Comprendre le débat sur la compétitivité en France

Les 500 entreprises françaises, qui ont connu la meilleure croissance sur trois ans ont créé \"40 000 emplois\".
Les 500 entreprises françaises, qui ont connu la meilleure croissance sur trois ans ont créé "40 000 emplois". (ADAM BERRY / BLOOMBERG / GETTY IMAGES)

Le "choc de compétitivité" est censé permettre de relancer la croissance et l'emploi. Francetv info vous explique comment. 

COMPETITIVITE – Les patrons réclament un choc, François Hollande préfère un pacte. Mais tous s'accordent sur la nécessité d'aider les entreprises françaises à être plus compétitives. C'est ce que propose Louis Gallois dans le rapport qu'il doit rendre au gouvernement lundi 5 novembre. Pour certains, et surtout les patrons des grandes entreprises françaises, cet électrochoc est la seule planche de salut. D'autres jugent le remède inadapté et dangereux. Comment réalise-t-on ce choc ? Francetv info vous donne les outils à disposition du gouvernement et les risques qu'il y a à les utiliser.

Quel est l'objectif ?

Le but ultime est de relancer la croissance et l'emploi en France. Pour cela, il faut permettre aux entreprises françaises de mieux vendre leurs produits afin d'enrayer la dégringolade des exportations commerciales françaises. Car les produits tricolores, qui représentaient 6,3% des échanges mondiaux en 1990, ont chuté à 3,3% en 2011. Plus parlant encore, dans le classement des pays les plus compétitifs réalisé par le World Economic Forum (WEF) (en anglais), la France a quitté le groupe des 20 premiers pays, tombant à la 21e place, alors qu'elle était encore 18e l'année dernière et 15e en 2010. 

Le WEF pointe ainsi les faiblesses de l'environnement économique : pas assez de flexibilité sur le marché du travail, trop de conflits sociaux et trop de taxes et de prélèvements. Ces deux dernières constatations en particulier sont partagées par la présidente du Medef, Laurence Parisot, qui juge la situation gravissime.

Quels outils pour relancer la compétitivité ?

Pour simplifier, deux principaux outils peuvent permettre aux entreprises d'être plus performantes.

La compétitivité coût. Elle permettrait d'agir directement sur le coût du travail en allégeant les charges, comme les cotisations sociales, qui pèsent sur les entreprises. On diminue le prix de vente en gardant le même niveau de qualité. Résultat : les prix des produits diminuent et deviennent ainsi plus attractifs. C'est cette métode que défendent les patrons français

C'est aussi le cheval de bataille qu'avait enfourché Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, décidant notamment la mise en place de la TVA sociale, qui consistait à baisser les charges patronales et compenser le manque de recettes par une hausse de la TVA. Autrement dit, les entreprises payent moins et les consommateurs davantage. Une mesure qui a depuis été enterrée par le gouvernement Ayrault.

La compétitivité hors coût. C'est ce qu'on peut aussi appeler la recherche et le développement. Les facteurs dits "hors coût" correspondent à l'avantage concurrentiel d'un pays, sa capacité à innover, la qualité réelle ou perçue de ses produits, de son système éducatif ou encore des efforts de recherche. Dans ces domaines, la France n'a cessé de perdre du terrain ces dernières décennies.

"Nous avons cessé d'investir dans notre avenir. Le déficit cumulé d'investissements de la France est de l'ordre de 400 milliards d'euros depuis 25 ans", détaille une étude de Terra Nova, think tank proche du Parti socialiste. C'est le cas notamment dans le domaine de la robotisation. La France ne compte que 34 500 robots industriels actifs, souvent obsolètes, soit deux fois moins que l'Italie et quatre fois moins que l'Allemagne.

Quels sont les risques ?

Ces mesures ont un prix, qui pourrait coûter cher à la France selon certains observateurs. Ainsi, pour financer ces efforts, l'une des pistes privilégiées serait un allègement des cotisations sociales des employeurs, compensé par un transfert sur des impôts tels que la CSG ou la TVA. C'est notamment ce que demande le Medef et ce qu'envisagerait le rapport Gallois. L'ex-patron d'EADS proposerait également une "réduction massive de la dépense publique", au-delà des 10 milliards déjà prévus dans le projet de loi de finance actuellement débattu au Parlement.

Mais selon Alternatives économiques (article abonné), ces mesures risquent d'avoir un effet récessif sur l'économie française, avec une baisse du pouvoir d'achat des ménages. En cette période de crise, les économies drastiques des dépenses publiques entraîneraient également une nouvelle réduction des marges de manœuvre du gouvernement pour mener une politique de relance. Le ministre du Travail, Michel Sapin, a quant à lui plaidé non pas pour un choc, mais pour "un travail méticuleux", rapporte Le Point. Lui aussi a reconnu que la méthode, en ayant un impact négatif sur la consommation, pénaliserait les entreprises elles-mêmes, qui ont besoin "d'un marché, y compris d'un marché intérieur".

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