Sida : trois études présentées à Washington ouvrent l'espoir d'une guérison

Un homme participant à la conférence internationale de Washington sur le sida regarde une présentation sur grand écran, le 25 juillet 2012.
Un homme participant à la conférence internationale de Washington sur le sida regarde une présentation sur grand écran, le 25 juillet 2012. (CAROLYN KASTER / AP / SIPA)

L'une d'entre elle a été menée par l'Institut Pasteur. Les scientifiques estiment toutefois qu'il faudra des années pour qu'elles portent leurs fruits.

Ça prendra encore des années, mais les scientifiques y croient. Trois études présentées jeudi 26 juillet à la 19e Conférence internationale sur le sida, à Washington (Etats-Unis), pourraient ouvrir la voie vers une guérison de l'infection. L'une d'entre elle est française, les deux autres ont été menées aux Etats-Unis. Les voici en détail.

• L'Institut Pasteur et la "cohorte de Visconti"

Une première étude porte sur un groupe de patients en France porteurs du virus du sida et mis sous antirétroviraux pendant près de trois ans, 8 à 10 semaines après avoir été infectés. Ils ont continué à contrôler leur infection six ans après sans traitement, à l'instar des personnes séropositives maîtrisant naturellement le virus (appelés "contrôleurs du VIH"). En clair, pendant ces six années, ils ont réussi à empêcher le virus de continuer à se développer, et ce sans médicaments.

Les douze patients appartenant à la cohorte dite de Visconti (pour "Viro-Immunological Studies in CONtrollers after Treatment Interruption") ont montré des similarités avec des sujets qui maintiennent durablement le VIH à des niveaux imperceptibles, sans jamais prendre d'antirétroviraux. A l'instar de ce groupe, qui représente une faible proportion de la population, leur réservoir viral était particulièrement bas.

"Ces patients de la cohorte de Visconti ont des caractéristiques immunologiques et une capacité à contrôler le VIH exceptionnelles et représentent vraiment un groupe très prometteur pour trouver un moyen de contrôler l'infection chez des séropositifs", a expliqué devant la presse le docteur Azier Saez-Cirion, de l'Institut Pasteur, un des principaux co-auteurs de l'étude.

• L'hôpital de Boston et les greffes de moelle osseuse

La deuxième recherche a été menée sur deux hommes séropositifs qui ont reçu une thérapie antivirale et ne montrent aucun signe d'infection du VIH, respectivement huit et dix-sept mois après avoir reçu une greffe de moelle osseuse en traitement d'une leucémie. Mais contrairement à l'Américain Timothy Brown, dit "le patient de Berlin", seul cas connu au monde de guérison du sida, le donneur de moelle osseuse n'a pas la mutation génétique dite CCR5, qui empêche normalement le VIH de pénétrer dans les cellules immunitaires.

Daniel Kuritzkes, professeur de médecine à l'hôpital Brigham and Women à Boston (Etats-Unis), a expliqué ce résultat par le fait que les deux patients ont continué à être traités avec des antirétroviraux durant la greffe. Ainsi, les cellules du donneur n'ont pas été infectées.

• L'université de Caroline du Nord et un traitement contre le cancer

La troisième étude clinique évoquée jeudi par son principal auteur, le docteur David Margolis de l'université de Caroline du Nord (Etats-Unis), a porté sur huit hommes séropositifs sous antirétroviraux, traités avec le Vorinostat, un traitement contre le cancer lymphatique. Cet anticancéreux a pu débusquer le VIH qui se trouve à l'état latent dans les cellules du système immunitaire.

L'étude, publiée mercredi dans la revue britannique Nature (article payant, en anglais), ouvre ainsi la voie à de nouvelles approches pour détruire le virus. Interrogé sur l'éventualité de trouver un moyen de pouvoir guérir du sida, Margolis a reconnu "ne pas savoir combien de temps il faudra pour y parvenir". Mais, a-t-il ajouté, "je pense qu'il y a une voie claire et que nous pouvons faire des progrès".

Steve Deeks, professeur de médecine à l'université de Californie (Etats-Unis) reste prudent : "Les obstacles pour trouver un moyen de guérir le sida sont largement plus grands que ceux auxquels les chercheurs étaient confrontés au milieu des années 80 pour mettre au point les antiviraux. A moins que nous soyons chanceux, ça prendra probablement beaucoup plus qu'une décennie".

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