1er-Mai : qui est le photographe syrien auteur de la photo du CRS en flammes ?

Un CRS pris dans les flammes après l\'explosion d\'un cocktail Molotov, le 1er mai 2017 à Paris, en marge des manifestations.
Un CRS pris dans les flammes après l'explosion d'un cocktail Molotov, le 1er mai 2017 à Paris, en marge des manifestations. (ZAKARIA ABDELKAFI / AFP)

Zakaria Abdelkafi a raconté au Monde.fr la genèse de ce cliché, le plus marquant de la journée de manifestations du 1er-Mai. 

Le Wall Street Journal, le New York Times, le Financial Times, El Pais… La photo du CRS en flammes après avoir été touché par un cocktail Molotov a fait la une des quotidiens du monde entier, mardi 2 mai. Prise la veille, lors des manifestations du 1er-Mai, à Paris, elle illustre, par sa violence, le climat tendu qui a marqué la campagne présidentielle et son entre-deux-tours. 

Le photographe à l'origine de ce cliché, originaire d'Alep, en Syrie, a longtemps cherché à raconter la guerre en images. Désormais installé à Paris, où il est soigné après avoir perdu un œil, touché par la balle d'un sniper pendant les combats, Zakaria Abdelkafi a raconté au Monde la genèse de cette photo.

Entre la police et le "Black Bloc" 

"J’ai tout de suite compris l’importance de cette photo en la prenant", explique au Monde le photographe et réalisateur syrien, connu pour avoir mis son objectif au service de la résistance civile syrienne contre le président Bachar Al-Assad dans sa ville d'Alep. "J’étais très concentré sur un groupe de policiers qui se regroupaient pour se protéger des projectiles. J’avais l’œil dans l’objectif. J’avais oublié ce qu’il y avait autour, je me concentrais sur la personne que je voulais photographier", explique-t-il au quotidien.

"J’essaie toujours de me mettre entre les policiers et ces manifestants-là", détaille le photojournaliste, évoquant un groupe de militants violents du "Black Bloc" : "Cela fait deux mois que je les ai repérés dans les manifestations. J’étais au courant de leur attitude face à la police. Dès que je les repère dans une manifestation, je me rapproche le plus possible."

Des militants "très violents"

Sur le blog de l'AFP, Zakaria Abdelkafi raconte comment il travaille, entre policiers et "Black Bloc". "Je les suis à toutes les manifestations parce que je sais par expérience qu’ils causent toujours des problèmes. Ils sont très violents. Ils m’ont pris à partie plusieurs fois, poussé par terre et même frappé. (...) En ce qui me concerne, ils sont juste gênants. Je suis syrien. Et leurs petites bagarres ne sont rien par rapport à ce à quoi j’ai assisté dans mon pays," poursuit Zakaria Abdelkafi.

"Cette fois, je me suis tenu un peu à l’écart. J’ai contacté l’AFP et leur ai proposé mes photos. Comme elles les intéressaient, je suis passé à l’agence, continue le photographe. Je suis retourné à la manifestation avec de l’équipement et un casque, avec un autocollant AFP dessus. L’attitude de la police a complètement changé. J’ai eu droit à un 's’il vous plaît, monsieur'."

Une vie à "couvrir les conflits" 

Lui qui a vu "beaucoup de gens mourir" et "beaucoup d’autres blessés", concède que "cette scène [l'a] vraiment touché. Parce que je sais ce qu’est une mauvaise police, celle qui tire sur les gens. En France, elle est là pour les protéger. Et puis il s’agit d’un être humain, qui est brûlé gravement. Et quelqu’un que ça ne toucherait pas n’est pas vraiment humain", écrit le photographe. 

Interrogé par Mediapart fin mars, le Syrien de 31 ans se décrit "comme photographe de presse qui informe les gens sur ce qui se passe dans leurs régions". "Ensuite comme photographe de guerre, car j’aime tout ce qui est action, ajoute-t-il. J’aime couvrir les conflits et les combats." Métier qu'il exerce toujours pour l'AFP, loin des ruines d'Alep : "A Paris, où je vis depuis une année, je continue à couvrir les manifestations, les grèves des Français, Syriens et toutes les autres communautés", disait-il au site d'information.

A Mediapart, il faisait aussi part de ses projets pour l'avenir, toujours au cœur de l'action, quitte à prendre d'énormes risques : "J’attends mon titre de séjour pour pouvoir voyager en Turquie pour une exposition, puis en Irak pour couvrir les conflits."