VIDEO. "L'esprit franco-grolandais ne va pas s'arrêter avec nous" : à 25 ans, "Groland" veut rester "excrément" drôle

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Si "Groland" a perdu récemment son emblématique président, Christophe Salengro, les créateurs de la "présipauté" ont toujours l'envie de choquer en rigolant et ne veulent pas que l'esprit qu'ils ont instauré disparaisse.

Des "petits vieux", de la scatologie, de la vulgarité, mais aussi une tendresse pour un troisième âge délaissé, pour une France rurale mise de côté et une liberté de ton de tous les instants... Cela fait vingt-cinq ans que la bande de "Groland" dynamite la télévision avec son humour décapant. Canal+ propose une émission spéciale, samedi 14 avril à 20h50. Pour l'occasion, franceinfo a rencontré les créateurs de ce show qui choque et amuse la France depuis un quart de siècle.

Au départ, ils étaient quatre : Benoît Delépine, alias Michael Kael, Christian Borde, alias Jules-Edouard Moustic, Sylvain Fusée, l'historique réalisateur et Christophe Salengro, le président du Groland. Ce dernier est mort  le 30 mars 2018, des suites d'une longue maladie. La "présipauté" a alors perdu sa figure emblématique. L'émotion est encore vive chez ses camarades au moment de faire le bilan de ces vingt-cinq dernières années. "Christophe, c'est quand même... Voilà... Chaud", souffle Sylvain Fusée, très touché au moment de regarder dans le rétro. 

"Faire faire des conneries aux vieux"

Tout commence par un coup de foudre, au milieu des années 1980, entre Benoît Délépine et Christophe Salengro. Le premier voit dans le second un chef d'Etat. Il lui faut un pays – fictif – qu'il peut gouverner. Aidés par Sylvain Fusée et Christian Borde, ils imaginent le "Salengroland". Mais le petit groupe craint que le public l'associe à l'ancien ministre de l'Intérieur socialiste sous Léon Blum, Roger Salengro. "On a coupé, c’est devenu Groland", explique le réalisateur. Très vite, les contours de cette "présipauté" (le mot grolandais mixant présidence et principauté) prennent forme. Ce pays rempli de "petits vieux" est avant tout rural, pour trancher avec une France jeune et citadine.

L'alcool et "l'humour noir", dixit Benoît Délépine, font partie des fondations. "Il y avait clairement une volonté de créer un pays de vieux et d’alcoolos", précise Sylvain Fusée. L'équipe veut montrer une autre image du troisième âge."On ne les voit que sous l’aspect des gens qui râlent et qui votent à droite. Ce n’est pas que ça", peste Moustic. Les personnes âgées se voient offrir une grande cour de récréation : alcool, sexe, drogues... Tous les excès sont permis. "Faire faire des conneries aux vieux est un truc qui nous faisait marrer", sourit Sylvain Fusée.

"Humour caca" et vrais dangers

Depuis vingt-cinq ans, Moustic et sa bande n'ont pas caché leur attirance pour l'humour scatologique. Si Moustic refuse de voir "Groland" réduit à ça, il trouve "incroyable de culot" de dire "caca". Le décalage entre le fond ("l'humour caca") et la forme (un faux JT réalisé avec pas mal de technologie) amuse beaucoup le "présenteur" (le mot grolandais pour présentateur) : "Putain, c’est tout ce que tu as à dire avec tous les gens qui ont bossé comme des chiens pour toi?", rigole-t-il.

Benoît Delépine, lorsqu'il jouait le reporter Michael Kael, a souvent été la cible de ces blagues "scato". "'Les Guignols' se foutaient de nous en nous limitant à ça", se souvient-il. Mais lui, comme Sylvain Fusée ou Christophe Salengro, n'ont pas hésité à donner de leur personne. "J'ai chopé la gale en finissant sous le goudron et les plumes", raconte Benoît Delépine. Quelques jours après, il s'est quand même rendu aux Sept d'or, une cérémonie de récompenses de la télé française, où il n'arrêtait pas "d'embrasser tout le show-biz en espérant les voir se gratter", s'esclaffe-t-il. Un véritable "attentat galeux".

L'esprit Groland ne va pas mourir

En vingt-cinq ans, le monde a changé, "Groland" pas du tout. L'époque, plus puritaine, les oblige à cacher les sexes masculins ou les poils pubiens, mais les auteurs ne s'interdisent toujours rien. Seul le temps qui passe et une exigence toujours plus forte font dire à ses créateurs que "Groland" n'atteindra pas le demi-siècle. "Cela fait vingt-cinq ans qu’on cherche des idées toutes les semaines. On devient encore plus chiants, encore plus durs dans nos choix, soutient Benoît Delépine. J’espère que Groland n’existera pas dans vingt-cinq ans si on fait de la merde".

Le décès de Christophe Salengro a aussi changé la donne. Même s'il était un président "immourable" (le mot grolandais pour immortel), il va falloir adapter l'écriture. Christian Borde et Benoît Delépine ont commencé leur réflexion. "Christophe, c'était un esprit, estiment-ils, il sera toujours présent". Or, cet "esprit franco-grolandais" n'est pas prêt de disparaître selon les pères fondateurs. "Peut-être que nous ne le porterons plus, conclut Benoît Delépine. Mais il continuera à être porté. J’espère en tout cas". Banzaï ! (le mot grolandais pour dire au revoir).