Thomas Jolly lance à Angers un été théâtral après des mois de silence "assourdissant"

Thomas Jolly, metteur en scène présente Thyeste de au théâtre de l\'Archipel en septembre 2018.
Thomas Jolly, metteur en scène présente Thyeste de au théâtre de l'Archipel en septembre 2018. (NICOLAS PARENT / MAXPPP)

Théâtre de plein air, décors plus sobres, artistes locaux, gradins dédoublés... La saison d'été de Thomas Jolly, à Angers, propose à partir de mi-juillet quinze spectacles modulables

Trois mois après avoir pris ses fonctions, à 38 ans, à la tête du Centre dramatique national d'Angers, "Le Quai", Thomas Jolly, l'un des représentants de la jeune garde théâtrale française, veut combler ce vide avec des solutions alternatives. A partir de la mi-juillet, il proposera quinze spectacles modulables pour recréer des moments de culture partagée, après des mois de silence "assourdissant". Cette saison privilégiera le théâtre de plein air, avec des décors plus sobres, des artistes locaux et des gradins dédoublés.

Un théâtre conçu pour vivre "avec le virus"

Thomas Jolly confie s'être retrouvé totalement désarmé par le confinement, comme directeur d'un théâtre "fermé parce que non essentiel à la nation". Ce fut une violence, un désarroi personnel. Les premiers temps, je n'arrivais plus à travailler artistiquement, à lire les livres que je rêvais de lire depuis des années, à écrire les oeuvres que je rêvais d'écrire", confie-t-il à l'AFP. Après avoir interprété la scène du Balcon de Roméo et Juliette de Shakespeare, à la fenêtre de son appartement pendant le confinement pour ses voisins et les passants, la confiance est revenue.

Dans une lettre publiée début mai, il dévoile les contours d'un théâtre conçu pour vivre "avec le virus". Et ce vendredi 26 juin, il présente son programme de 15 spectacles, déclinés en 104 représentations, qui auront lieu du 15 juillet à fin octobre. "Quand je dis qu'il faut qu'on soit corona-compatible ce n'est pas qu'une formule. C'est ce qui nous a permis de récupérer notre capacité de projection, donc de travail", explique le directeur du Quai.

"Ce n'est plus le moment des gros Henry VI"

Parmi les spectacles, La nuit de Madame Lucienne (Copi) sera jouée dans la cour logistique du théâtre d'Angers, habituellement fermée au public. Théâtre dans le théâtre, la pièce parle d'un groupe d'acteurs qui répètent en attendant le public. "Je trouvais assez beau dans le contexte actuel de faire revenir le public au théâtre par les coulisses, installé en bi-frontal face à une salle vide, comme ce que nous vivons en tant qu'artistes actuellement", explique Thomas Jolly, qui proposera 10.000 places en tout, dont certaines gratuites.

De La Ferme des animaux, adaptée par Youssouf Abi-Ayad aux "Petits bonnets" (Pascaline Herveet), qui raconte la révolte d'ouvrières d'une usine de soutiens-gorges, Thomas Jolly a mis de côté les spectacles les plus grandioses au profit de petits formats aux décors plus dépouillés, et préfère faire appel à des compagnies régionales. "Les décors n'ont pas été livrés et plus les spectacles sont lourds, moins ils sont adaptables. Ce n'est plus le moment des gros Henry VI, mais cela ne veut pas dire qu'un théâtre plus pauvre visuellement ne peut pas être inventif", assure le comédien.

Jouer hors les murs

Certaines créations ont également été décalées en deuxième partie de saison. Les jauges étant par ailleurs réduites, les spectacles seront joués plus longtemps. Pas question en revanche de faire jouer des acteurs avec des masques ni "dans des cabines en verre". "Nous jouons déjà à distance", plaide Thomas Jolly, qui entend rendre les contraintes sanitaires "invisibles" sans transiger sur la sécurité.

Certains spectacles seront joués hors les murs dans d'autres communes du Maine-et-Loire : ferme, jardin, cloître, maisons de quartier, ainsi que dans des lieux plus insolites (parking, supermarché, sous les fenêtres d'ehpad) s'agissant de formats de quelques minutes... "J'aime quand le théâtre surgit de manière impromptue dans l'espace public sans qu'on sache bien ce qui se passe", confie le directeur.

Une question toutefois le taraude : le public sera-t-il au rendez-vous ? "Ce qu'on va proposer cet été est une expérience grandeur nature, on a fait en sorte que l'institution soit alternative. Il y aura des réussites et des ratés", prévient-il.

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