"Le Grand Théâtre de l'Epidémie" : Christophe Barbier revisite 2000 ans de théâtre à la lumière du coronavirus

\"Le Grand Théâtre de l\'épidémie\" de Christophe Barbier au Théâtre de Poche
"Le Grand Théâtre de l'épidémie" de Christophe Barbier au Théâtre de Poche (Alejandro Guerrero)

Avec son "Grand Théâtre de l’Epidémie" au Théâtre de Poche à Paris, le journaliste-écrivain-comédien Christophe Barbier met la crise sanitaire de la Covid-19 en perspective. Réjouissant ! 

Le Grand Théâtre de l’Epidémie, c’est d’abord une déclaration d’amour que Christophe Barbier fait au théâtre qu’il place au-dessus de tout. Et avec la culture théâtrale qui est la sienne, il a rassemblé des textes, pas si connus que ça, qui parlent de pandémie et du rapport à la mort. 

Rien n'a changé depuis 2000 ans !

Dans la petite salle bondée de spectateurs masqués du Théâtre de Poche, on découvre ou redécouvre avec intérêt L’Etat de siège de Camus qui fut un four à sa création en 1948, et au-delà de Rhinocéros qui continue de se jouer, Jeux de massacre de Ionesco (1970) ou La Maladie blanche du Tchèque Karel Capek (1937). Et on est saisis par ces répliques qui pourraient avoir été écrites pendant le confinement. Rien n’a vraiment changé depuis 50 ans et même depuis 2000 ans, puisque Christophe Barbier remonte à Sophocle et à son Œdipe roi, quand celui-ci est confronté à une épidémie de peste dans sa ville de Thèbes, et déjà pour Sophocle ce n’était pas une malédiction des Dieux mais la responsabilité des hommes.

Entre le narrateur (Christophe Barbier) et les deux comédiens (Sylvain Katan et Pierre Val) qui donnent vie aux extraits de pièces, l’épidémie est traitée du côté du peuple et du côté du pouvoir. Ce dernier étant souvent instrumentalisant, c’est le cas lorsqu’un dictateur s’estime plus fort que la maladie… On pense bien sûr à Bolsonaro, même si Barbier évite de le nommer.

\"Le Grand Théâtre de l\'épidémie\" de Christophe Barbier
"Le Grand Théâtre de l'épidémie" de Christophe Barbier (Alejandro Guerrero)

Notre classe politique épinglée 

Entre deux saynètes, des figures de notre classe politique font irruption, incarnées avec beaucoup d’esprit mais en respectant au mot près leurs discours, rétrospectivement bien dérisoires. Ainsi défileront Agnès Buzyn, Olivier Véran, Edouard Philippe…

Pour incarner le professeur Salomon statisticien ("Ecoutons la prière du soir, l’angélus du coronavirus, la parole de frère Jérôme, Chrysostome Salomon, sympathiquement joufflu et chaleureusement mathématique… "), nous aurons droit à un mime de son bilan quotidien façon langue des signes, absolument hilarant. Les prises de parole du professeur Raoult, elles, sont mises en miroir avec les tirades de Sgnanarelle dans Le médecin volant (1660), effet comique garanti !   

Mais justement, avec des bouts de ficelle, des masques de la commedia dell’arte et le fameux nez porté par les médecins lors des épidémies de peste, Christophe Barbier n’en reste pas à la litanie des médecins de Molière aussi drôles soient-ils. Il voit plus loin, jusqu’à nous rappeler que c’est une épidémie qui est le déclencheur de la plus triste et belle histoire d’amour de tous les temps : Roméo et Juliette.

Solidarité et soumission

Mais on retiendra surtout de ce spectacle agréable et instructif que les épidémies ont toujours permis aux différents pouvoirs de mettre sous cloche un peuple en l’appelant à la discipline et de nous interroger sur la frontière entre la solidarité et la soumission, le civisme et l’instinct du troupeau…

"Dans chaque pièce de théâtre qui parle d’épidémie, la maladie recule quand les humains cessent de trembler, de fléchir, de craindre. Quand ils refusent de renoncer à l’humanité pour sauver leur peau. Parce qu’ils sont plus qu’une peau. Qu’une carapace".  

"Le Grand Théâtre de l'Epidémie" concu par Christophe Barbier
Avec Christophe Barbier, Sylvain Katan, Pierre Val ou Frédéric Lecat
A partir du 8 septembre 2020

Du mardi au samedi 19h, dimanche 17h
Théâtre de Poche
75 bd du Montparnasse, Paris VIe
01 45 44 50 21

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