La Chine veut instaurer "un nouvel ordre mondial de l’information", affirme RSF

Le président chinois Xi Jinping, le 23 mars 2019, en Italie.
Le président chinois Xi Jinping, le 23 mars 2019, en Italie. (ALBERTO PIZZOLI / AFP)

Alors que le président chinois a été accueilli lundi sous l'Arc de triomphe à Paris par Emmanuel Macron, pour une visite d'Etat, Reporters sans frontières publie un rapport très critique sur les ambitions et la stratégie chinoises de manipulation. Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, était invité sur franceinfo.

Pressions, intimidations, séductions, la Chine déploie son influence dans les sphères médiatiques. plus impressionnant, c’est que le régime communiste chinois entend faire changer le monde s’agissant des médias et entend réduire la liberté de la presse dans l’ensemble du monde en instaurant, c’est le titre de ce rapport, "un nouvel ordre mondial de l’information". Cela passe par l’influence sur un certain nombre de pays et à commencer par l’Asie du sud-est, le Vietnam, le Cambodge. Cela passe aussi par l’entrée au capital de médias pour les arraisonner à la ligne politique chinois. En dix ans, il y aurait eu trois milliards d’euros d’investissements dans les médias, ne serait-ce qu’en Europe. Et on voit que ces investissements chinois pèsent sur certaines lignes éditoriales. Cela passe aussi par exemple par des invitations lancées à des journalistes du monde entier, à des formations qui leur sont dispensées, y compris des formations très spécialisées sur les routes de la soie, ce très grand projet d’infrastructure dans l’ensemble du monde, avec l’opération la plus connue, "tapis rouge", évidemment comme la couleur du drapeau chinois, du parti communiste. Les cours dispensés visent vraiment à faire porter la propagande du pouvoir dans leur pays respectif.

La Chine a massivement investi dans un groupe audiovisuel qui est diffusé dans 140 pays, avec notamment un grand bureau à Londres. Qu’attend concrètement la Chine de ces investissements ?

La Chine tente de contrôler l’information où que les gens se trouvent, y compris en organisant de grands évènements sur internet, sur les médias, en invitant des médias, des plateformes, en exerçant un chantage sur elles. Et puis elle développe tout simplement son groupe de propagande avec notamment son agence de presse Chine nouvelle, un groupe qui s’appelle Voice of China, un peu sur le modèle de Voice of America, ce groupe audiovisuel extérieur qui dépend du Congrès américain. La différence, c’est que sur des chaînes audiovisuelles extérieures dans les démocraties, on peut entendre parler de tout, des "Panama papers" quand il y a eu des révélations de ce groupe. Mais sur les antennes chinoises, et le département de la propagande l’avait bien précisé, pas un mot sur ce qui concernait la Chine. Chine nouvelle, par exemple, entend continuer à se développer : c’est d’ailleurs l’un de ses anciens patrons qui a établi, il y a une dizaines d’années, cette notion de "nouvel ordre mondial de l’information". Et dans ses interventions, ses discours, le journalisme, le mot journaliste n’apparaissaient pas.

Vous dites ce n’est pas du soft power, une opération séduction, c’est du short power, c’est quelque chose de plus dur, beaucoup plus tranchant ?

Cela peut être extrêmement violent et cela passe aussi par des entreprises de désinformation très fortes fondées sur ce qu'on appelle la propagande à l’extérieur des "petites roses" parce que ce sont surtout des jeunes femmes qui sont employées dans ces groupes.

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