Mort de Jean-Pierre Marielle : "Il est la représentation absolue du grand comédien qui peut tout faire", réagit Philippe Labro

Le journaliste Philippe Labro, ici le 14 mars 2017, avait dirigé l\'acteur Jean-Pierre Marielle.
Le journaliste Philippe Labro, ici le 14 mars 2017, avait dirigé l'acteur Jean-Pierre Marielle. (ERIC FEFERBERG / AFP)

"Jusqu’à la dernière minute il aura été un mélange d’intuition, d’intelligence, de clarté et de clairvoyance", a déclaré sur franceinfo le journaliste et réalisateur Philippe Labro, à l'annonce de la mort de l'acteur Jean-Pierre Marielle.

L'acteur Jean-Pierre Marielle est mort à l'âge de 87 ans. C'est sa famille qui l'a annoncé à l'AFP, dans la soirée mercredi 24 avril. Connu pour sa voix chaude, il a joué dans plus de cent films, notamment Galettes de Pont-Aven et Tous les matins du monde. Le journaliste et réalisateur Philippe Labro a rendu hommage mercredi sur franceinfo "à la stature, le visage, mais aussi la voix de Jean-Pierre Marielle qui est absolument irremplaçable".

franceinfo : Qu'est-ce qui vous est venu à l'esprit quand vous avez appris sa disparition ?

Philippe Labro : Comment voulez-vous que je ne sois pas accablé de tristesse ? Il fait partie de cette génération de princes, de seigneurs qu'étaient [Bruno, ndlr] Cremer, Philippe Noiret, Jean Rochefort. Jean-Paul [Belmondo] est toujours là, Dieu merci. Il est la représentation absolue du grand comédien qui peut tout faire, tout interpréter, aussi bien les comédies les plus franchouillardes que les plus grands textes des dramaturges britanniques. Moi, ce qui m'a toujours fasciné chez lui, c'est qu'on sent que la folie n'est jamais loin et que tout d'un coup, ça peut déborder. On a même l'impression sur l'écran même si c'est écrit et dirigé, il invente. Il y a une invention, une folie chez lui qui m'a toujours fasciné. J'ai eu la chance de le diriger dans mon deuxième long-métrage, Sans mobile apparent (1971), où il jouait un rôle de cinglé, de tueur et il était habité par le rôle. Je n'avais même pas besoin de lui donner une seule indication, il avait tout compris en lisant le texte et il nous a ébloui. Je suis forcément ému à la fois parce que j'ai ce souvenir personnel et puis tout simplement, comme tous les amoureux du cinéma, je dois reconnaître que nous avons à faire au départ de l'un des grands membres d'une immense génération. Il n’y a pas un second rôle quel qu’il soit où cet homme n’ait pas déjà indiqué qu’il était singulier. Il est unique. Des acteurs comme ça, il n’y en a pas d’autres. On ne peut pas dupliquer Jean-Pierre Marielle.

Quel a été son meilleur rôle ?

Je crois qu’ils sont tous très bons, il n’y a pas un meilleur rôle. Les gens parlent tous des Galettes de Pont-Aven, mais il y a tous les Blier. Même les petites choses insignifiantes, il éclate l’écran. On ne peut pas donner un film de Marielle, on peut dire la légende Marielle.

Il n’avait jamais joué sous la direction des cinéastes des années 1960, est-ce que ça peut être un regret ?

S’il doit y en avoir un, de regret, c’est de la part des cinéastes de la Nouvelle Vague qui n’ont pas compris l’acteur extraordinaire qu’il était ! Il y a eu effectivement à un moment donné, ça a duré quelques années seulement, où tous ces jeunes gens qui voulaient renverser le cocotier ne voulaient pas faire appel à ceux qui étaient déjà un peu établis. Jean-Pierre Marielle disait toujours avec Noiret qu’ils n’avaient pas la carte. Mais quelle importance ? Quand on regarde l’histoire récente du cinéma français, ce sont des gens qui ont marqué le cinéma tout autant, sinon plus, que la Nouvelle Vague. Il pouvait faire n’importe quel rôle, n’importe quel film. Jusqu’à la dernière minute il aura été un mélange d’intuition, d’intelligence, de clarté et de clairvoyance et en même temps il capte l’écran, à la fois la stature son visage, mais aussi sa voix qui est absolument irremplaçable.

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