Pourquoi fermer Megaupload ne sert pas à grand-chose

Le logo d\'avertissement du FBI pour lutter contre le piratage.  
Le logo d'avertissement du FBI pour lutter contre le piratage.   (FBI)

Le FBI a ordonné jeudi 19 janvier la fermeture de la plateforme de téléchargement. Cette mesure, utilisée de plus en plus fréquemment, s'avère malgré tout inefficace. FTVi vous explique pourquoi.

Kim Schmitz, alias Kim Dotcom, le fondateur de la plateforme de téléchargement Megaupload, a été arrêté jeudi 19 janvier à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Dans la foulée, le site, qui revendique 50 millions de visiteurs uniques par jour et 180 millions d'abonnés, a été fermé par le FBI.

Selon un classement établi par Google en juillet 2011, quatre plateformes du genre figurent parmi les 100 sites les plus visités. Alors forcément, quand on coupe l'accès des internautes à des millions de séries, films ou morceaux mis à disposition gratuitement en toute illégalité, c'est le scandale. Mais le web en colère est comme l'hydre mythologique : coupez-lui une tête, elle repousse immédiatement.

Pourquoi ordonner la fermeture de ces sites ne sert pas à grand-chose ?

• Parce que les moteurs de recherche jouent les dealers

Google est ainsi devenu "le réseau de distribution principal" de contenus protégés, souligne Slate.fr. En effet, une simple recherche du style "grey's anatomy saison 1 episode 2" donne des centaines de résultats vers des plateformes comme Megaupload ou des sites qui fournissent des liens vers ces sites.

Les ayants droit peuvent toujours "signaler" à Google ou aux sites de téléchargement ce contenu illicite, que la loi les oblige à retirer une fois informés. Mais cela revient à vider la mer avec une passoire : les moteurs de recherche indexent des millions de résultats et autant d'internautes sont prêts à remettre en ligne le contenu effacé dans la minute qui suit.

• Parce qu'on n'apprend pas son métier à un expert

Ces sites emploient et/ou ont été fondés par des experts en informatique, parfois d'anciens hackers, comme Kim Schmitz. Contourner les fermetures et autres suspensions représente un jeu d'enfants pour eux.

En 2006, la justice suédoise a saisi les serveurs du site The Pirate Bay. Sauf que deux jours plus tard, il les rouvre au Pays-Bas. Une semaine après, retour au bercail, en Suède. Et ses administrateurs ont plus d'un tour dans leur sac : alors qu'un procureur italien ordonne durant l'été 2008 le blocage du nom de domaine ainsi que des adresses IP utilisées par The Pirate Bay, ils les modifient. Et voilà, le tour est joué.

Le controversé WikiLeaks a subi une "mésaventure" similaire en décembre 2010. Son hébergeur américain Amazon et son service de DNS (système qui fait le lien entre le nom de domaine et l'hébergeur) lui claquent la porte au nez. Et ? Et wikileaks.org bascule sur wikileaks.ch et transfère ses télégrammes diplomatiques chez le français OVH.

• Parce que les internautes sont solidaires

Pour se prémunir de fermetures intempestives, WikiLeaks a lancé un appel aux internautes qui voudraient bien héberger le site sur leurs serveurs. Des milliers de volontaires acceptent, dont le quotidien Libération, qui publie même un entrefilet dans son édition du 11 décembre. Le journal indique vouloir "empêcher l'asphyxie de WikiLeaks à l'heure où des gouvernements et des entreprises cherchent à bloquer son fonctionnement sans même une décision de justice".

De même, les administrateurs de The Pirate Bay expliquaient en 2006 que "leur priorité [était] désormais de répandre les serveurs du site partout dans le monde, pour le rendre excessivement difficile à fermer", indique Numerama. Certes, mais héberger un site qui reçoit des millions de visites quotidiennes coûte beaucoup d'argent, surtout si l'on se sert d'une douzaine de serveurs pour échapper à la justice, ou du moins retarder son intervention.

A l'époque, une chaîne de solidarité se met en place pour permettre à The Pirate Bay de rouvrir. "Des gens et des entreprises de différents pays nous ont déjà offert des serveurs, de la bande passante et de l'argent", affirmaient ses administrateurs.

Hercule a vaincu l'hydre de Lerne, mais il n'a pu qu'enfouir l'une de ses têtes, immortelle, sous un rocher. Megaupload est mort, vive Megaupload.