VIDEO. "C'était mon rêve d'enfant" : Jean-Paul Gaultier endosse le costume de metteur en scène pour son "Fashion Freak Show"

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Le styliste propose aux Folies Bergère, à Paris, son premier spectacle, une revue très personnelle où le couturier laisse libre cours à sa créativité débridée. 

Avec Fashion Freak Show, son premier spectacle aux Folies Bergère, à Paris, Jean-Paul Gaultier réalise son "rêve d'enfant". "J'arrive à ce que je souhaitais faire quand j’avais 9 ans", explique le couturier sur franceinfo jeudi 4 octobre. Dans cette revue très personnelle, à l'affiche jusqu'au 30 décembre, le couturier laisse libre cours à sa créativité débridée.   

franceinfo : Un premier spectacle à 66 ans. Il était temps ! 

Jean-Paul Gaultier : Oui, mais mieux vaut tard que jamais. C’était mon rêve d’enfant. C’est comme faire une boucle, j’arrive à ce que je souhaitais faire quand j’avais 9 ans.

Comment l’idée vous est venue de faire ce spectacle ?

Ma grand-mère me laissait voir tout ce que je voulais. Et j’ai vu le début d’une revue aux Folies Bergère. Je me suis dit : "c’est ça que je veux faire". D’ailleurs, je l’ai fait sur un ours que j’avais, auquel j’ai greffé des seins coniques et mis des plumes pour qu’il soit comme la meneuse de revue.

Le lendemain, vous allez à l’école et vous décidez de dessiner ce que vous avez vu la veille à la télé. Que se passe-t-il ?

L’institutrice est furax. Elle voit mon dessin, me fait lever, me donne un coup de règle en bois sur les doigts, me fait monter sur l’estrade, m’épingle mon dessin dans le dos et me fait faire le tour des classes. Et donc il se passe l’inverse de ce qu’elle comptait, c’est-à-dire une humiliation. Cette punition est devenue au contraire l’ouverture. Tous les garçons qui disaient "Gaultier qui joue mal au foot, Gaultier qui est une fille manquée", me disaient soudain "Oh, fais-moi un dessin". Ça a été un déclic. Je me suis dit, je peux exister, ne pas être rejeté en dessinant.  

C’était votre cobaye cet ours ?

Il a subi toutes les choses qui se passaient à l’époque. Il y avait le mariage de Baudouin de Belgique avec Fabiola. Je l’habillais comme la mariée. Après je lui faisais une opération à cœur ouvert, comme le professeur Barnard, sauf qu’il y avait les deux seins coniques, donc je ne pouvais pas le faire à cet endroit-là. Je le faisais au milieu, comme une hernie mal placée.

Deux ans de travail, 200 costumes, un spectacle qui raconte votre vie. On est dans votre tête pendant plus de deux heures ?  

En tout cas dans mon cœur. Qu’est-ce que je peux raconter d’autres que la mode et mon parcours. Donc, je l’ai écrit mais visuellement. Et je me suis fait aider pour les mots.

Vous consacrez aussi un tableau de votre spectacle à votre compagnon, Francis mort du sida dans les années 1990. Est-ce que cela a changé votre façon de vivre ?

Le sida c’est évident, cela a changé la façon de vivre de toute une génération. Et cela continue. C’est quelque chose de dur, de terrible. Et cela a divisé aussi les gens. Parce qu’il y avait toute une marginalisation, notamment par rapport à l’homosexualité. J’ai eu la chance que dans la mode, l’homosexualité ne soit pas un rejet total et profond. Donc pour moi, ça s’est passé peut-être moins mal, à part la perte de mon ami.

L’homosexualité, vous ne l’avez jamais portée comme une croix ?  

J’avais des parents extraordinaires, qui étaient ouverts à toutes les différences. Je crois qu’ils m’ont donné ça. Du coup, dans la mode, c’était plutôt intégrée et donc ma différence, je l’ai surmontée en faisant mes dessins, en faisant des robes. C’était mon passeport à moi.

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