CETA : "Quel est le risque à l’améliorer à la lumière des demandes de la Wallonie ?" s'interroge l'opposante Amélie Cannone

Paul Magnette, le président-ministre wallon, lors d\'une réunion autour du CETA, au parlement à Namur en Belgique, le 21 octobre 2016.
Paul Magnette, le président-ministre wallon, lors d'une réunion autour du CETA, au parlement à Namur en Belgique, le 21 octobre 2016. (BRUNO FAHY / BELGA MAG)

L'accord de libre-échange entre France et Canada, baptisé CETA , suscite des oppositions, notamment du côté de la Wallonie qui bloque toujours sa ratification. Selon Amélie Cannonce, du collectif "Stop Tafta", l'accord peut encore être modifié.

La signature du traité commercial entre le Canada et l'UE (accord baptisé CETA) est prévue le 27 octobre à Bruxelles. Mais la Wallonie bloque toujours sa ratification. La ministre canadienne du Commerce a rompu vendredi 21 octobre les négociations avec la Wallonie.

Sur franceinfo, Amélie Cannone, animatrice du collectif "Stop Tafta", opposée aux accords avec l’Amérique du Nord, précise que "cet ajournement, pour l’instant, doit encore être confirmé. Les pressions vont se poursuivre pour faire bouger la Wallonie, et du coup obtenir la signature de la Belgique."

franceinfo : L’UE vous semble-t-elle incapable de signer un accord avec l’Amérique ?

Amélie Cannone : L’Union européenne n’a pas été capable d’écouter le processus démocratique qui a été initié par la Wallonie, il y a déjà au moins deux ans. Il faut se rendre à l’évidence. Il y avait un gouvernement qui n’était pas ici en capacité de signer. Il fallait prendre en considération ses remarques et essayer de réfléchir à nouveau à un accord qui répondrait aux préoccupations des Wallons. Ils demandent la protection des services publics, la protection de l’agriculture, des éléments beaucoup plus contraignants sur la question des droits sociaux et des droits environnementaux. L’UE a refusé de prendre tout cela en considération. Il ne faut pas s’étonner que cela n’ait pas marché. Les États membres eux-mêmes ont choisi que la décision soit prise à l’unanimité. Aujourd’hui, il faut respecter cette unanimité.

Jean-Claude Juncker (Président de la Commission européenne, NDLR) reste lui toujours très confiant. Comment expliquez-vous ce décalage ?

Cet ajournement, pour l’instant, doit encore être confirmé. On va voir s’il donne lieu à une annulation de ce qui était prévu la semaine prochaine pour la signature. Les pressions vont encore se poursuivre dans les jours qui viennent pour faire bouger la Wallonie, et du coup obtenir la signature de la Belgique. On est aujourd’hui dans une situation où les citoyens européens voient très bien les implications de la libéralisation du commerce et les conséquences sur leurs vies. Ils n’acceptent plus ces accords dès lors qu’on leur explique ce qui se trouve dedans.

Qu’est-ce que vous reprochez à cet accord commercial avec le Canada ?

En réalité, contrairement à ce que dit François Hollande, c’est le frère jumeau du TAFTA (le traité en négociation avec les États-Unis, NDLR). On y trouve la libéralisation des marchés agricoles, avec probablement bientôt la fin des agricultures locales et paysannes, l’ouverture à la concurrence des entreprises américaines dans le secteur des services et les services publics ne sont absolument plus protégés. On y trouve aussi des dispositions sur l’arbitrage des investissements qui vont permettre à des multinationales canadiennes et américaines d’attaquer les gouvernements européens qui prendraient des décisions d’intérêt général. Des chercheurs ont travaillé dessus et expliquent, pour prendre le contre-pied de ce que dit le président français, que des dizaines de milliers d’emplois risquent d’être remis en question par le CETA. En France, on parle de 45 000 emplois qui pourraient être détruits. Cet accord, si il est aussi bon et aussi progressiste que la France veut bien le dire, quel est le risque à l’améliorer encore à la lumière des demandes de la Wallonie ? Il n’y en a aucun, on peut très bien prendre quelques semaines de plus.

Il faut "réfléchir à un accord qui répondrait aux préoccupations des Wallons" selon Amélie Cannonce, du collectif "Stop Tafta"
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