"Louis de Funès, c'était un enfant qui faisait rire ses copains à l'école", s'amuse le commissaire de l'expo en son honneur à la Cinémathèque

Le mannequin du gendarme de Saint-Tropez, l\'un des rôles les plus célèbres de Louis de Funès, à voir depuis mercredi 15 juillet à la Cinémathèque française.
Le mannequin du gendarme de Saint-Tropez, l'un des rôles les plus célèbres de Louis de Funès, à voir depuis mercredi 15 juillet à la Cinémathèque française. (STÉPHANE MILHOMME / FRANCE-INFO)

La Cinémathèque française met à l'honneur le plus populaire des acteurs comiques français jusqu'au 31 mai 2021. Un événement pour mettre en valeur "la sincérité considérable" de Louis de Funès pour le commissaire de l'exposition Alain Kruger. 

Louis de Funès "a tous les défauts des Français et en même temps, il est la douceur même", explique jeudi 16 juillet sur franceinfo Alain Kruger, le commissaire de l'exposition Louis de Funès qui a ouvert ses portes mercredi à la Cinémathèque. Cet inconditionnel revient sur la carrière de celui qu'il décrit comme un "petit enfant qui fait des blagues".

>> Revoir "La folle aventure de Louis de Funès" sur france.tv

franceinfo : Votre idée, avec cette exposition à la Cinémathèque, c'était de mettre Louis de Funès à sa place, à la place qu'il méritait dans le cinéma et qui lui a longtemps été refusée ?

Alain Kruger : C'est exactement ça. C'est un homme qui a existé d'abord en tant que tout petit rôle, puis en tant que second rôle. Il explose d'abord dans Ah ! les belles bacchantes avec la bande de Robert Dhéry et des Branquignols, dans Papa, maman, la bonne et moi avec Robert Lamoureux. Et puis, il y a La Traversée de Paris, en 1956. C'est un moment énorme pour lui parce qu’il devient quasiment l'égal de Gabin. Enfin, il joue à jeu égal à côté Gabin et de Bourvil. Et c'est magnifique.

Vous exposez une lettre de François Truffaut. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle a de spécial ?

Cette lettre est assez étonnante parce qu'on présente non seulement la lettre de François Truffaut, mais aussi la réponse de Gérard Oury. Il se trouve que François Truffaut va croiser Gérard Oury dans un restaurant, chez Maxim's. On est en plein dans l'euphorie du succès du Corniaud et Truffaut ne dit rien à Oury sur son film. Il lui envoie donc une lettre de deux pages pleines de contorsions pour dire "je ne vous ai pas parlé de votre film parce que je n'osais pas vous dire que c'était formidable, parce qu'il a un tel succès". Et c'est assez emblématique de la réaction autour de De Funès, c'est qu'il y avait un tel succès qu'on n'avait pas besoin de lui dire que c'était bien. D’ailleurs on lui disait souvent que c'était mal, mais ce qui est très émouvant, c'est qu’il y a non seulement cette lettre de Truffaut mais il y a la réponse d’Oury qui dit : "Je serais ravi de vous voir, moi, j'aime beaucoup vos films. Je serais ravi de déjeuner avec vous". L'histoire ne dit pas s’il y a eu ce déjeuner et Danièle Thompson [la fille de Gérard Oury], qui nous avait confié la lettre de Truffaut, ne connaissait pas l'existence de la réponse de Gérard Oury.

De Funès explose pendant les Trente Glorieuses, les années de Gaulle, Pompidou, puis Giscard. Pourquoi en 2020, ça nous fait encore rire ?

Si c'est toujours vivant, toujours vivace, c'est parce qu'il y a une sincérité considérable chez De Funès. Il y a quelque chose de vrai et plus il invente des personnages monstrueux, plus on sait qu’il est vrai quand il nous dit : je ne suis pas celui que vous croyez que je suis. Il y a une espèce de paradoxe : il joue des personnages abominables, il a tous les défauts des Français et en même temps, il est la douceur même. Un petit enfant qui fait des blagues et qui nous fait presque un clin d'œil en disant : bon, tout ça, c'est du cinéma. Et je pense que ça, les enfants que nous sommes tous le reconnaissent et trouvent en Louis de Funès une espèce d'exutoire puisqu'il réussit à faire tout ce qu'on n'ose pas forcément faire au quotidien. Et on voit que c'est aussi presque un personnage de dessin animé.

C'est une espèce de Woody Woodpecker quand il fait le monsieur Pivert, et c'est une espèce d’oncle Picsou revu par Tex Avery quand il joue "L'Avare".Alain Krugerà franceinfo

Ce qui me frappe, c'est que les enfants le reconnaissent comme un des leurs. Et je crois que c'est aussi cette sincérité de jeu, ce désir de faire rire : De Funès, c'était un enfant qui faisait rire ses copains à l'école. Il a continué comme ça jusqu'au bout et je pense que l'une des raisons pour lesquelles il n'a pas fait joué tragédie, c'est qu'il avait peut-être peur de faire rire les gens en entrant en scène.

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