Du patronat à l'extrême gauche, critiques contre le pacte de compétitivité

La présidente du Medef et le Premier ministre, le 29 août 2012.
La présidente du Medef et le Premier ministre, le 29 août 2012. (ERIC PIERMONT / AFP)

Les mesures annoncées ce matin par Jean-Marc Ayrault sont critiquées à la fois par le Medef, l'UMP, les syndicats et le Parti de gauche. Explications.

COMPETITIVITE - Certains ont aimé le rapport de Louis Gallois sur la compétitivité, remis lundi 5 novembre au Premier ministre. D'autres l'ont dénoncé. Et pourtant, si l'on excepte évidemment les membres du gouvernement, tous se rejoignent sur un point. Dans la façon dont le gouvernement s'apprête à mettre en musique les préconisations du rapport Gallois, il y a toujours quelque chose qui ne leur convient pas. Explications.

Le patronat préfère une baisse des charges sociales au crédit d'impôt

La patronne du Medef, Laurence Parisot, faisait part dans Libération, avant même l'officialisation des mesures gouvernementales, d'"une grande déception""Jouer sur l'impôt sur les sociétés est une erreur. Ce qui pèse sur les entreprises, c'est le coût des facteurs de production en amont des résultats. C'est donc là qu'il faut agir, soit en abaissant les cotisations, soit via le versement transport. Et non pas en aval", confiait-elle au quotidien daté du mardi 6 novembre.

Le lendemain, Laurence Parisot se montrait toutefois plus enthousiaste"Il est clair que la question de la compétitivité est au centre de la table et que des mesures sérieuses sont envisagées pour tenter de redresser les choses" déclarait-elle sur France 2 même si selon elle "ce n'est peut-être pas assez fort en terme de puissance, en terme d'intensité".

L'avis de l'économiste. "Le crédit d'impôt est décalé dans le temps, pour 2014, alors qu'une baisse des charges aurait eu un effet immédiat", avance Eric Heyer, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques, pour expliquer la déception du Medef. Il observe aussi que, contrairement aux baisses de charges, il est très facile et plus courant de revenir sur un crédit d'impôt. "Du point de vue de la stabilité et de la visibilité, c'est moins intéressant", conclut-il.

Les syndicats veulent des garanties sur l'utilisation de l'argent économisé par les entreprises

Dans les centrales syndicales, au contraire, le choix d'un crédit d'impôt en lieu et place d'une baisse des charges patronales préconisée par le rapport Gallois a été bien accueilli. "Il n'y a pas d'impact pour la Sécurité sociale", s'est félicité Jean-Claude Mailly, de Force ouvrière. Mais la satisfaction s'arrête là. Les 10 milliards de réduction de la dépense publique inquiètent Force ouvrière comme la CFDT. 

Les syndicats sont également vigilants sur l'utilisation par les entreprises des fonds dégagés par le crédit d'impôt. "Davantage de marges, nous disent les entreprises, mais pour quoi faire ? Quelles garanties effectives apportent-elles sur l'utilisation de ces marges supplémentaires au bénéfice de l'investissement productif au service de notre pays et de nos emplois ?" s'interrogeait la CFTC après la remise du rapport Gallois.

L'avis des économistes. "Il faut que l'argent soit réinvesti, mais nous n'avons pas de moyens de nous en assurer"reconnaît pour francetv info l'économiste Nicolas Bouzou, directeur du cabinet d'études économiques Asterès. Comme le Premier ministre, il en appelle à la responsabilité des entreprises. 

"La situation la plus vertueuse serait d'utiliser ces fonds pour l'investissement et l'emploi, explique Eric Heyer. Mais même si elles ne le font pas et qu'elles rétablissent leurs taux de marge, ils sont tellement dégradés que ce sera toujours cela de pris." L'économiste rappelle en effet que des taux de marge dégradés peuvent provoquer une hausse des prix, un freinage des embauches ou des destructions d'emplois.

La gauche de la gauche dénonce la hausse de la TVA 

A l'intérieur comme à l'extérieur du Parti socialiste, la gauche de la gauche s'est fermement opposée aux solutions proposées par Louis Gallois. Les mesures du gouvernement ne l'ont pas davantage convaincu. "Je trouve cela lamentable parce que c'est la poursuite de la même politique qui ne fonctionne pas", a regretté sur TV5 Monde le coprésident du Parti de gauche (PG), Jean-Luc Mélenchon. 

"C'est un choc qui est fait où on transfère sur le dos de la masse des travailleurs contribuables ce qui ne sera pas acquitté par l'entreprise au moment de la production de la richesse", a-t-il ajouté.

L'avis des économistes. "Pour le pouvoir d'achat, il vaut mieux ce dispositif, sur 2014, que ceux évoqués dans le rapport Gallois", analyse pour francetv info Denis Ferrand, économiste et directeur général de Coe-Rexecode, un centre de recherche proche du patronat. "L'augmentation de la TVA, de 0,4 point, ne va pas ruiner les gens", abonde Nicolas Bouzou.

L'UMP raille "une usine à gaz"

Séduite par le rapport Gallois, l'UMP l'est beaucoup moins par les mesures gouvernementales, même si François Hollande s'est résigné à augmenter la TVA. La droite est, par exemple, loin d'être convaincue par le "crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi". "Il serait beaucoup plus efficace de suivre les préconisations du rapport Gallois que d'aller inventer une nouvelle niche fiscale à l'impôt sur les sociétés", a réagi Gilles Carrez, président UMP de la Commission des finances, sur LCI.

Le député prédit "une nouvelle usine à gaz, extrêmement complexe : on remboursera une partie de l'impôt sur les sociétés à celles qui en payent, on fera un chèque à celles qui n'en payent pas. Sur la base de quels critères ? Personne ne le sait."

L'avis des économistes"D'une manière générale, à trop vouloir ménager la chèvre et le choux, on manque de lisibilité sur la politique économique générale, regrette Denis Ferrand. Nous avions un dispositif simple et efficace de manière immédiate, on lui substitue un dispositif plus compliqué, dont les effets sont plus dilués et éloignés dans le temps."

"Ce n'est pas une plus grande usine à gaz que la défiscalisation des heures supplémentaires" sous le précédent quinquennat, nuance Eric Heyer. L'économiste reconnaît cependant que le financement du crédit d'impôt est "un peu complexe à comprendre".