Quatre questions sur la pollution au plomb causée par l'incendie de Notre-Dame de Paris

Frédéric Guillo, de la CGT du 4e arrondissement de Paris, s\'exprime lors d\'un point de presse le 5 août 2019 organisé par la CGT et d\'autres associations sur la pollution autour de Notre-Dame.
Frédéric Guillo, de la CGT du 4e arrondissement de Paris, s'exprime lors d'un point de presse le 5 août 2019 organisé par la CGT et d'autres associations sur la pollution autour de Notre-Dame. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Plus de 400 tonnes de plomb sont parties en fumée lors de l'incendie de Notre-Dame en avril, retombant aux alentours de la cathédrale sous forme de poussière.

Les inquiétudes restent vives sur la pollution au plomb consécutive à l'incendie de Notre-Dame de Paris. Le 15 avril, les flammes qui ont ravagé la cathédrale ont fait fondre quatre cents tonnes de plomb contenues dans la charpente de la flèche et la toiture, qui se sont ensuite répandues sous forme de particules. C'est à la suite des révélations de Mediapart, début juillet, que l'Agence régionale de santé (ARS) a publié une cartographie des prélèvements, montrant des taux de concentration de plomb élevés sur le parvis de Notre-Dame, mais aussi, par endroits, sur les quais proches de la cathédrale.

Mardi 6 août, l'ARS a également annoncé que sur 175 dépistages de plombémie [mesures du taux de plomb dans le sang] effectués sur des enfants, 18 dépassent le seuil de vigilance, dont deux de manière importante. Voici quatre questions à propos de cette pollution et des moyens de la combattre.

Quel est le niveau de pollution au plomb ?

Dans les jours qui ont suivi l'incendie, plusieurs laboratoires, dont celui de la préfecture de police de Paris, ont mesuré la quantité de plomb sur les sols, à l'intérieur et autour de Notre-Dame. Selon Mediapart, ils ont relevé, à l'intérieur de la cathédrale, des taux de concentration de 10 à 740 fois supérieurs à ce que le site décrit comme le seuil maximal autorisé (1 000 microgrammes/m2), jusqu'à 500 fois sur le parvis, et de 2 à 800 fois dans les rues alentour.

Une cartographie de prélèvements réalisés entre mai et juillet, mise en ligne par l'Agence régionale de santé (ARS) le 19 juillet, deux semaines après l'article de Mediapart, montre que l'on a relevé des valeurs allant de 36 000 à 955 150 μg/m2 en surface sur le parvis de Notre-Dame, fermé au public depuis l'incendie. Des taux à cinq chiffres sont également observables sur les quais proches de la cathédrale. Notamment un taux de 28 400 μg/m2 à proximité de la fontaine de la place Saint-Michel, très fréquentée et toujours ouverte aux passants.

Toujours sur la rive gauche, quelques écoles présentent des taux de concentration de poussières de plomb supérieurs à 70 µg/m2, selon l'ARS. Un seuil d'alerte qui nécessite, dans le cas de poussières, une intervention rapide, d'après les recommandations d'une circulaire de la Direction générale de la santé (DGS) relative au saturnisme infantile, datant de 2016. C'est le cas d'une petite cour de l'école élémentaire de la rue Saint-André-des-Arts (6e), qui présente un taux de contamination supérieur à 1 000 μg/m2. Dans les écoles élémentaire et primaire rue Saint-Benoît (6e), des taux supérieurs à 1 000 μg/m2 ont également été mesurés dans les cours. Dans l'école élémentaire de la rue de Verneuil (7e), les niveaux mesurés pour trois points de prélèvements en extérieur sont, là aussi, supérieurs 1 000 μg/m2. Aucun de ces établissements n’accueille actuellement d'enfants.

>>> A lire : Incendie de Notre-Dame : ce qu'il faut savoir sur les taux de plomb supérieurs aux normes relevés autour de la cathédrale

Quels sont les risques pour la santé et qui a été potentiellement exposé ?

Entrant dans l'organisme par inhalation ou par ingestion, le plomb peut se diffuser dans le cerveau, le foie, les reins et les os. S'il est ingéré par les enfants, le plomb cause une maladie grave, le saturnisme, qui provoque entre autres des lésions neurologiques irréversibles. Et une exposition aiguë ou chronique à des niveaux élevés entraîne des troubles digestifs, une perturbation des reins, des lésions du système nerveux ou des anomalies de la reproduction. "Il n'existe pas de concentration de plomb dans le sang qui soit sans danger", avertit l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Dans un article publié lundi, Mediapart met en exergue ces chiffres communiqués par l'ARS à la mi-juillet : "Sur 82 enfants contrôlés après l'incendie de Notre-Dame, dix ont des taux de plomb dans le sang supérieurs au seuil de vigilance, selon les chiffres communiqués en juillet par l'Agence régionale de santé. Certains frôlent même le seuil déclenchant une déclaration de saturnisme". Faut-il s'affoler ? Dans une mise au point publiée le 6 août, l'ARS rappelle qu'"une enquête environnementale a été diligentée au domicile du jeune enfant se situant au-dessus du seuil de déclaration obligatoire. Elle a permis de mettre en évidence une source d'exposition au plomb dans le bâti, préalable à l’incendie (balcon recouvert de plomb laminé)". Mais l'agence signalera dans la soirée de nouveaux cas. Depuis le 15 avril, "175 plombémies [mesures du taux de plomb présent dans le sang] ont été effectuées sur des enfants, 18 dépassent les seuils de vigilance, dont deux de manière importante", annonce Aurélien Rousseau, directeur général de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France. Le second enfant accusant un taux important de plomb faisait partie du centre de loisir situé rue Saint-Benoît, dans le 6e arrondissement, fermé depuis le 25 juillet après les mesures de plomb dans la cour. La mesure de plombémie de l'enfant a été effectuée le 31 juillet.

Pour lever tous les doutes, il faudra multiplier les contrôles sanitaires. Responsable de la mission sur le saturnisme menée par Médecins du monde (MDM) après l'incendie de Notre-Dame, Mady Denantes prône un dosage de plombémie (taux de plomb dans le sang) sur tous les enfants et adolescents fréquentant les établissements scolaires à proximité. Mardi 6 août, Anne Souyris, l'adjointe à la Santé de la maire de Paris, a appelé sur BFMTV tous les riverains et ouvriers vivant ou travaillant autour de Notre-Dame à effectuer une plombémie.

Quant aux syndicats CGT de la préfecture de police, de la petite enfance, de l'habitat, de la Ville de Paris ou encore de la police d'Ile-de-France, ils demandent la création à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu d'un centre de dépistage et d'un suivi "clinique, psychologique et social" pour "toutes les personnes exposées". Benoît Martin, de l'Union départementale CGT de Paris, rappelle que, parmi celles-ci, figurent au premier chef les pompiers, mais aussi les différents intervenants et sous-traitants du chantier.

>>> A lire : Pollution au plomb après l'incendie de Notre-Dame : "La vigilance nécessite que tous les enfants autour aient un dosage de plombémie"

Comment lutter contre la pollution au plomb ?

La dépollution concernera à la fois le parvis et les rues aux alentours. La "technique consiste à déposer un film sur les différentes matières qu'on trouve sur le parvis et sur les rues, et à l'enlever quelques jours plus tard avec le plomb. Ça évite toute dissémination dans l'air et ça permet d'avoir une dépollution en profondeur du plomb sur le site", précise Anne Souyris. En revanche, la mairie de Paris n'entend pas confiner totalement le site de Notre-Dame avec arrêt des travaux, comme le demande la CGT (via une mise "sous cloche" par exemple). Quant aux écoles qui entourent la cathédrale, elles ont été contrôlées et sont toutes "ok", assure l'adjointe. Mais pour les endroits qui l'exigent, une dépollution aura lieu "d'ici la rentrée" et "tout va être recontrôlé d'ici la fin août".   “Le véritable enjeu, c’est de faire en sorte que les résidus de plomb n’aillent pas dans des espaces où des enfants peuvent l’ingérer”, souligne de son côté l'Agence régionale de santé, interrogée par franceinfo. “Les mesures de prévention pour les riverains ont été difficiles à mettre en place car c’était une situation inédite", ajoute-t-elle.

Les opérations de dépollution sont lourdes, selon une entreprise spécialisée de déplombage, interrogée par franceinfo. Elles nécessitent le lavage des supports en abondance et la récupération des jus de nettoyage. Après retrait, il faut conditionner tous les déchets en procédant à une aspiration avec des appareils spécifiques. Enfin, une procédure extrêmement stricte doit être mise au point pour les opérateurs de retrait qui doivent porter une tenue adéquate et passer à l'issue de leur journée de travail par un sas de décontamination.Les modes opératoires doivent être envoyés à l'inspection du travail.

>>> A lire :  Notre-Dame de Paris : "encore pollué", le site fera l'objet d'une nouvelle phase de dépollution dès la semaine prochaine

Quel est le calendrier de dépollution ?

Les travaux de dépollution avaient été suspendus le 25 juillet dernier, le préfet d'Ile-de-France ayant jugé la protection contre le plomb insuffisante sur le chantier de la cathédrale. Mais ils doivent reprendre le 12 août avec l'arrivée de nouvelles mesures de protection pour les salariés potentiellement exposés.

Lundi, Anne Souyris a assuré que les alentours de Notre-Dame seraient dépollués d'ici la rentrée scolaire. "Nous avons décidé qu'à la rentrée, les choses seraient rentrées dans l'ordre et que la dépollution devait être une réalité pour toutes et pour tous quand les Parisiens reviendront en septembre". 

L'adjointe a aussi annoncé que la cour de l'école rue Saint-Benoît sera entièrement refaite et que la rentrée pourra se faire sans "aucune ombre au tableau". La petite cour de l'école élémentaire de la rue Saint-André-des-Arts (6e) fera aussi l’objet d’un traitement spécifique avant réouverture, précise la Ville de Paris. Anne Souyris a annoncé que des points seraient faits régulièrement concernant les mesures de contamination de plomb relevées dans les écoles et que des lettres seraient adressées à toutes les familles.

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