"Ma mission n’est pas d’évangéliser, mais d’être au service des artistes", père Louis, aumônier du Festival d’Avignon

Père Louis Ardillier
Père Louis Ardillier (Sophie Jouve)

Il porte la traditionnelle chasuble grise et des sandales, affiche un sourire épanoui à travers Avignon qu’il parcourt à vélo. Le père Louis Ardillier est depuis peu le Monsieur culture du diocèse, pour son plus grand bonheur semble-t-il. Interview.

Pour découvrir le sens de la mission du père Louis nous l’avons suivi dans une rencontre Foi et Culture : l’invité ce jour-là était le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, au lendemain de la première de l'Orestie d’Eschyle montée avec ses élèves de dernière année du TNS de Strasbourg.

Le père Louis Ardillier au festival d\'Avignon
Le père Louis Ardillier au festival d'Avignon (Sophie Jouve)

Dans la jolie chapelle de l’Oratoire, havre de paix du quartier commerçant d’Avignon, Jean-Pierre Vincent est venu avec un des comédiens, Romain Gillot. Frère Rémy Vallejo et le père Louis Ardillier animent la rencontre où il sera question de l’importance de savoir lire un texte comme celui-ci, porte d’entrée du théâtre occidental qui pourrait accompagner les jeunes comédiens toute leur vie. Interview du père Louis à l’issue de la rencontre.  

Le metteur en scène Jean-Pierre Vincent et le père Louis Ardillier
Le metteur en scène Jean-Pierre Vincent et le père Louis Ardillier (Sophie Jouve)

franceinfo Culture : Peut-on vous présenter comme l’aumônier du festival ?

Père Louis Ardillier : le Festival d’Avignon ne s’est pas donné un aumônier, je n’ose pas employer ce terme même si on a tendance à m’appeler ainsi. Mon titre est délégué épiscopal à la culture, ou plus simplement le prêtre du diocèse qui entretient des liens avec le monde de la culture dans le Vaucluse, et notamment avec le Festival d’Avignon.

En quoi consistent ces liens concrètement ?

Ce sont des liens anciens qui ont commencé on l’ignore souvent, avec le créateur du festival, Jean Vilar, et un prêtre d’Avignon, le père Chave, lui-même avignonnais. Le père Chave, issu d’un milieu ouvrier, pas du tout porté vers le théâtre, s’est lié d’amitié avec Vilar et petit à petit il a créé ces rencontres Foi et Culture par lesquelles l’église allait se mettre à l’écoute des artistes. Le père Chave avait une grande qualité de bienveillance, en sa présence les gens parlaient sans souci de représentation, de politique, de mondanité. Il est devenu une sorte de grand-père du festival, des artistes, tout le monde l’aimait beaucoup.

Le comédien Romain Gillot et le metteur en scène Jean-Pierre Vincent
Le comédien Romain Gillot et le metteur en scène Jean-Pierre Vincent (Sophie Jouve)

Les rencontres de la culture qu’il a instituées sont devenues un lieu d’échange très important pour certains auteurs et metteurs en scène ; ils peuvent se livrer, s’exprimer librement sur leur travail. Jean-Pierre Vincent l’a un peu fait ce matin, Salia Sanou, Pascal Rambert l’ont fait beaucoup la semaine dernière, et Olivier Py récemment.

Qui choisit les invités de ces rencontres Foi et Culture ?

Cela se fait en collaboration avec le festival pour les quatre invités. Quand le festival leur propose, les auteurs et metteurs en scène acceptent toujours. Ils nous disent tous que c’est une étape pour eux de passer par Foi et Culture.

Jean-Pierre Vincent a parlé de son théâtre très librement, il a dit aussi que "sa seule religion était le théâtre", vous êtes un peu déçu ?

Non pas du tout, la mission du délégué épiscopal n’est pas une mission d’évangélisation dans le sens où je voudrais faire passer un message aux artistes. Il s’agit surtout de manifester la bienveillance que l’église a pour les artistes et le théâtre. Je suis peut-être comme un élève, un disciple, qui a à apprendre de ces maîtres du théâtre. En écoutant les pièces, nous les chrétiens on apprend beaucoup même si ce ne sont pas des pièces religieuses. Ce n’est pas une posture de prosélytisme mais d’écoute. L’idée est de tisser ou de retisser des ponts entre le monde du théâtre et l’église par des rencontres personnelles et ça fonctionne plutôt bien. 

Vous l’avez vu, les pères dominicains sont en habit, je porte un habit et en fait les artistes sont très intrigués. Dans leurs pièces ils posent beaucoup de questions sur les raisons pour lesquelles nous sommes sur la terre, la question du bien et du mal, la question de la justice, évidemment des questions qui font écho à la recherche spirituelle. Il y a des dialogues, ce sont de belles rencontres qui permettent aux artistes de voir qu’il y a une instance désintéressée qui est là pour eux.

Est-ce qu’il y a une communion au théâtre, comme il y a une communion à la messe ?

C’est la question que l’on posait à Jean-Pierre Vincent : au départ le théâtre a une fonction liturgique, une fonction communautaire, c’était pour rassembler la cité à Athènes, c’était évidemment un moment de communion, avec des chants des danses, des décors. C’est d’ailleurs très curieux pendant le festival, grâce à Jean Vilar, de voir beaucoup pièces jouées dans les églises. Des églises désaffectées, où se faisait autrefois la liturgie, se fait aujourd’hui la liturgie du théâtre. Et donc il y a une communion qui s’y fait merveilleusement.

Est-ce une bonne façon de reconvertir les édifices religieux ?

Il me semble que c’est très bien ajusté, que ça se fait très bien. Les artistes en tirent un bon parti, et tout ce que j’ai vu parait très adapté au lieu.

La chapelle de l\'Oratoire, Avignon
La chapelle de l'Oratoire, Avignon (Sophie Jouve)

Comment se déroule votre journée en temps de festival ?

Elle ne ressemble pas à mes journées habituelles parce que au festival on se couche tard (rires), alors on se lève un peu plus tard. J’essaye de prendre du temps pour prier le matin. Deux heures sans téléphone et sans emails et ensuite je pars voir des pièces, souvent par recommandation ou parce que je connais un comédien, ou le metteur en scène ou le directeur du théâtre. Je déjeune rapidement, j’enchaine à nouveau les pièces, parfois c’est difficile. Comme hier, passer de L’Orestie d’Eschyle (5h) à une comédie de Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été, deux univers trop différents. A la fin des spectacles, je me présente, je rencontre les artistes, mais les frères dominicains sont beaucoup plus endurants, je leur laisse une partie de ce travail !

Vous êtes plutôt In ou plutôt Off ?

L’autre jour Olivier Py a dit qu’il ne comprenait pas trop bien la distinction entre le In et le Off et je suis d’accord avec lui. Il y a dans le In une liberté de création qui vient du fait que c’est du théâtre subventionné, il n’y a pas de sanction financière. Dans le Off vous trouvez tout et n’importe quoi, mais il y a vraiment de très belles choses. Certains théâtres audacieux présentent de jeunes auteurs, d’autres font des classiques plus éprouvés qui reviennent plusieurs années de suite.

Une pièce du Off qui vous a touché ?

Une pièce musicale, à laquelle des amis m’ont poussé : Voyage aux pays du jazz (22h30 au théâtre Atelier 44), joué par deux musiciens qui ont étudié l’art du clown et qui tiennent leur rôle jusqu’au bout sans racoler le public, pour raconter l’histoire du jazz, avec du chant de la danse, de la comédie. Au niveau créativité c’est ma plus belle surprise pour l’instant.

Comment vous faites-vous connaître ?

Comme je commence dans cette fonction ça prend du temps, mais les gens m’arrêtent dans la rue. Il y a les informations sur le site du diocèse et je commence demain à tracter pour la messe des artistes qu’on organise le 22 juillet à Sainte Marie Madeleine. Ce sera l’occasion de me faire connaître un peu plus. Mais vous savez le festival a son identité, nous on est au service du festival, on n’est pas là pour faire notre show, c’est une présence discrète, qui ne doit pas voler l’attention que l’on porte aux artistes.

Chapelle de l\'Oratoire
Chapelle de l'Oratoire (Sophie Jouve)

Vous accueillez aussi certains spectacles ?

Il y a à Avignon la Présence chrétienne au festival qui est un document qui rassemble les spectacles chrétiens, spirituels ou liés à l’église, dans des paroisses du centre-ville et de la périphérie. Vous sortez de la Chapelle de l’Oratoire qui est consacrée à cela avec une pièce, des concerts, de la danse…  Il y a aussi tout ce que propose le Parvis d’Avignon avec de nombreuses rencontres, et puis bien sûr les messes et les concerts donnés dans les églises.

\"Présence\", le programme de l\'église Catholique au Festival d\'Avignon
"Présence", le programme de l'église Catholique au Festival d'Avignon (Sophie Jouve)

Olivier Py s’est toujours revendiqué comme catholique, cela facilite les relations…

Evidemment avec Py il y a une bienveillance explicite, mais ça s’est toujours bien passé avec les autres directeurs du festival qui n’étaient pas toujours des croyants. Et je vous rassure, il n’y a pas de reconquista catholique du festival grâce à Olivier Py. On veut juste être présents comme chrétiens, et dans une ville comme Avignon ça a beaucoup de sens.

Rencontre Foi et Culture avec Irène Bonnaud pour "Amitié" : le 19 juillet à 11h à la chapelle de l'Oratoire

Vous êtes à nouveau en ligne