Gilles Brinas chorégraphie "Che Malambo" à Bobino : "J’ai voulu cette danse souriante"

Le spectacle "Che Malambo", à l'affiche au théâtre Bobino, nous fait voyager au cœur de l'Argentine avec une danse fougueuse et acrobatique. Un projet de ballet qui fait vibrer son directeur artistique, Gilles Brinas, depuis près de quinze ans. Il nous raconte son coup de foudre pour le Malambo, cette danse traditionnelle argentine méconnue.

Des plaines sud-américaines, le Malambo s'invite sur les planches parisiennes. Au théâtre Bobino, cette danse folklorique argentine dévoile sa fougue. Pas besoin d'orchestre, les pas des danseurs donnent le rythme, au son des tambours et des boléadoras, des espèces de lassos qui frappent le sol en jouant des percussions. Ce projet, le danseur et chorégraphe français Gilles Brinas, ancien de l'Opéra de Lyon ayant travaillé avec Maurice Béjart, en est l'architecte. Moins connu que son cousin le tango, le Malambo a passionné le danseur, qui sillone maintenant le monde avec sa troupe. Il nous raconte sa passion.

Quand et comment avez-vous découvert le Malambo ?

Quand je dansais au Ballet de l’Opéra de Lyon, il y avait déjà beaucoup de danseurs argentins. Puis, un jour, une amie m’a amenée voir des Argentins danser le Malambo. Cette danse m’a enthousiasmée. Mais je l’ai laissée dans un coin de ma mémoire. En 2004, le Malambo est revenu dans mon esprit, comme par magie, et j’ai eu l’idée de faire un ballet avec cette danse. Cette même année je suis allé en Argentine sans rien connaître à cette culture. Etant étranger, ma démarche n’était pas comprise. Les gens disaient qu’on ne pouvait pas comprendre ce travail. Mais je ne me suis pas découragé.

Je suis descendu de l’avion et j’ai traîné dans les rues de Buenos Aires pour trouver des danseurs. Je me suis rendu compte que je ne cherchais pas au bon endroit : le Malambo est une danse traditionnelle, populaire, qui n’est pas appréciée de la haute société de la capitale argentine. Elle est vue comme une culture de paysans. Mais les mentalités ont un peu changé maintenant, car le folklore argentin est en constante évolution.

Je me suis ensuite retrouvé au Ballet national d’Argentine. Par l’entremise du chorégraphe Gustavo Mollajoli, j’ai rencontré la directrice, Nydia Viola. Je lui ai soumis mon projet. Elle a trouvé cela fou. Mais elle a quand même a accepté, parce que j’ai insisté. Puis la compagnie s’est montée par le bouche à oreille et nous parcourons maintenant les scènes du monde entier.

Qu’est ce qui vous charme dans cette danse ?
Le Malambo, c’est un rythme et le rythme c’est le temps enchanté. Cet enchantement s’est inscrit en moi. C’est une danse qui permet aux gens d’être happés par la rythmique.
 

Comment avez-vous adapté cette danse individuelle traditionnelle en ballet destiné au public international ?
Ma force a été de n’y rien connaître : j’avais toutes les possibilités devant moi. Je me suis donc permis des choses qu’un danseur de Malambo n’aurait pas osé faire. J’ai voulu un Malambo souriant alors que traditionnellement c’est une danse austère, synonyme de rivalité. On est également sortis de l’individuel pour construire une chorégraphie de groupe.  Cela a été difficile car chaque danseur avait son propre style. Le Malambo est un folklore local que j’ai voulu universel et contemporain. Mais il faut savoir que le folklore argentin a déjà des racines européennes et également africaines.  

Comment expliquez vous que le Malambo soit bien moins connu que son cousin, le tango argentin ?
Contrairement au tango, le Malambo est très difficile à danser. Il est donc moins bien diffusable. On l’enseigne en famille, c’est une danse qu'on commence dès qu’on sait marcher, mais il y a peu de pédagogie. J’ai moi-même mis une bonne dizaine d’années à le comprendre.

Après le théâtre Bobino, où sera joué "Che Malambo" ?
Après le 21 avril, la compagnie s’envole pour les Etats-Unis. Je suis persuadé que le Malambo va avoir une belle vie. Dimanche 10 mars nous avons fêté notre 300ème représentation.
Vous êtes à nouveau en ligne