Arrestation de Carlos Ghosn : la CGT appelle l'État à "saisir cette occasion" pour "remettre sur la table la stratégie de Renault"

FRANCEINFO

Pour Fabien Gâche, délégué central de la CGT chez Renault, il faut changer de stratégie pour que "la partie sociale prenne le pas sur les exigences des actionnaires".

Si les faits reprochés à Carlos Ghosn sont avérés, "il est bien évident que Carlos Ghosn ne peut plus diriger une entreprise comme Renault", a estimé mardi 20 novembre sur franceinfo Fabien Gâche, délégué central de la CGT à Renault. Il appelle l'État à "remettre sur la table la stratégie de Renault". Carlos Ghosn, patron de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, a été arrêté lundi au Japon et placé en garde à vue pour malversations financières.

franceinfo : Carlos Ghosn est soupçonné d’avoir dissimulé une partie de ses revenus au fisc japonais entre 2011 et 2015, soit environ 37 millions d’euros. Quelle est votre réaction ?

Fabien Gâche : Tout d’abord, on a été surpris, parce que ce type d’information n’avait pas filtré. Et puis la deuxième réaction, c’est de se dire que lorsque l’on connaît la rémunération de Carlos Ghosn, c’est-à-dire environ 15 millions d’euros [par an] entre Renault et Nissan, on se dit quand même que ce monsieur, si les faits étaient avérés, n’en n’a jamais assez. Et puis la troisième réflexion qui me vient à l’esprit, dans l’hypothèse encore une fois où les faits seraient avérés, c’est que si cette pratique a eu lieu chez Nissan, n’aurait pas-t-elle eu lieu également chez Renault, chez Mitsubishi ou en tout cas dans toutes les entreprises dans lesquelles Carlos Ghosn avaient des responsabilités ?

Votre direction, le groupe Renault France, vous a-t-elle parlé ?

Non, c’est bien le problème. Pour l’instant, la direction générale de Renault n’a absolument rien dit. On ne sait à cette heure toujours pas quand est-ce qu’un conseil d’administration aura lieu. On n'a aucune information particulière de la part de Renault, si ce n’est de dire qu’ils attendent d’avoir une communication avec Carlos Ghosn lui-même. Il est bien évident que l’image de Carlos Ghosn, et plus globalement celle de Renault, est atteinte. Notre inquiétude, c’est que dans ce type de situation, c’est toujours aux salariés qu'on demande de payer la facture. C’est la première des choses qui nous nous préoccupe. Si les faits étaient avérés, il est bien évident que Carlos Ghosn ne peut plus diriger une entreprise comme Renault.

La situation de Renault est particulièrement délétère, dans la mesure où depuis que Carlos Ghosn est PDG de Renault, la France a perdu à peu près 34% de la production industrielle. En 2004, la France produisait 53% de la production européenne. Fin 2017, on n'en produit plus que 18%. On est dans un processus de délocalisation vers des pays low-cost. Donc cette occasion, si je puis dire, doit être saisie par l’État pour remettre sur la table la stratégie de Renault. Pour une stratégie réellement industrielle et sociale. Et faire en sorte que la partie sociale prenne le pas sur les exigences aujourd’hui des actionnaires.

Bruno Le Maire a dit vouloir consolider l’alliance Renault-Nissan. L’attitude du gouvernement est-elle rassurante ?

Cela ne nous rassure pas du tout, dans le sens où les gouvernements qui se sont succédé ont toujours validé la stratégie de Carlos Ghosn. Et pour les raisons que je viens d’évoquer, ça nous semble assez catastrophique pour l’avenir à long terme d’une entreprise comme Renault en France. C’est la raison pour laquelle on aimerait que cette fois-ci, le gouvernement puisse entendre et regarder au plus près quelle est la situation de Renault.

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