"Le pacte de compétitivité, c'est un peu le même mécanisme que la TVA sociale"

Jean-Marc Ayrault a annoncé mardi 6 novembre les principales mesures de son pacte de compétitivité.
Jean-Marc Ayrault a annoncé mardi 6 novembre les principales mesures de son pacte de compétitivité. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Hausse de la TVA, crédit d'impôt, baisse de la dépense publique... L'économiste Nicolas Bouzou décrypte les mesures annoncées par Jean-Marc Ayrault pour la compétitivité.

COMPETITIVITE – Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé, mardi 6 novembre, un "pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi". Il s'agit d'un ensemble de mesures inspirées du rapport de Louis Gallois sur la compétitivité, remis la veille.

Crédit d'impôt de 20 milliards d'euros pour les entreprises, hausse de la TVA de 19,6% à 20%... Pour francetv info, l'économiste Nicolas Bouzou, directeur du cabinet d'études économiques Asterès, décrypte les mesures gouvernementales.

Francetv info : Que pensez-vous du compromis élaboré par le gouvernement ?

Nicolas Bouzou : La démarche est sans aucun doute la bonne. Les questions de la compétitivité et de la croissance sont enfin traitées. Il y a quelques maladresses : ils auraient pu, par exemple, prévoir une baisse plus importante des dépenses publiques et diminuer les cotisations patronales. Mais nous allons dans la bonne direction.

Avant même l'officialisation du crédit d'impôt, Laurence Parisot, la patronne du Medef, estimait que c'était "une erreur" de baisser les impôts et non les charges. Qu'en pensez-vous ? En quoi ces deux mesures sont-elles différentes ?

Les charges sont un élément constitutif du coût du travail. Quand on dit qu’il faut baisser les charges, c’est pour favoriser l’emploi. En revanche, un crédit d'impôt est censé augmenter l'investissement des entreprises.

En outre, les charges sont payées tous les trois mois, alors que l’impôt sur les bénéfices n'est payé qu'une fois par an. Je ne dis pas que ce crédit d'impôt n'est pas intéressant pour les entreprises, mais ce sont deux choses différentes.

Comment expliquez vous la préférence du gouvernement pour le crédit d'impôt par rapport à une baisse des charges ?

C’est complètement politique. Le gouvernement fait financer une baisse des impôts sur les bénéfices par une hausse de la TVA : c’est un peu le mécanisme de la TVA sociale prôné par Nicolas Sarkozy à la fin de son quinquennat. Mais le gouvernement ne baisse pas les charges parce que c'est le symbole d'une politique de droite. Comme cela, on ne peut pas dire que c'est le même dispositif que celui de Nicolas Sarkozy.

L'UMP, par la voix du président de la Comission des finances de l'Assemblée Gilles Carrez, dénonce "une usine à gaz". Est-ce que le dispositif est applicable ?

Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut simplifier le système fiscal français. Avec ce dispositif, c'est raté. D'autant plus que les baisses d'impôts seront circonscrites à des conditions particulières (masse salariale de l'entreprise par exemple). On va donc vers quelque chose de relativement compliqué.

A l'inverse, la gauche et certains syndicats craignent que la consommation stagne et regrettent l'absence de garanties sur l'utilisation par les entreprises des fonds dégagés par le crédit d'impôt. Ces critiques sont-elles justifiées ?

Ce que ne comprend pas l’extrême gauche, c'est que la consommation a besoin de salaires, et donc des entreprises. Et l'augmentation de la TVA, de 0,4 point, ne va pas ruiner les gens.

Les garanties sont très difficile à obtenir. Je ne vois pas ce qu'aurait pu faire le gouvernement de plus. Il faut que l'argent soit réinvesti mais nous n'avons pas de moyens de nous en assurer. Maintenant, il faut vraiment que les entreprises soient responsables. Cette baisse d'impôts n’est pas faite pour augmenter les dividendes. Si elles s'en servent de cette façon, ce sera dramatique.