Taxes sur les carburants : "On peut se demander quel rapport le gouvernement a avec la transition écologique"

Le gouvernement annoncent que les taxes sur les carburants vont continuer à augmenter (photo d\'illustration).
Le gouvernement annoncent que les taxes sur les carburants vont continuer à augmenter (photo d'illustration). (ARNAUD JOURNOIS / MAXPPP)

Interrogé ce mardi sur franceinfo, Kevin Puisieux, responsable économie et finance à la Fondation pour la nature et l’homme, a réagi à la poursuite de l'augmentation des taxes sur les carburants.

Le gouvernement a annoncé que les taxes sur les carburants allaient continuer à augmenter, ce qui risque de peser de plus en plus sur le budget des ménages. "On a un vrai souci dans l'accompagnement des ménages", selon Kevin Puisieux, responsable économie et finance à la Fondation pour la nature et l’homme fondée par Nicolas Hulot. Il milite pour aider les foyers français à changer leurs modes de consommation, en matière de chauffage mais aussi de transports. "L'enjeu dans les prochaines semaines, c'est que le gouvernement soit obligé d'accélérer l'accompagnement", a-t-il affirmé mardi 23 octobre sur franceinfo.

franceinfo : Est-ce qu'augmenter le prix des carburants est la meilleure idée pour réduire la pollution ?

Kevin PuisieuxLe vrai problème, ça n'est pas la hausse de la fiscalité écologique, parce qu'elle est nécessaire. Le vrai problème c'est l'utilisation qu'on fait de cet argent récupéré au nom de la lutte contre le changement climatique et la pollution. L'année prochaine, l'État va percevoir presque 3 milliards d'euros de plus au nom de la fiscalité sur les carburants, sur le gaz naturel et sur le fioul. En l'état, on a un vrai souci dans l'accompagnement des ménages et des PME. L'argent n'est pas bien utilisé. Sur les 3 milliards d'euros, l'accompagnement va certainement augmenter de 350 à 400 millions d'euros, mais on est sur un rapport de 1 à 8, de 1 à 10. On peut se demander quel rapport le gouvernement a avec la transition écologique. L'enjeu fondamental, c'est que cet argent aille aider les ménages à changer de voiture, de mode de transport et à réduire leur consommation de chauffage en termes d'énergies fossiles.

Malgré les incitations, ce sont toujours ceux qui ne peuvent pas s'acheter un véhicule propre qui en pâtissent le plus ?

Il y a effectivement un enjeu social et territorial majeur. Si on veut atteindre nos objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, on doit permettre à ceux qui n'ont pas moyen de s'adapter de pouvoir le faire. La balle est dans le camp du gouvernement. Il a été obligé, la semaine dernière, de faire un geste supplémentaire à destination des ménages qui se chauffent encore au fioul, 4,5 millions de foyers en France. C'est énorme. L'enjeu, dans les prochaines semaines, c'est que le gouvernement soit obligé d'accélérer l'accompagnement. Le succès de la prime à la conversion montre que la plupart des gens sont prêts au nom de la protection du climat, ou par défaut, à changer de pratiques. Encore faut-il leur donner les moyens de le faire. Une partie des solutions sont disponibles, elles n'appellent qu'à être renforcées.

Est-ce que la balle n'est pas aussi dans le camp des constructeurs, qu'ils fassent un effort sur le prix des voitures ?

C'est un vrai sujet. Aujourd'hui, les constructeurs, notamment français, mettent le paquet sur des modèles type SUV, qui sont extrêmement chers, et qui sont des abominations écologiques. Ce sont quasiment des 4x4 sans la puissance du moteur. On a besoin que les constructeurs mettent le paquet, non pas sur les SUV qui sont inaccessibles financièrement et écologiquement aberrants, mais sur des petits modèles 208 ou Clio électriques. Il y a des efforts de recherches qui ont été faits, mais aujourd'hui, il y a une tentation des constructeurs de se refaire une santé financière sur des modèles inaccessibles et écologiquement non pertinents.

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