Festival d'Avignon : avec la pièce événement "La Maison de thé" le public découvre le théâtre chinois d'avant-garde

La Maison de Thé au Festival d\'Avignon 2019
La Maison de Thé au Festival d'Avignon 2019 (CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE)

C'est le spectacle événement du Festival d'Avignon 2019 : un classique chinois, "La Maison de Thé" de Lao She, adapté de manière spectaculaire par un grand du théâtre, Meng Jinghui. Dépaysement assuré !

Ça parle de quoi ?  

Meng Jinghui, pionnier du théâtre contemporain en Chine, adapte La Maison de thé de Lao She, figure majeure de la littérature et l'une des premières victimes de la Révolution culturelle.    

Dans une Maison de thé pékinoise se croisent une multitude de destinées humaines qui s’agitent, vocifèrent, tentent de s’adapter aux bouleversements de la société chinoise. Trois époques, trois générations défilent autour du patron, Chang, et expriment entre humour et tragédie la corruption, la misère, l’oppression, les désillusions mais aussi l’espoir.    

Pourquoi on a aimé    

Parce que c’est une occasion magnifique de plonger dans le théâtre chinois d’aujourd’hui, avec un dramaturge de premier plan, Meng Jinghui, qui nous propose une version très libre du texte d’origine. Il en fait, avec une ironie ravageuse, une satire de l’obéissance, car c’est ainsi qu’on a éduqué ce peuple si nombreux depuis un siècle, des années 1900 de l’Impératrice Tseu-Hi jusqu’à la Révolution culturelle instaurée par Mao, en passant par la République.  

Les soixante personnages sont réduits à une vingtaine, avec parmi les comédiens une bête de scène, Schem Mingha, qui joue le rôle du tenancier de la Maison de thé avec une force et un cynisme à toute épreuve. Lui ne recule devant aucune courbette pour se faufiler et tracer sa route.

La Maison de thé de Lao She
La Maison de thé de Lao She (CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE)

La pièce nous dit beaucoup de la Chine : de la peur de la dénonciation, d'abord, à travers cette phrase clé qui revient en leitmotiv : "il faut éviter de parler des affaires d’Etat". Elle évoque aussi la misère des paysans à travers la vente d’une toute jeune fille à l’intendant du palais impériale. On est frappé ensuite par la peur de l’étranger, de l’Occident : "il faut sauver le pays", "freiner les exportations", "les produits occidentaux inondent le marché" s’exclame un officiel.    

Dans la seconde partie du spectacle, le même Schem Mingha se livre à plusieurs intermèdes loufoques qui font mouche : alors qu’il cherche à parler au téléphone avec John Lennon, il se met à hurler "Lennon pas Lénine !". Plus tard, seul en scène, rideau baissé, il rouspète sur son portable de devoir faire face à un public qui pense que le spectacle n’est pas fini et qui de toute façon ne comprend pas ce qui se passe depuis des heures. "Même moi je ne sais pas ce que je fais… C’est peut-être quand un spectacle te donne mal à la tête que tu as l’impression d’exister !"  Le public, rivé au sous-titres en chinois, rit de bon cœur !  

La scénographie est grandiose : une roue en métal géante de quatre tonnes au centre de la scène figure la marche du temps. A la fin du spectacle elle tourne à 360 degrés, broyant meubles et papiers pour symboliser l’Histoire écrasant le peuple. Enfin la musique électro-rock jouée en direct est d’excellente qualité, et ne nécessite pas, elle, de sous-titres !  

C’est pour vous si

Si vous passez la première heure durant laquelle on est un peu saisi par la vingtaine de comédiens sensés être rassemblés dans la Maison de thé mais qui, au lieu de parler entre eux, s’adressent directement au public en vociférant. Effet voulu qui demande un temps d’adaptation et un peu de patience que n’ont pas eu certains festivaliers, agacés : ils sont des dizaines à avoir quitté la salle au milieu de la représentation.

Si le billet pour la Chine est au-dessus de vos moyens et votre curiosité aigüe, voici une occasion en or de s’imprégner d’un théâtre chinois de bruit, d’humour et de fureur. Laissons les mots de la fin au metteur en scène lui-même, qui lors de la conférence de presse affirmait : "C’est comme du bon vin : quand la pièce est vieille, meilleure elle est. 70 ans après la naissance du texte de Lao She, l’énergie en est encore plus forte". .  

On aimerait d'ailleurs une seconde pièce qui nous raconterait, avec la même ironie, l'évolution des années post-Mao, l'ouverture de la Chine et sa conquête du monde dans un système que le politique contrôle toujours... 

La Maison de thé d'après Lao She   
9, 10, 12, 13, 14, 15,16, 18, 19, 20  juillet à 20 h 
Opéra Confluence (prendre de préférence le train à la gare centre- 5 minutes-en car vous risquez l'embouteillage)
Durée 3h. Spectacle en chinois surtitré en français, et en anglais via les lunettes connectées

  

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