VIDEO. "Complément d'enquête" : comment Carlos Ghosn a réussi à s'octroyer un salaire annuel de 15 millions (contre l'avis des actionnaires)

COMPLÉMENT D’ENQUÊTE / FRANCE 2

En 2016 déjà, Carlos Ghosn avait fait scandale. Contre l’avis de ses actionnaires, de l’Etat, et même du Medef, le patron le mieux payé de France s’était "auto-augmenté". Salaire annuel : près de 15 millions d’euros. Cet extrait d'un "Document de Complément" revient sur cette autre "affaire Carlos Ghosn".

Comment avait fait le PDG de Renault, en 2016, pour s'octroyer, contre l'avis de ses actionnaires, un salaire annuel de près de 15 millions d'euros ? Gauche et patronat à l'unisson, et même le Medef, tout le monde avait crié au scandale : Laurence Parisot avait taclé un "égoïsme", un "manque de classe et d'honnêteté" troublants... "Complément d'enquête" revient le 17 janvier 2019 sur cette autre "affaire Carlos Ghosn".

Ce 29 avril 2016, le PDG de Renault doit faire valider ses choix stratégiques (et son salaire annuel avec) devant 500 actionnaires du groupe, réunis en assemblée générale. Une formalité. Mais ce jour-là, un homme s'attaque frontalement au grand patron et à ses 15 millions d'euros de salaire prévus cette année-là. Pierre-Henri Leroy, conseil pour une partie des actionnaires, le tance publiquement : "Ce manquement à l'exemplarité est inacceptable." 

750 smic : "C'est absolument astronomique"

Les revenus de Carlos Ghosn ont été multipliés par six ces dix dernières années. Le consultant se dit choqué par ces chiffres "incontrôlés" : "A 15 millions, on est à 750 smic – c'est absolument astronomique pour quelqu'un qui n'a pas créé l'entreprise. Ce sont des employés, des intendants du domaine, si vous voulez. L'intendant, avec 5 millions d'euros, il est déjà très content. Alors 15 millions, ça nous paraît assez anormal."

Suivi par une majorité d'actionnaires, Pierre-Henri Leroy remporte la première manche : pour la première fois dans l'histoire du groupe, le salaire du PDG est rejeté par l'assemblée générale. Carlos Ghosn en prend acte.

Un coup de tonnerre qui finit en coup tordu

Dans les heures qui suivent, le PDG convoque son conseil d'administration... qui lui accorde sa rémunération. Un coup de théâtre à mettre sur le compte "du génie et du talent de ce personnage, qui fascine les membres du conseil d'administration, analyse P.-H. Leroy. Carlos a une telle autorité naturelle que les gens se comportent comme des domestiques à son égard. Ils sont avant tout obéissants. Les administrateurs, pareil – alors qu'ils sont là pour le contrôler."

Une certaine idée de sa "juste valeur"

Interrogé par Ruth Elkrief après le scandale, le patron de Renault reste droit dans ses bottes et répond "scorecard" (objectif de performance), comme pour une équipe de foot. "Toute l'histoire de Carlos Ghosn montre qu'il a une certaine idée de lui-même. Il a toujours dit, rappelle Matthieu Suc, journaliste à Mediapart, qu'un patron de son espèce devait être rémunéré à sa juste valeur. Et il se trouve qu'il a une certaine idée de sa juste valeur..."

Extrait de "L'affaire Carlos Ghosn", un "Document de Complément" à voir le 17 janvier 2019.

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