"Avec une jauge réduite, les concerts ne seront pas rentables" répond Alexis Bernier, codirecteur du Trabendo à Paris, après l'annonce du Premier ministre

La salle Le Trabendo à Paris. 
La salle Le Trabendo à Paris.  (DAVID FOESSEL)

Le Premier ministre a annoncé que les salles de spectacle pourraient rouvrir le 22 juin en Île-de-France, Guyane et Mayotte (en zone orange) et le 2 juin dans le reste de la France. 

Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé ce 28 mai la réouverture des salles de spectacle le 22 juin pour l’Île-de-France, la Guyane et Mayotte et le 2 juin pour le reste de la France, dans le cadre de la phase 2 du déconfinement. Il a précisé que "les règles de distanciation physique devront y être respectées par une organisation spécifique des places assises, une gestion des flux conforme au protocole sanitaire".

Des annonces jugées "floues" par Alexis Bernier. Il est co-directeur, avec Julien Catala, de la salle de concert Le Trabendo, située dans le parc de la Villette à Paris. La salle possède une capacité maximale de 900 places et accueille en majorité des artistes internationaux, dont les tournées sont à l'arrêt et risquent de le rester pour les prochains mois. 

Alexier Bernier, co-directeur du Trabendo. 
Alexier Bernier, co-directeur du Trabendo.  (Alexis Bernier)
Franceinfo Culture : Qu'avez-vous pensé des annonces d’Edouard Philippe ?

Alexis Bernier : On est dans le flou et c’est inquiétant. Le Trabendo pourrait rouvrir à partir du 22 juin. Mais dans quelles conditions, avec quelle jauge, quel espace entre les spectateurs ? Il semblerait que ce sera à nous de le décider, d’après ce qu’a dit le Premier ministre... J’espère que le ministre de la Culture, Franck Riester, donnera des compléments d’information. Je suis déçu des interventions de ce dernier depuis le début de la crise. Ce n’est pas parce que nous sommes de nouveau ouverts que nous pouvons accueillir du public et des concerts. Il va s'écouler plusieurs mois avant que nous puissions construire une programmation.

Pourquoi ?

Pour bâtir une programmation, il faut qu’il y ait des artistes en tournée, surtout dans une salle de concert plutôt rock comme le Trabendo qui accueille plus de 60% d’artistes étrangers. Or, en ce moment, aucun groupe international ne tourne et cela va prendre du temps de remettre des spectacles sur pied. Pour l'instant, nous n'avons pas de date de concert avant mi-septembre. Je me réjouis néanmoins que nous ayons un horizon. Nous allons maintenant pouvoir commencer à travailler la programmation. 

Nous avons accueilli 170 concerts l’année dernière. A ce stade, j’ai peur qu’on ne puisse en réaliser qu’une quarantaine en 2020, en comptant ceux organisés au début de l’année. Jusqu’en décembre, il ne nous reste que quinze dates programmées, tout le reste a été annulé, repoussé, parfois jusqu’en 2021, ou gelé. Sans aide, nous allons nous retrouver dans une situation très compliquée.

Pourriez-vous fonctionner avec un public réduit ?

Nous ne gagnons de l’argent qu’avec un taux de remplissage de la salle de 80%. Avec une jauge réduite, les concerts ne seront pas rentables. Nous travaillerions à perte, ce serait nous condamner à perdre encore plus d’argent. C’est aussi une grande source d’inquiétude : on ne peut pas ouvrir la salle et y accueillir 300 personnes au lieu de 900, compte tenu des coûts de structure et de gestion.

Quelle est la situation financière du Trabendo ?

Nous avons perdu énormément d’argent pendant cette fermeture, avec des frais importants de loyer et d’assurance. Notre demande d'aide auprès du Centre national de la musique a été refusée car l’état de notre trésorerie était suffisamment bon pour que nous tenions. Nous allons faire une demande pour une nouvelle aide et j’espère que nous serons éligibles. Sinon, nous allons nous retrouver dans une situation catastrophique.

J’ai également peur que nous perdions encore plus d’argent dans cette zone grise où nous avons officiellement le droit de rouvrir alors que nous sommes dans l’incapacité d’organiser une programmation rentable. Cette période post-confinement pourrait être plus dramatique financièrement que celle du confinement.

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