"Airbus des batteries" : "Si une filière doit se construire, il faut compter la fin de la décennie 2020", estime un spécialiste

Une voiture électrique se recharge. 
Une voiture électrique se recharge.  (SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)

Les ministres français et allemands de l'Économie ont annoncé vendredi un projet pour créer les batteries du futur pour l'automobile. 

Entre cinq et six milliards d'euros vont être investis dans un projet européen de construction de batteries automobiles, dites de quatrième génération. Les ministres français et allemand de l'Economie, Bruno Le Maire et Peter Altmaier, ont annoncé vendredi 3 mai ce projet baptisé "Airbus des batteries". "Il ne faut pas être trop dépendant des quelques acteurs qui maîtrisent cette filière", a affirmé vendredi sur franceinfo Bernard Jullien, maître de conférences en économie à l'université de Bordeaux. "L'Europe a raté le lithium-ion", les actuelles batteries de troisième génération "qui sont achetées et brevetées plutôt en Asie, ce qui pose un problème du déficit du commerce extérieur", a-t-il affirmé. 


franceinfo : De quoi parle-t-on, quand on parle de batteries de quatrième génération ?

Bernard Jullien : Aujourd'hui on est sur des batteries lithium-ion, la troisième génération actuelle. Le projet, c'est de prendre position sur ces générations-là en essayant de les faire progresser un petit peu, et de se positionner sur la génération suivante qui devrait être des batteries dites par voie solide, plus fiables, avec une durée de vie plus longue. Là, il n'y a pas le retard que l'Europe peut avoir sur la génération trois, monopolisée par les Asiatiques.

Quelle est la marge de progression de ces futures batteries, et qu'est-ce que cela pèse dans le coût d'une voiture ?

Il y a cette question de l'autonomie, du coût, de la recyclabilité. Alors que la batterie était une industrie massivement européenne avant le lithium-ion, l'Europe a raté le lithium-ion. On est en train d'équiper les véhicules avec des batteries qui sont achetées et brevetées plutôt en Asie. Cela pose un problème du déficit du commerce extérieur, et puis un problème de maîtrise de la valeur. C'est tout cela que l'on cherche à régler avec cet Airbus de la batterie dont les contours ne sont pas encore très clairs. Aujourd'hui, la batterie pèse à peu près 40% de la valeur d'un véhicule électrique. On espère que cela descende dans les années à venir à 20 ou 25 points. Pour cela, il ne faut pas être trop dépendant des quelques acteurs qui maîtrisent cette filière-là. On va avoir une demande très forte sur les batteries. Cela peut permettre aux acteurs asiatiques de faire grimper le prix et on peut rater la descente des prix qui se dessinait sur le plan technologique.

Quel est le calendrier pour que cet "Airbus de la batterie" arrive à terme?

Selon le projet, c'est pour 2022, 2023, pour des volumes relativement modestes. Si une filière doit se construire, il faut compter la fin de la décennie 2020. Il y a des pressions réglementaires très fortes en Europe. Il y a un premier cap à passer en 2021. Là, les constructeurs vont avoir besoin de mettre beaucoup de véhicules électriques sur les routes pour ne pas payer des amendes. Ensuite, entre 2021 et 2030, on a demandé aux constructeurs de réduire de 37,5% leurs émissions de CO2, ce qui oblige à une électrification massive. On a mis un peu la charrue électrique avant les bœufs des batteries. Il faut rattraper ce retard-là, sans quoi, cela sera séduisant sur le plan écologique mais problématique sur le plan industriel et sur le plan du commerce extérieur automobile européen.

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