Cinq questions sur la méga-commande de 300 Airbus par la Chine

Jia Baojun, président de CASC, et Guillaume Faury, président d\'Airbus Commercial Aircraft et futur patron d\'Airbus, officialisent le contrat portant sur la vente de 300 avions Airbus, lundi 25 mars 2019 à l\'Elysée. 
Jia Baojun, président de CASC, et Guillaume Faury, président d'Airbus Commercial Aircraft et futur patron d'Airbus, officialisent le contrat portant sur la vente de 300 avions Airbus, lundi 25 mars 2019 à l'Elysée.  (YOAN VALAT / POOL / AFP)

Airbus et la China Aviation Supplies Holding Company ont signé lundi un accord portant sur l’acquisition de 290 A320 et 10 A350.

Un contrat XXL. L'entreprise étatique chinoise Casc a commandé 290 Airbus A320 et 10 A350 au constructeur européen pour un montant théorique estimé à 35 milliards de dollars au prix catalogue – le montant réel n'a pas été communiqué. Ce "contrat pour Airbus est une avancée importante et un excellent signal (...) de la force des échanges" entre la Chine et la France, a salué Emmanuel Macron lors d'une cérémonie à l'Elysée. 

Qui achète ces avions ?

Ce ne sont pas directement les compagnies aériennes qui ont passé commande. C'est la China Aviation Supplies Holding Company (Casc), une coopérative d'Etat chinoise, qui gère les achats de 13 compagnies publiques et privées, précise Le Point.

Où seront-ils assemblés ?

"Ces appareils vont être construits, soit en Europe, soit en Chine, dans la chaîne d'assemblage de Tianjin", répond Guillaume Faury, le patron d'Airbus. En 2008, lors de la construction du site de Tianjin, comme le note Europe 1, les accords prévoyaient que la moitié des avions commandés par la Chine devait être assemblée sur place. En toute hypothèse, 145 A320 seraient donc fabriqués en Chine. Les A350, eux, seront assemblés à Toulouse avant d'être livrés.

Airbus est bien implanté en Chine, puisqu'en 2017, le constructeur a également ouvert une ligne d'assemblage d'A330, toujours à Tianjin. Sa construction avait fait l'objet d'un alinéa dans le contrat portant sur la commande de 75 appareils A330, signée en 2015 lors du passage du Premier ministre chinois à Paris, rappelle L'Usine nouvelle. Un centre de matériaux composites a également été ouvert à Harbin.

Quelle est l'ampleur du marché chinois ?

Cette commande monstre "reflète la forte demande des compagnies chinoises dans l'ensemble des segments du marché, notamment pour les vols intérieurs, low-cost, régionaux et long-courriers internationaux", précise le communiqué du constructeur. En effet, selon les prévisions d'Airbus, la Chine aura besoin de quelque 7 400 avions passagers et cargos neufs au cours des 20 prochaines années, ce qui représente plus de 19% de l'ensemble de la demande mondiale (37 400 avions neufs).

Avec le développement de ses liaisons aériennes, la Chine devrait devenir le premier marché mondial pour l'aviation entre 2022 et 2024, relève Le Monde, notamment en raison de sa demande intérieure. La quasi-totalité des avions commandés correspond d'ailleurs au moyen-courrier aux dépens du long-courrier, puisque le contrat ne comporte que 10 A350 et aucun A330.

Où en est le C919 chinois ?

A l'avenir, Airbus et Boeing vont affronter un nouveau concurrent sur ce marché, puisque le constructeur chinois Comac prévoit de livrer ses premiers C919 dans deux ans. Le troisième prototype a effectué son vol d'essai en décembre dernier et d'autres prototypes devraient à leur tour prendre leur envol cette année. Au total, 815 commandes ont d'ores et déjà été passées par 28 clients chinois et étrangers, précise L'Usine nouvelle. Gros bémol pour la Chine : cet appareil utilise en grande partie des technologies étrangères.

Quelle est la portée politique de ce contrat ?

"En l'occurrence, il ne s'agit pas d'une commande de compagnies aériennes chinoises mais d'une compagnie détenue par l'Etat chinois", estime sur franceinfo Loïc Tribot La Spière, délégué général du Centre d'étude et de prospective stratégique (CEPS). "On est donc dans une symbolique totalement politique". Cette commande est surtout un coup dur pour Boeing, le grand rival d'Airbus. Il n'est pas exclu que ce contrat fasse suite à la politique économique engagée par Donald Trump, d'autant que Boeing traverse une période de turbulences après les crashs de deux 737 Max.

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