"Ça n'a pas changé" : en Guyane, un an après l'accord, les habitants attendent toujours des prix moins chers

Cayenne, en Guyane, le 21 avril 2017, jour de la signature d\'un accord mettant fin à cinq semaines de conflit social. 
Cayenne, en Guyane, le 21 avril 2017, jour de la signature d'un accord mettant fin à cinq semaines de conflit social.  (JODY AMIET / AFP)

Fin avril 2017, l'accord de Guyane mettait fin à un long conflit social. L'application du plan est en cours, mais dans la vie quotidienne, les habitants ne semblent pas ressentir d'amélioration, notamment en termes de pouvoir d'achat et de sécurité. 

Il y a un an, le gouvernement promettait à la Guyane, un plan immédiat d'un milliard d’euros et 30 mesures d’urgence pour mettre fin à cinq semaines de conflit social. Aujourd’hui, les habitants tardent à voir ces mesures se concrétiser, notamment en termes de sécurité et de pouvoir d'achat. 

La facture du quotidien inchangée

Dans un supermarché de Cayenne, Natasha et Cheldon, parents de cinq enfants, n’ont pas l’impression que la vie est moins chère. "Ça n’a pas changé, c’est devenu plus cher", affirme la mère de famille. Le couple cite "la viande, le bœuf, les choses importées", parmi les produits aux prix les plus élevés. Pour avoir dans les rayons les mêmes produits qu’en métropole, il faut en payer le prix, constate Jean-Bernard, un autre client. "C’est 30% plus cher, pourtant il y a de la viande locale. Quand vous voyez des grandes surfaces prêtes à faire des cartes pour des crédits le 25 du mois, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Ici il y a longtemps que c’est établi", dit-il en faisant référence au paiement en différé lancé récemment par un grand distributeur en métropole.

Un sentiment d'insécurité

Ici, 44% de la population vit avec moins de 500 euros par mois. Cette situation crée des tensions et même un sentiment d’insécurité, selon Marie-Elisabeth, une habitante de Cayenne. "Maintenant je ferme ma porte. Les braquages se font même chez soi", dit-elle. Le supermarché où elle fait ses courses a été attaqué il y a moins d’un mois. "Des braqueurs sont rentrés dans le magasin au moment où le vigile sortait. Ils se sont jetés sur lui, l’ont attaché et forcé à aller jusqu’au coffre pour réclamer tout l’argent", relate Islande, la responsable du magasin.

Depuis le plan d’urgence il y a un an, le commissariat de Cayenne a reçu le renfort de 20 policiers. Olivier Goudet, président d’honneur du collectif des 500 Frères, à l’origine du mouvement contre la violence en Guyane l’an dernier, reconnaît qu’il y a eu des avancées, mais il reste prudent pour l’avenir, notamment sur la construction d’une nouvelle prison à Saint-Laurent-du-Maroni. "Aujourd’hui, l’État nous dit que le budget est là, mais il manque le foncier, précise Olivier Goudet. Nous avons bien compris que la date définie, c’est 2021. Donc pour nous, si en 2021, il n’y a rien, nous pourrons dire que nous avons échoué." Les représentants syndicaux attendent aussi des moyens dans le secteur éducatif, pour le système de prévention de la délinquance et pas seulement dans la construction de prison.

Quel quotidien en Guyane, un an après les accords - un reportage d'Anne-Laure Barral
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