailleurs à des taux attractifs et conserver une notation de qualité :
certaines collectivités plus fragiles pourraient voir leur propre note dégradée
et leur marge de manœuvre se réduire en peau de chagrin faute de pouvoir
continuer à emprunter alors qu'elles sont déjà dans une situation critique. Concrètement,
il deviendra plus difficile pour elles de financer la construction d'une route
ou d'un rond-point. Voire, dans l'absolu, de verser des salaires.

 

Certains grands investisseurs pourraient se désengager

Les grands fonds de gestion obligataires exigent, pour s'engager
sur la dette d'un pays, que deux agences sur trois attribuent à ce dernier un
triple AAA. Depuis mardi, l'agence de notation Fitch est la seule à n'avoir pas
encore dégradée la note de la dette française. Aux yeux de ces grands
investisseurs, la dette française présente donc un risque qui pourraient les inciter
à investir ailleurs. Ils le feront d'autant plus volontiers que l'offre est large,
et la France n'est plus considérée comme un "grand marché", comme peuvent
l'être par exemple les Etats-Unis.

 

L'Europe déstabilisée La dégradation de la France pourrait entraîner, à terme, une
dégradation de la note du Fonds européen de stabilité financière prévu pour
venir au secours des Etats en difficulté : sa note dépend en effet de
celle des Etats membre qui le garantissent. Mardi, le FESF
confirmait ainsi le report de l'émission de nouvelles euro-obligations à trois
ans, puisque "confronté à un problème technique lié à l'Acte de
garantie
". Ce dernier prévoit en effet que toute nouvelle émission doit
être garantie à 100% par des Etats membres dont la note souveraine attribuée par
chacune des trois grandes agences de notation est similaire ou supérieure à
celle du FESF. Or, depuis mardi, la France, deuxième garant du fonds derrière l'Allemagne,
n'est plus dans ce cas. Moody's a d'ailleurs annoncé mardi après-midi qu'elle
pourrait abaisser les notes du FESF. Il est donc probable que depuis l'épicentre
français, l'onde de choc gagne l'Union toute entière. En croisant peut-être,
sur son passage, à un moment inopportun, des pays tels que la Grèce, l'Espagne ou
le Portugal...  

 

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