Prix des carburants : "Les Français ont l'impression qu’on revient à la politique du rabot : trouver l’argent où il se trouve"

Stéphane Rozès analyse le mouvement de protestation contre la hausse du prix des carburants (illustration).
Stéphane Rozès analyse le mouvement de protestation contre la hausse du prix des carburants (illustration). (PASCAL BONNIERE / MAXPPP)

Pour Stéphane Rozès, "les Français sont prêts à faire des efforts, mais si on leur dit où on les emmène". Le spécialiste analyse le mouvement de protestation contre la hausse du prix des carburants.

"Les Français ont l'impression qu’on revient à la politique du rabot : trouver l’argent où il se trouve", analyse Stéphane Rozès, le président de CAP (Conseil, analyse et perspectives), enseignant à Sciences Po et HEC, invité de franceinfo vendredi 2 novembre. Un mouvement est prévu le 17 novembre dans toute la France pour protester contre la hausse des prix du carburants, mouvement soutenu par 78% des Français, d'après un sondage Odoxa pour franceinfo. 

franceinfo : Cette justification de la hausse des carburants par la lutte contre le réchauffement climatique, est-ce du courage politique ou une erreur stratégique ?

Stéphane RozèsJe pense que la contradiction que l’on peut pointer, entre des Français qui disent que la question environnementale et la lutte contre le changement climatique sont prioritaires et le fait, au travers du sondage, qu’ils ne voient pas dans l’augmentation des prix des carburants une baisse de la consommation d’énergie fossiles qui polluent (et donc une bonne chose), vient du fait que des Français sont sous tension au quotidien. Ils connaissent des problèmes importants et en même temps, sur le moyen et le long terme, ils savent qu’il faut faire des efforts. Donc, la responsabilité en revient au politique.

Que peuvent faire les politiques ?

C’est à eux de construire une cohérence stratégique entre les objectifs et les moyens. Le gouvernement ne peut pas mettre en avant la lutte pour le pouvoir d’achat et la hausse des carburants. D’autre part, la lutte contre le changement climatique, la transition environnementale, c’est un travail de moyen et de long terme. Ce qui me frappe, c’est que les Français voient au travers de la hausse du carburant la continuité de ce qui a été fait ces dernières années. C'est-à-dire : où se trouve l’argent ?

Au fond, on ne peut pas transformer un pays comme la France si on met en avant des moyens techniques sans expliquer pourquoi. C’est ce qui me frappe ces derniers mois par rapport à la majorité, c’est l’incapacité du président et du gouvernement à construire une cohérence de transformation du pays. Les Français se replient du coup sur eux et défendent le quotidien et les intérêts de court terme.

Y a-t-il un vrai blocage entre le discours des citoyens et celui de la majorité ?

Au fond, c’est le pays qui va trancher. La France est, par rapport aux autres pays, dans une situation encore appréciable, y compris en termes de pouvoir d'achat et même d’inégalités. Pourtant, la France est en dépression. Emmanuel Macron s’est fait élire sur la promesse que la transformation du pays ne se faisait pas à partir de contraintes extérieures. Depuis qu’Emmanuel Macron n’a pas voulu dire à la télévision où il emmenait les Français, ils ont l'impression qu’on en revient aux politiques des prédécesseurs qui est la politique du rabot : trouver l’argent où il se trouve. Une politique qu’Emmanuel Macron avait d’ailleurs lui-même dénoncée. C’est ça le problème de l’exécutif. C’est que toutes les mesures qui sont prises semblent tout simplement guidées par des approches comptables de Bercy, alors que les Français sont prêts à faire des efforts, mais si on leur dit où on les emmène.

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