Affaire Zahia : l'homme condamné pour proxénétisme aggravé demande au parquet de rouvrir l'enquête après le nouveau témoignage d'une escort-girl

Zahia Dehar à Paris, le 30 mars 2015.
Zahia Dehar à Paris, le 30 mars 2015. (LOIC VENANCE / AFP)

Une femme assure que Zahia Dehar a été entretenue par un riche homme d'affaires suisse, qui organisait des dîners avec des jeunes escort girls.

Il estime que Zahia Dehar n'a pas dit toute la vérité aux enquêteurs et demande à la justice de rouvrir l'enquête : Abou Sofiane, condamné à trois ans de prison dont deux avec sursis pour proxénétisme aggravé à l'encontre de la jeune femme en 2015, espère obtenir la révision de son procès, grâce au témoignage inédit d'une escort-girl, a appris franceinfo lundi 24 février. Selon nos informations, une demande d'acte préalable à une requête en révision vient d'être adressée au parquet de Paris.

L'affaire Zahia avait éclaté en 2010, juste avant la Coupe du monde de football, quand la jeune femme – alors mineure – avait révélé avoir eu des relations sexuelles tarifées avec les footballeurs Franck Ribéry et Karim Benzema, qui ont depuis été relaxés. Abou Sofiane a toujours nié avoir prostitué Zahia Dehar pour le compte de personnalités et de footballeurs.

Des dîners libertins à Genève

Dans une attestation transmise à la justice et que franceinfo a pu consulter, une autre escort girl, Sarah, aujourd'hui âgée de 49 ans, assure que Zahia Dehar était en réalité entretenue, à l'époque des faits, par Yves Bouvier, un riche homme d'affaires suisse. Ce marchand d'art, selon son témoignage, organisait des dîners libertins à Genève où il payait des jeunes femmes 2 000 euros par soirée. Zahia Dehar participait à ces soirées avant que l'affaire n'éclate, selon son témoignage.

Pourtant, quand Zahia Dehar a été entendue comme témoin, en 2010, par la brigade de répression du proxénétisme, elle n’a pas évoqué sa relation avec Yves Bouvier. L’avocat d’Abou Sofiane estime donc qu’elle a menti. Maître Yassine Bouzrou demande au parquet de Paris d’étudier ces éléments nouveaux, de procéder à de nouvelles auditions, en vue d’une requête en révision. L’avocat n’a pas souhaité faire de commentaire sur sa demande.

Accusation de subornation de témoin

Le témoignage de l’ancienne escort-girl décrit également comment les jeunes femmes étaient recrutées par cet homme d’affaires suisse, par l’intermédiaire d’un photographe professionnel. Elle explique aussi avoir travaillé pour ce riche homme d’affaires en tant que détective privée et avoir piégé un agent du fisc suisse pour "faire cesser le contrôle fiscal qu’il subissait".

Ce système de prostitution avait déjà été dénoncé par cette femme en 2015, dans un article du magazine Le Point. Yves Bouvier avait attaqué le journal en diffamation et gagné son procès. Le problème, selon Sarah, c’est que lors de l’audience, il l’a forcée à rester dans un hôtel de Genève pour ne pas témoigner contre lui. Elle dénonce ainsi une subornation de témoin.

Joint par franceinfo, l'avocat d'Yves Bouvier, maître Philippe Valent, rejette en bloc ce nouveau témoignage et évoque une possible "instrumentalisation". "C’est une énième tentative nauséabonde pour atteindre la réputation d’Yves Bouvier. Il s’agit d’un témoignage sans aucune fiabilité. On peut se poser la question de savoir s’il s’agit d’une instrumentalisation. Ce témoin a déjà été instrumentalisé dans l’affaire qui oppose Yves Bouvier au milliardaire russe Dmitri Rybolovlev [le président du club de football de l'AS Monaco]."

C’est maintenant le parquet de Paris qui va devoir examiner la demande d’acte préalable à une requête en révision déposée par Yassine Bouzrou. Il décidera s’il y a lieu ou pas de considérer que ces éléments nouveaux justifient de rouvrir une enquête.

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