"Les braquages, les vols c'est partout, tout le temps" : plongée dans l’un des quartiers les plus dangereux de Cayenne

La marche du 28 mars à Cayenne (Guyane).
La marche du 28 mars à Cayenne (Guyane). (CITIZENSIDE/NEGAYAH MARANH / CITIZENSIDE)

Au lendemain de la plus grosse mobilisation jamais organisée en Guyane, franceinfo a rencontré Martin, l’un des manifestants. Il nous emmène au Village Chinois, son quartier, l’un des plus dangereux de Cayenne.

Les Guyanais l’ont rebaptisé "Chicago". Au Village chinois, un quartier défraîchi des faubourgs de Cayenne, les dealers ont pignon sur rue et la violence est quotidienne. C’est ce qui a poussé Martin, garagiste installé ici depuis longtemps, à la grande marche du mardi 28 mars, la plus grosse mobilisation jamais organisée en Guyane, selon la Préfecture.

L’impossible vie de Martin au Village chinois, l’un des quartiers plus dangereux de Cayenne. Le reportage de Gaële Joly
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"C’est le matin, le soir, l’après-midi… Les braquages, les vols, c’est partout, tout le temps, peste Martin. Ici, on ne peut pas marcher, on ne peut pas se promener. Ce n’est pas une façon de vivre. J’ai des enfants, et je suis un peu inquiet pour eux. Avec la délinquance… Il faut arrêter…"

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Assis sur son scooter, Steven, 21 ans sait qu’il a de la chance : il a trouvé du travail dans une cantine, mais la plupart de ses copains, eux, ne font rien de leur journée. "Tu restes là… Mais personne ne veut mourir de faim. Alors certains volent, ou des trucs de ce genre-là. Après il faut se battre… Mais c’est vraiment difficile. Comme on dit ici en Guyane, si tu n’as pas de filon, tu n’as rien. Il faut connaître du monde. Sinon tu ne t’en sors pas. C’est la merde quoi…", soupire-t-il, résigné.

50% de chômage et des prix supérieurs à ceux de l'Hexagone

En Guyane, 50% des jeunes sont au chômage et presque la moitié des familles vivent sous le seuil de pauvreté. Il faut dire que tout coûte très cher. Démonstration avec Éric : le père de famille nous emmène faire les courses dans une épicerie du quartier. Là, il décrit : "Déjà le lait… 1,10 euro. En France métropolitaine, il est à 90 centimes. Du riz : 2,50 euros. C’est cher ! Quand vous avez deux, trois, quatre enfants, que vous avez le loyer, l’assurance, la voiture, l’essence, vous n’y arrivez pas." Les barrages, la grande marche, mardi 28 mars, étaient pour tous ces habitants de Chicaco un nouveau souffle d’espoir.

Voilà pourquoi ils suivront avec attention l’arrivée des ministres ce mercredi à Cayenne. Le ministre de l’Intérieur, Matthias Fekhl, et la ministre des Outre-Mer, Erika Bareigts, sont attendus mercredi 29 mars en Guyane, au lendemain d’une grande marche à Cayenne et à Saint-Laurent du Maroni qui a réuni près de 15 000 personnes.