Paris : une application VTC propose des courses à 35 euros minimum pour être socialement responsable

La site d\'Airport Cab en mars 2018.
La site d'Airport Cab en mars 2018. (CAPTURE D'ÉCRAN)

Lancée vendredi à Paris, la plateforme de VTC Airport Cab propose des courses à minimum 35 euros. Objectif : offrir une rémunération juste aux chauffeurs même si ces derniers doivent aussi trouver leurs propres clients en parallèle.

C'est la petite dernière du marché des voitures de transport avec chauffeur (VTC). La plateforme Airport Cab est née vendredi 2 mars à Paris, avec une volonté affichée : apporter une rémunération correcte à ses chauffeurs. Le tarif minimum de la course est fixé à 35 euros, quelle que soit la distance parcourue.

Par comparaison, l'application Uber propose des courses à six euros minimum. À ce prix, les fondateurs d'Airport Cab promettent en retour un service de meilleure qualité pour les clients. 

Airport Cab, l'appli VTC qui se veut socialement responsable : un reportage d'Emmanuel Grabey
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Cela fait trois ans et demi que Samy est chauffeur VTC. Il est passé par à peu près toutes les plateformes, d'Uber à Allocab en passant par Chauffeur privé. Il ne gagnait même pas un Smic à la fin du mois pour des journées de travail bien remplies. Le calcul est rapide : pour "13-14 heures par jour, vous faites 200 euros de chiffre d'affaires", explique-t-il. À cela, il faut retirer la commission de la plateforme "25% chez Uber", la voiture "on achète notre voiture, on se la fait financer : c'est comme si c'était une location achat", le carburant et les taxes "48% sur les charges" et "la TVA".

Un abonnement à la place des commissions

À la fin, "s'il vous reste 30 ou 35 euros, c'est déjà pas mal", raconte Samy qui roule désormais pour Airport Cab et hors de question pour lui de revenir en arrière. Avec cette application, il n'y a plus de commission à verser à chaque course, mais un abonnement mensuel fixé à 100 euros. Le reste de la course appartient aux chauffeurs. C'est en tout cas la promesse d'Helmi Mamlouk, l'un des fondateurs d'Airport Cab. "Il suffit de faire deux courses aux aéroports pour que l'abonnement mensuel soit déjà payé", assure-t-il.

C'est un travail complètement différent en fait. Ce n'est plus du travail à la chaîne. On est vraiment sur un travail qualitatif.Helmi Mamlouk, co-fondateur d'Airport Cabà franceinfo

"[Le chauffeur] a trois ou quatre réservations à faire par jour, donc il prend son temps, il nettoie son véhicule et il fera le même salaire que quelqu'un sur une plateforme qui va travailler à la chaîne pendant 13-14 heures et qui va faire 25 courses", indique encore Helmi Mamlouk.

Trouver des clients par soi-même

Pour l'instant, 100 chauffeurs travaillent pour Airport Cab. Helmi Mamlouk en espère 1 000 d'ici fin 2018. Même s'il est persuadé qu'il y a assez de clients prêts à payer plus cher pour un meilleur service et, surtout, socialement plus responsable, il prévient tout de même ses chauffeurs qu'"il ne faut pas qu'ils comptent uniquement sur la plateforme Airport Cab pour gagner leur vie", mais qu'ils développent, parallèlement, "leur propre clientèle".

Tous les chauffeurs VTC sont indépendants, ce sont des entrepreneurs, donc c'est à eux également de développer leur clientèle.Helmi Mamlouk, co-fondateur d'Airport Cabà franceinfo

"Nous, on leur apporte un 'plus' qui n'est pas négligeable, précise-t-il. C'est un travail vraiment de qualité qu'ils peuvent faire avec nous."

La CFDT est sceptique

Si le but poursuivi par Airport Cab est louable, selon Fabien Tosolini, spécialiste des VTC pour le syndicat CFDT, il y a un risque que ce ne soit pas efficace. "Attention à ne pas vouloir aller trop haut, sinon on risque de perdre un volume de clients qui existent aujourd'hui et qui font quand même travailler 16 000 à 17 000 chauffeurs sur le territoire français", alerte-t-il. 

Tout le monde n'a pas les moyens aujourd'hui de payer 35 euros pour circuler dans Paris.Fabien Tosolini, spécialiste VTC à la CFDTà franceinfo

Pour le syndicaliste, le juste milieu d'une course dans Paris intra-muros serait 12-15 euros au minimum. Pour l'instant, la plateforme n'est disponible qu'en île-de-France, mais elle prévoit une extension aux autres grandes villes françaises début 2019. Elle se positionne principalement sur les trajets entre les centres-villes et les aéroports - d'où son nom - ou les "courses classiques" dans Paris intra-muros par exemple.

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