Théâtre : Emmanuel Meirieu du côté des "invisibles"

Anouk Grinberg dans \"La fin de l\'homme rouge\" au théâtre des bouffes du nord
Anouk Grinberg dans "La fin de l'homme rouge" au théâtre des bouffes du nord (NICOLAS MARTIMEZ)

C'est l'un des temps forts de la rentrée théâtrale, au Bouffes du nord à Paris, le metteur en scène présente deux pièces: Les naufragés et La fin de l'homme rouge, adaptation de deux textes sur les SDF et la chute du communisme dont les résonnances avec l'actualité bouleversent le public.

Emmanuel Meirieu est résolument du côté des invisibles, des sans-grade, ses acteurs racontent des histoires vraies : d'abord celles des clochards de Paris, que l'ethnologue et psychanalyste Patrick Declerk a suivis pendant 15 ans avant d'écrire Les naufragés. L'autre récit, c'est celui de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature, qui dans La fin de l'homme rouge a condensé des témoignages de Russes perdus après l'effonfrement de l'URSS. Ce théâtre du réel, qui passe par des témoignages, simples, terriblement humains, raconte notre histoire.

On a sous-estimé le choc historique de la fin du communismeEmmanuel Meirieu

Depuis une dizaine d'années, Emmanuel Meirieu s'est fait une spécialité d'adapter au théâtre des romans, comme s'il ne trouvait pas son compte dans l'écriture dramatique. Mais pas n'importe quels romans : ceux qui sont ancrés dans le réel. Avant ces deux pièces, il y eut De beaux lendemains de Russel Banks et Mon traître, d'après les récits de Sorj Chalandon sur la guerre civile en Irlande du Nord.

Chez les oubliés de la grande Histoire

Malgré la diversité des auteurs et des thèmes, une ligne directrice se dessine : ce théâtre puise son essence chez les oubliés de la grande Histoire et même si les deux textes réunis ici (mais qu'on peut voir séparément) semblent assez loin de nous, la fin des années 80, il prennent sur scène une dimension surprenante. Il y a encore plus de SDF aujourd'hui et le monde est encore secoué par la chute du communisme. Emmanuel Meirieu le confesse, il est né dans cette utopie politique et ne peut se satisfaire du triomphe du capitalisme qui en a triomphé.

On peut tirer un trait d'union entre la Rolex de Sarkozy, les 'sans dents' de Hollande et les 'premiers de cordée' de Macron : c'est la haine du pauvreEmmanuel Meirieu


Ici pas de fioriture, encore moins de lyrisme. Sur la scène, en partie ensablé, un parquet défoncé, comme le pont d'un bâteau échoué ou un théâtre désaffecté. Les comédiens viennent au micro, face public, livrer leur récit et la magie opère. Chez Emmanuel Meirieu, on vient écouter des histoires dures, mais on se réchauffe, comme si au prix de quelques larmes, le théâtre pouvait encore retisser du lien social.

Le reportage de Thierry Fiorile
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Les naufragés et La fin de l'homme rouge par Emmanuel Meirieu, au théâtre des Bouffes du Nord à Paris jusqu'au 2 octobre, puis en tournée en France.

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