Urgences à l'hôpital de Cayenne : une mission d'audit afin "que l'on sache la vérité" sur les conditions d'accueil des malades

L\'intérieur du centre hospitalier Andrée-Rosemont de Cayenne (Guyane), le 31 mars 2017.
L'intérieur du centre hospitalier Andrée-Rosemont de Cayenne (Guyane), le 31 mars 2017. (JODY AMIET / AFP)

Gabriel Serville, député-maire de Matoury, estime, samedi sur franceinfo, que "le gouvernement et le ministère de la Santé doivent faire un effort qui doit aller en direction de la Guyane".

Une expertise a lieu, samedi 7 et dimanche 8 juillet au Centre hospitalier Andrée-Rosemon (Char) à Cayenne, en Guyane, à la demande de plusieurs parlementaires. Gabriel Serville, député-maire de Matoury, veut savoir "la vérité" sur les conditions de travail et d'accueil aux urgences, après le dépôt collectif de préavis de démission par 17 médecins urgentistes sur 25, a-t-il expliqué, samedi sur franceinfo.

franceinfo : Qu'attendez-vous de cette mission d'expertise ?

Gabriel Serville : J'attends que l'on sache la vérité, parce que depuis qu'on a compris qu'il y avait de gros problèmes de dysfonctionnement au sein du Centre hospitalier Andrée-Rosemon, on s'était positionnés auprès des personnels, auprès des médecins. Nous nous sommes rendu compte qu'à chaque fois, nous étions confrontés à des versions qui n'étaient pas toujours convergentes entre ce que disent les agents de terrain et ce que dit la direction de l'hôpital. Il nous a donc semblé utile de faire venir des personnes extérieures à la direction, extérieures à l'hôpital, qui par leur expertise, par leur détachement et leur neutralité pourraient porter un regard très précis sur le fonctionnement en particulier pour le service des urgences. Il semble utile que cette mission soit en capacité de faire un certain nombre de préconisations qui nous permettraient d'avoir un service qui fonctionne comme il se doit dans l'intérêt de la santé des Guyanais.

Les médecins comptent 120 passages par jour, dénoncent des procédures longues, et demandent 40 postes au lieu de 25. Avez-vous constaté que les conditions d'accueil sont mauvaises ?

Dans les conditions d'accueil, il y a deux choses. Il y a les conditions matérielles et puis il y a les conditions en termes de ressources humaines. Il est vrai que l'hôpital de Cayenne a des créances non-recouvrées d'environ 60 millions d'euros. Nous considérons tous que si les créanciers avaient payé leurs dettes à l'hôpital peut-être que cela aurait certainement permis à la direction de présenter un visage de l'hôpital qui soit plus fonctionnel avec du matériel, avec du mobilier pour faciliter le travail des médecins et des personnels soignants. Le deuxième axe de cette réflexion concerne le personnel. 

Effectivement, les médecins nous ont expliqué qu'ils sont surbookés parce que la Guyane a une configuration qui est très particulière.Gabriel Serville

C'est un territoire qui est très vaste avec des régions qui sont isolées et qui sont aussi couvertes par le Char, les médecins sont souvent sur des opérations d'évacuation sanitaire. Cela leur prend donc beaucoup de temps, ça pénalise l'organisation du travail au sein même du service. Je considère donc, sans pour autant donner un avis de technicien sur la question, qu'il y a matière à réflexion pour que dans cette configuration particulière de la Guyane on puisse trouver des mesures qui soient adaptées. Maintenant ma seule interrogation c'est que la feuille de route de la ministre de la Santé et des Solidarités dit qu'il y a quatre milliards d'euros à économiser entre aujourd'hui et la fin de la mandature. Je me demande comment on pourra véritablement résoudre cette équation.

D'où souhaitez-vous que le geste vienne pour aider le Centre hospitalier Andrée-Rosemon ?

Je pense que le geste doit venir de tout le monde, c’est-à-dire aussi bien de la direction de l'hôpital que de la direction générale de l'ARS qui a une mission essentielle en matière d'organisation de la santé publique sur le territoire. J'ai eu l'occasion d'adresser un courrier à la ministre pour lui dire que je considérais que le directeur général actuel avait failli dans ses missions et qu'il fallait le relever de ses fonctions. Je ne m'en suis jamais caché, mais je pense aussi que le gouvernement et le ministère de la Santé doivent faire un effort qui doit aller en direction de la Guyane.