Moteurs diesel : Renault soupçonné d'avoir mis en place des "stratégies frauduleuses" pour passer les tests d'homologation

Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, au siège du groupe automobile, le 10 février 2017, à Boulogne-Billancourt. 
Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, au siège du groupe automobile, le 10 février 2017, à Boulogne-Billancourt.  (ERIC PIERMONT / AFP)

Selon un rapport de la DGCCRF que franceinfo a consulté jeudi, Renault a mis en place "des stratégies frauduleuses" pour fausser les tests d'homologation de certains moteurs diesel. Le PDG de l'entreprise, Carlos Ghosn, est pointé du doigt par la Répression des fraudes.

Renault est soupçonné d'avoir mis en place "des stratégies frauduleuses" pour fausser les tests d'homologation de certains moteurs diesel. Dans la tourmente depuis mercredi 15 mars, le constructeur automobile français a "formellement démenti" les accusations de "tromperies". Pourtant, le rapport de la Répression des fraudes (DGCCRF), que franceinfo a pu consulter dans son intégralité, affirme le contraire, et estime que "l'ensemble de la chaîne de direction", dont le PDG Carlos Ghosn, est impliquée.

La Clio IV et la Captur particulièrement visées

Deux modèles de voitures sont particulièrement dans le collimateur de la DGCCRF, la Clio IV et la Captur. Pour cette dernière, les experts de la Répression des fraudes ont découvert un dispositif qui repose sur deux éléments-clés : le calculateur de bord, autrement dit l'ordinateur qui analyse les informations du moteur, et le piège à oxyde d'azote, une sorte de réservoir.

Dans un fonctionnement idéal de la voiture, l'oxyde d'azote, un gaz toxique produit par le moteur, est stocké dans le réservoir. Lorsque ce dernier est plein, le calculateur de bord lance alors des purges, afin de dégrader l'oxyde d'azote et le rendre moins toxique une fois libéré dans l'atmosphère.

La DGCCRF a établi que lors des tests d'homologation, tout va bien : l'oxyde d'azote est bel et bien stocké dans son réservoir et les purges interviennent régulièrement. Mais c'est une tout autre histoire dans des conditions de circulation normales : les purges ne fonctionnent plus correctement, le piège à oxyde d'azote sature, et le gaz s'échappe alors directement par le pot d'échappement. Résultat : les taux de pollution explosent parfois de plus de 300 % à 400 % par rapport aux taux mesurés "officiellement" lors des tests.

Une "stratégie volontaire" selon le rapport

Le rapport est formel : il s'agit là d'une "stratégie volontaire", qui n'a pour but que de passer les tests d'homologation. Une analyse confirmée par des mails saisis lors de différentes perquisitions effectuées chez Renault, les 7 et 8 janvier derniers. Le chef du service développement du contrôle moteur et un expert en diesel reconnaissaient que la purge ne fonctionnait correctement que dans les conditions des tests d'homologation.

Depuis, Renault a modifié ses calculateurs de bord défaillants, évoquant un "bug", mais les enquêteurs estiment que ces "stratégies frauduleuses" remontent à plus de 25 ans, même si les techniques ont évolué. Et le seul à avoir autorité pour approuver une "stratégie", c'est le PDG, en l'occurrence Carlos Ghosn, à la tête du groupe depuis 2005.

Pour la Répression des fraudes, ce dernier ne saurait donc se prévaloir "de sa bonne foi". C'est bien Carlos Ghosn qui "dispose de la compétence, de l'autorité effective, et des moyens nécessaires à la mise en œuvre de la stratégie globale visant à fabriquer des moteurs frauduleux, puis à les commercialiser".