Le Théâtre du Châtelet retrouve son lustre après plus de deux ans de travaux

Le théâtre du Chatelet, rénové, le 5 septembre 2019 à Paris 
Le théâtre du Chatelet, rénové, le 5 septembre 2019 à Paris  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Le Théâtre du Châtelet, à Paris, retrouve ses couleurs à l'issue de travaux dont le coût total s'est élevé à 31,5 M d'euros.

Le Théâtre du Châtelet retrouve ses couleurs de jeunesse après deux ans et demi d'expertises et de travaux qui ont réussi à redonner lustre et gaieté à ce théâtre populaire. Dans un bâtiment qui a connu pas moins de cinq restaurations depuis son inauguration en 1862, celle-ci donne une impression de fraîcheur. Elle a permis d'enlever une couleur marron-beige - qui revêtait tristement couloirs et vestibules - et des décors d'origine de faux marbre, avec des effets de trompe-l'oeil, sont apparus.

"On a mis fin au règne du beige", s'est félicité à l'AFP l'architecte mandataire Philippe Pumain qui, avec Christian Laporte, architecte du patrimoine, a supervisé ce chantier, l'un des plus importants de la Ville de Paris ces dernières années. Le coût total s'est élevé à 31,5 M d'euros, dont 5,2 M financés par les bâches publicitaires et le mécénat - dont une souscription de la Fondation du patrimoine (121 donateurs et 43.000 euros récoltés).

Le théâtre du Chatelet, rénové, le 5 septembre 2019 à Paris 
Le théâtre du Chatelet, rénové, le 5 septembre 2019 à Paris  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

"Le décor d'origine n'a quasiment plus été vu depuis la fin du XIXe siècle"

La réussite la plus éclatante est la grande salle. Elle a retrouvé le lustre qu'avait voulu lui donner Gabriel Davioud, architecte du Théâtre impérial du Châtelet. La restauration s'est concentrée sur les parties peintes et dorées des balcons et de la coupole. La salle de spectacles a aussi retrouvé son plafond rétro-éclairé (jadis avec des becs de gaz) qui permettra d'offrir dans la salle des intensités lumineuses différentes grâce à des variations de couleurs de ce plafond.

Pour les parties peintes et dorées, "on a essayé, explique Philippe Pumain, d'être au plus près du décor d'origine. Je pense que la salle n'en a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui. Dès la fin du XIXe siècle, ils ont repeint les décors, restauré. Mais restaurer à l'époque, c'était quasiment refaire. Le décor d'origine n'a quasiment plus été vu depuis la fin du XIXe siècle", souligne-t-il. Il a donc fallu retirer une à une des superpositions de peinture, de vernis et de bronzine pour rendre cette salle de 2.000 places plus lumineuse et plus colorée.

"On n'a pas retrouvé le décor d'origine et il a fallu étudier les photos et les dessins d'origine"

Pour le Grand Foyer, "on n'a pas retrouvé le décor d'origine et il a fallu étudier les photos et les dessins d'origine. C'est ainsi qu'on a recréé ce papier peint, on a dessiné, on a fait imprimer. Il a été recréé dans un style néo-renaissance". Pour plus de lumière, cinq oculi donnant sur la galerie voisine ont été ouverts.

Un autre travail minutieux d'enquête a été mené pour les statues allégoriques représentant la danse, le drame, la comédie et la musique perchées sur la balustrade de la terrasse Nijinski. "Elles avaient disparu à la fin du XIXe siècle. Il a donc fallu étudier le travail des quatre sculpteurs d'après des photos d'époque, pour refaire les statues", a raconté l'architecte.

Outre la restauration artistique, c'est un ensemble complexe de travaux techniques qui ont été menés : déplombage et désamiantage intégral, réfection de 100% des réseaux de ventilation, chauffage, plomberie, climatisation, agrandissement et modernisation des vestiaires et toilettes pour dames, accès des personnes à mobilité réduite.

Un lieu prestigieux, connu au-delà de Paris

Une nouvelle cage de scène, informatisée, permettra aussi des changements de décors plus rapides et un portage plus important.

Les galeries ont aussi changé de nom : la Galerie Adami est devenue la Galerie Joséphine Baker, le Salon des glaces le Salon Juliette Gréco, le Salon Debussy a été renommé Salon Barbara, le Salon Wagner s'appelle Salon Nadia et Lili Boulanger.

Ruth Mackenzie, directrice artistique du Théâtre du Châtelet, a rappelé le caractère populaire de ce lieu connu au-delà de Paris, "où a été inventée une nouvelle forme d'opérette, où les ballets russes sont venus ainsi que Picasso, Cocteau, Satie, Stravinski, Debussy: ils ont inventé de nouvelles formes artistiques". Le ballet L'Après-midi d'un faune de Nijinski sur une musique de Debussy a eu sa première mondiale ici. Et Erik Satie y a inauguré Parade, son premier ballet écrit par Cocteau, avec le premier décor peint sur scène par Picasso.

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