Automobile : quatre questions sur le projet de fusion entre Renault et Fiat Chrysler

Les logos de Renault et de Fiat Chrysler Automobiles, en pleine discussion pour une possible fusion, le 27 mai 2019.
Les logos de Renault et de Fiat Chrysler Automobiles, en pleine discussion pour une possible fusion, le 27 mai 2019. (MARCO BERTORELLO / AFP)

Le conseil d'administration de Renault s'est réuni lundi matin pour examiner la possibilité d'une alliance avec le groupe italo-américain. Leur union pourrait aboutir à la création du troisième plus grand groupe automobile mondial. 

L'industrie automobile pourrait voir son paysage chamboulé dans les prochains mois. Lundi 27 mai, le conseil d'administration de Renault s'est réuni en début de matinée au siège de l'entreprise à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) pour étudier l'offre d'un projet de fusion avec le groupe italo-américain Fiat Chrysler (FCA). Ses membres ont majoritairement voté pour l'ouverture des discussions. Salué par les marchés et le gouvernement français, ce rapprochement pourrait donner naissance au troisième fabricant automobile mondial, devant le mastodonte allemand Volkswagen et le Japonais Toyota. 

Le portefeuille de marques des deux groupes est "large et complémentaire, et fournirait une couverture complète du marché, du luxe au segment grand public", note FCA dans son communiqué. Franceinfo vous résume les enjeux de cette alliance qui ne devrait pas être officialisée avant un an. 

1Quel est l'intérêt d'une fusion pour les deux groupes ?

Le rapprochement des deux constructeurs permettra d'abord de réaliser des synergies considérables, de l'ordre de 5,3 milliards d'euros d'ici 2024. "Ces synergies résulteraient principalement de la convergence des plates-formes, de la mise en commun des investissements en matière de motorisation et d'électrification ainsi que des économies d'échelle", souligne Fiat-Chrysler dans son communiqué. L'entreprise précise que ce rapprochement créerait un "portefeuille de marques couvrant tous les segments clés du marché" : des marques de luxe comme Maserati et Alfa Romeo à celles plus grand public telles que Dacia et Lada, en passant par "les marques emblématiques de Fiat, Renault, Jeep et Ram ainsi que les véhicules utilitaires"

Cette union permettrait ainsi aux deux groupes de former un poids lourd du secteur en devenant le troisième groupe automobile mondial, avec 8,7 millions de véhicules vendus annuellement et un chiffre d'affaires de 170 milliards d'euros. En tenant compte de l'alliance formée par Renault avec Nissan et Mitsubishi, cette nouvelle entité deviendrait même de très loin le constructeur numéro un mondial, devant les groupes Volkswagen et Toyota. 

Grâce à son partenaire Nissan, Renault dispose d'un accès privilégié à l'Asie, où il a vendu 1,6 million de véhicules en Chine l'an dernier d'après Les Echos. Fiat Chrysler pourrait donc bénéficier de cette implantation, tout en apportant à Renault un accès au marché américain d'où la marque française est totalement absente. "Ensemble, Renault et FCA seraient numéro 2 sur la zone Europe-Afrique-Moyen-Orient, numéro 1 en Amérique latine ou numéro 4 en Amérique du Nord", détaille Le Figaro

A eux deux, les groupes souhaitent développer les investissements en matière de conduite autonome et de motorisation électrique, domaine dans lequel Renault apporterait son savoir-faire au groupe italo-américain. La marque française n'a pas la taille suffisante pour investir seule dans ce secteur : son rapprochement avec FCA lui permettrait d'être plus ambitieuse.  

2Comment seront réparties les parts de chacun des deux groupes ?

Selon la proposition faite par FCA à Renault, le rapprochement s'effectuera à parité entre les deux entreprises. Le projet prévoit en effet la création d'une holding de tête aux Pays-Bas, détenue à 50% par chacun des deux groupes. La capitalisation boursière de FCA étant légèrement supérieure à celle de Renault, les actionnaires du groupe italo-américain devraient recevoir un dividende exceptionnel de 2,5 milliards d'euros pour compenser le déséquilibre. La nouvelle entité serait cotée à Paris, New York et Milan, a expliqué Fiat Chrysler dans un communiqué. Le siège des deux constructeurs resteront à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) et Turin, en Italie. 

Les actionnaires majoritaires de Renault-Fiat-Chrysler seront le groupe Exor. Il appartient à la puissante famille Agnelli, qui contrôle actuellement 29% du capital de FCA : elle passera à 14,5% du capital de ce nouveau groupe. L'Etat français détiendra 7,5% du capital (contre 15% aujourd'hui) et Nissan passera également de 15% à 7,5%. 

La nouvelle a bien été accueillie lundi matin par la Bourse de Paris, puisque le titre de Renault bondissait de 13%, un peu moins d'une heure après le début des échanges. Au même moment à Milan, l'action de Fiat-Chrysler bondissait de 12%. 

3Nissan est-il impliqué dans les discussions ?

 Partenaire stratégique et actionnaire à hauteur de 15% de Renault, le groupe japonais ne semble pas, à ce stade, participer aux discussions. L'alliance de Renault et Nissan, englués dans une relation compliquée depuis l'arrestation de Carlos Ghosn à Tokyo en novembre dernier, s'est fortement détériorée. Jean-Dominique Senard, le président de Renault, doit se rendre à Tokyo mercredi 29 mai pour discuter de ce projet de fusion avec son partenaire. 

Une alliance franco-italo-américaine changerait le rapport de forces au sein de l'attelage Renault-Nissan-Mitsubishi, en renforçant la partie française. Laquelle vient justement d'être sèchement éconduite par Nissan, à qui Renault proposait une union plus étroite. Une source proche du dossier estime que "ce projet laisse la porte ouverte à Nissan" pour faire partie de ce rapprochement. 

4Comment les gouvernements français et italien ont-il réagi ?

 Jean-Dominique Senard a présenté ce projet de fusion au ministre de l'Economie Bruno Le Maire, vendredi 24 mai. La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a annoncé lundi sur RMC et BFMTV que le gouvernement était "favorable" à la fusion. "C'est important pour nous parce que ça témoigne de notre capacité à répondre aux enjeux de souveraineté économique européenne et française, dans un contexte de mondialisation où on a de très grandes entreprises, des géants, qui se sont construits en dehors de l'Europe, et aujourd'hui on a besoin que des géants se construisent en Europe", a argumenté la secrétaire d'Etat.

Mais les gouvernements français et italien attendent quelques garanties pour valider leur accord. A commencer par la sauvegarde des emplois sur les différents sites des groupes. 

Il faut que les conditions dans lesquelles se réalise cette fusion soient à la fois favorables au développement économique de Renault et évidemment aux salariés de Renault.Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernementsur RMC-BFMTV

Pour rassurer les dirigeants des deux pays, FCA assure que les économies d'échelle n'impliqueront pas des suppressions de postes. "Ce rapprochement n'entraînerait aucune fermeture d'usine", affirme ainsi le communiqué du groupe. La CGT a par ailleurs exigé lundi que l'Etat conserve "une minorité de blocage permettant de faire prévaloir les intérêts français" afin de limiter au maximum les suppressions d'emplois. 

Le gouvernement français souhaite également, d'après Le Monde, que ce "rapprochement se réalise dans le cadre de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi" afin d'en assurer "la pérennité et de la renforcer" a précisé le ministère de l'Economie au quotidien. Dans son communiqué, Fiat-Chrysler a précisé que Nissan et Mitsubishi Motors bénéficieraient des synergies de ce nouveau groupe fusionné. 

S'il était accepté, le projet d'accord nécessiterait plus d'un an pour être finalisé, a déclaré lundi Mike Manley, administrateur délégué de Fiat Chrysler Automobiles.

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