EN IMAGES. 20 ans de Festival d'Avignon par son photographe Christophe Raynaud de Lage

Rencontre avec Christophe Raynaud de Lage, photographe du Festival d'Avignon depuis 2005, à qui une exposition est consacré à la Maison Jean Vilar ("L'oeil présent", jusqu'en mars 2023). Pour nous, il résume 20 ans de festival en 12 photos.

Il capte le souffle et l’âme du plus grand festival de théâtre du monde depuis 2005. Une quête de "l’instant suspendu", comme il aime à le dire. Et aussi un marathon quotidien de 6 spectacles, soit 20 000 photos par éditions ! Le photographe Christophe Raynaud de Lage participe à écrire l’histoire du Festival d’Avignon. Signe qui ne trompe pas, la BNF a acquis cette mémoire photographique en décembre 2021, et chaque année une sélection de 2000 photos viendra compléter ce trésor. Christophe Raynaud de Lage expose son travail à la Maison Jean Vilar jusqu’au 26 juillet : L’œil présent. Il nous commente une sélection de moments qui l’ont particulièrement marqué.  

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"Thyeste" mise en scène de Thomas Jolly (2018).
Les photos qui me touchent le plus sont celles où je suis le plus proche des artistes. Les coulisses sont toujours des moments de bonheur pour moi. Là, le comédien Eric Challier m'accorde sa confiance car c’est juste avant d’entrer sur le plateau. Il a une pression et il m’accepte, je suis à 40 cm de lui. C’est lui qui plus tard va manger ses enfants sans le savoir. Il est sous la scène, il va traverser cette membrane. J'ai rampé pour atteindre l'endroit, on attend. On ressent toutes les vibrations du plateau, c’est un moment fort.  CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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"Thyeste" de Sénèque, mis en scène de Thomas Jolly. cour d'honneur du Palais des papes (2018)
A avignon, les performances tirent sur le rapport physique. Moi-même je m’engage physiquement. C’est peut-être ça qui fait qu’on a l’impression que les comédiens repoussent leurs limites. Et puis il y a les éléments qui perturbent : vent, pluie… Il faut que les comédiens les intègrent. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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"Les Damnés", mise en scène de Ivo van Hove, avec la troupe de la Comédie-Française (2016)
Ce qui fait le succès du festival ? Ce sont d'abord les lieux qui nous rassemblent. Il y a des endroits où c’est comme quand on entre dans une église, croyant ou pas, on est dans une écoute différente. C’est ce qui fait Avignon. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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"Le Mahabharata", mise en scène de Satoshi Miyagi à la Carrière  de Boulbon (2014)
Il y a ces spectacles aux durées hors normes, le "Henri VI" de Thomas Jolly, Le Mahabharata de Peter Brook ou ici de Satoshi Miyagi. Dans toutes ces longues traversées quand je viens me placer près du public, je ressens beaucoup de bienveillance. On fait le voyage ensemble. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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"Outwitting the devil" de Akram Khan (2019)
Ce spectacle m’a touché par sa force esthétique. Nous sommes dans le Palais des papes, le mistral aspire cette fumée dans un tourbillon unique. J’ai vu le spectacle trois fois, je n’ai jamais revu la même chose. On est au fond d’un tombeau, on s’envole, c’est quelque chose qui touche profondément. Ça me dépasse moi-même.

CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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"Romances Inciertos, un autre Orlando de François Chaignaud et Nino Laisné". Cloîtres des Célestins (2018)
 Quand on est dans un cloître, il y a 4 côtés, et pas uniquement le rapport frontal habituel dans un théâtre. Et du coup j’ai 4 possibilités.   CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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"Bestie di scena" de Emma Dante (2017)
Pour les comédiens il y a une rencontre particulière avec le public à Avignon, ça c’est sûr. Eux aussi forment un mur. Pour un artiste c’est quelque chose. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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"Qué haré yo con esta espada ?" de Angélica Liddell. Cloître des Carmes (2016)
C'est une photo d’Angélica Liddle dans un spectacle à la fois terrible et d’une grande beauté esthétique, avec toutes ces nudités de jeunes fille. Il fallait trouver la distanciation nécessaire pour quand même montrer ces images. J’ai décidé de travailler avec cette pose lente. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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"La Fiesta" d'Israel Galvan (2017)
Photographier le festival, c’est le labeur, le défi de chaque année, je ne m’en lasse pas. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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"Story Water" d'Emanuel Gat et Ensemble Modern. Cour d'honneur du Palais des papes (2018)
L’excitation, c’est ça qui me tient. Je me couche tous les jours à 3 heures et demi du matin sinon je n’y arrive pas ! CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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"Oskara" de Kukai Dantza (2019)
Je couvre 6 spectacles dans la journée, quand je rentre il faut que je fasse tout de suite la sauvegarde des 1000 images. Je fais une sélection et le festival en choisit une dizaine par spectacle., CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE
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Le photographe Christophe Raynaud de Lage expose ses photographie du Festival d'Avignon à la Maison Jean Vilar jusqu'en mars 2023.
J’avance au fur et à mesure. Je m’inscris dans un rapport mémoriel que j’ai voulu construire dès le début et j’aimerais continuer le plus que je pourrai à écrire cette histoire.

Christophe Raynaud de Lage
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