La France emprunte moins cher sur les marchés, malgré la perte du AAA

La salle des marchés de NYSE Euronext, à Paris, en août 2011.
La salle des marchés de NYSE Euronext, à Paris, en août 2011. (PHILIPPE WOJAZER / REUTERS)

L'Agence France Trésor, qui gère les obligations de la dette françaises sur les marchés, a réussi à lever comme prévu près de 9,5 milliards d'euros jeudi. Avec des taux plus bas qu'auparavant.

Une semaine après la dégradation du AAA français à AA+ par l'agence de notation Standard & Poor's, on pouvait craindre que la France ne passe pour une pestiférée sur les marchés financiers. Il n'en est rien. Pour preuve, le Trésor français a levé haut la main, jeudi 19 janvier, près de 9,5 milliards d'euros pour financer sa dette à moyen et long terme et s'est même offert le luxe d'emprunter moins cher.

Le "paradoxe" était largement attendu dans les salles de marchés, même si cette émission sur des échéances moyen et long terme, la deuxième de l'année, était considérée comme un test de la confiance des investisseurs.

Le test s'est donc avéré positif car les investisseurs français et étrangers ont répondu largement présents. Ils ont même proposé de prêter deux à trois fois plus que l'offre du Trésor. De plus, les taux ont baissé significativement. Sur l'emprunt à dix ans, le taux est ainsi passé à 1,07 % contre 2,32 % auparavant et à 1,51 % contre 2,44 % pour l'échéance de trois ans.

"La France reste une valeur sûre"

Concrètement, cela veut dire que la France, malgré son statut de moins bon élève qu'auparavant, n'est pas sanctionnée par le marché. "Cela prouve que la dégradation de Standard & Poor's était d'ores et déjà intégrée", a commenté Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet. Il souligne "un regain de confiance après, peut-être, un excès de pessimisme en fin d'année dernière".

"Même à AA+, la dette de la France reste une valeur sûre et surtout un des meilleurs placements actuels pour les gérants obligataires", a renchéri Cyril Regnat, stratégiste obligataire chez Natixis. L'explication tient dans le fait que le nombre de pays notés triple A se réduit comme peau de chagrin, alors que les liquidités des investisseurs sont toujours très importantes.

En effet, les banques européennes, grâce aux mesures prises par la Banque centrale européenne (BCE), sont abreuvées de liquidités. La BCE a ouvert les vannes du crédit en proposant en décembre 2011 des prêts à trois ans à des taux fixes, pour un montant total frôlant les 500 milliards d'euros. Maintenant, "cet argent doit bien s'investir quelque part. Les banques se positionnent ainsi bien logiquement pour acheter des dettes de leur pays", explique Frédéric Rollin. Une diffusion de liquidités qui laisse augurer un apaisement des tensions en zone euro.