Réforme du permis de conduire : "C’est la destruction de la profession", affirme un représentant syndical d’auto-école

Philippe Colombani, président fondateur de l\'Union Nationale des Indépendants de la Conduite, le 10 février sur franceinfo.
Philippe Colombani, président fondateur de l'Union Nationale des Indépendants de la Conduite, le 10 février sur franceinfo. (FRANCEINFO)

Philippe Colombani, président fondateur de l'Union Nationale des Indépendants de la Conduite, dénonce une réforme qui va provoquer la fermeture de nombreuses auto-écoles.

Le projet de réforme du permis de conduire a du mal à passer auprès des professionnels qui prévoient de manifester lundi 11 février à Paris mais également à Marseille, à Bordeaux ou à Nice. À Paris, des opérations escargots sont prévues très tôt le matin sur le boulevard périphérique.

À l’origine de la colère : le rapport parlementaire que la députée LREM Françoise Dumas va remettre le 12 février au Premier ministre. "Elle sait très bien que ce qu’elle fait, c’est en fait la destruction de la profession", soupçonne Philippe Colombani, président fondateur du syndicat l'UNIC (Union Nationale des Indépendants de la Conduite). Invité de franceinfo dimanche, il s’inquiète d’une "uberisation de la profession".

franceinfo : Pourquoi êtes-vous aussi remonté ?

Philippe Colombani : D’abord, on ne sait pas ce qu’il y a dans ce rapport. Madame Dumas a bien voulu nous en lire une partie. On peut imaginer que ce qu’elle ne nous a pas dit est peut-être le pire pour nous parce que je ne l’ai pas sentie très à l’aise. Elle savait très bien que ce qu’elle fait, c’est en fait la destruction de la profession. C’est un choix de société pour moi, ça va plus loin que la défense des auto-écoles.

Est-ce que le monde moderne, c’est la précarisation des travailleurs ? Parce que c’est vers ça qu’on va puisqu’on nous annonce des baisses de prix avec des moniteurs dits indépendants. Nous avons des lettres très claires de l’URSAFF qui disent que les auto-écoles n’ont pas le droit d’utiliser des travailleurs indépendants, des auto-entrepreneurs. Si vous le faites, vous serez sanctionnés et ils peuvent être requalifiés en salariés. Si le monde moderne, c’est la destruction des acquis sociaux et du salariat, j’appelle ça revenir au 19e siècle.

La volonté du chef de l’État est que le permis soit moins cher pour que les jeunes, même issus de milieux défavorisés, puissent l’obtenir. Comment pouvez-vous être plus compétitif qu’à l’heure actuelle ?

C’est très simple. Le permis de conduire, c’est environ 70% de taxes et impôts divers. Que nos hommes politiques qui empilent les taxes et les impôts depuis des années se regardent un peu dans une glace et se disent que, si on en est arrivé là, c’est peut-être aussi de leur faute ! On a une TVA à 20%, comme les produits de luxe. Est-ce que le permis de conduire est un produit de luxe ? On fait travailler de la main-d’œuvre. On connaît le coût de la main d’œuvre en France, il n’y a rien de plus cher. Donc que l’État fasse le ménage devant sa porte !

Aujourd’hui l’État a deux solutions pour faire baisser le prix du permis : ou il baisse la pression fiscale, mais ça fait 30 ans qu’on nous le dit et il en est incapable, ou alors il va passer à l’uberisation de la profession, il détruit une profession, il va vers la précarisation mais ça, je trouve ça scandaleux.

Comment va se passer la journée d’action ?

Très mal pour les Parisiens parce que je pense qu’on va battre des records d’affluence de manifestants. Nous allons bloquer les deux périphériques, intérieur/extérieur. Ensuite il y aura aussi un convoi qui passera dans Paris même avec des regroupements dans différents endroits.

On va disparaître. Pour les gens qui vont déposer le bilan d’ici un mois ou deux mois, ça leur passe au-dessus de la tête que des gens soient pris en otage. Et les gens qui sont pris en otage sont aussi des gens qui votent pour des gens qui nous tuent.

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