L’incendie de Notre-Dame ravive la passion des Français pour le patrimoine

Détail de la façade ouest de la cathédrale Notre-Dame de Paris
Détail de la façade ouest de la cathédrale Notre-Dame de Paris (MATTES REN? / HEMIS.FR / HEMIS.FR)

Si les grands noms de l’économie française - Pinault, Arnault, Bettencourt-Meyers… - ont mis la main à la poche pour participer à la reconstitution de Notre-Dame de Paris, 20 millions d'euros sont venus de petits donateurs, selon l'animateur Stéphane Bern. Le reflet de l'intérêt des Français pour leur patrimoine.

Cette vague de dons devrait encore être accrue avec l'appel qui sera lancé par Stéphane Bern et Marie-Sophie Lacarreau qui présentent samedi 20 avril le grand concert retransmis depuis la Cour des Invalides organisé par France 2 et qui est retransmis en direct.

Sentiment patrimonial

Ces contributions, ce sont "trois années entières" du budget (326 millions d'euros) consacrés à l'entretien et à la conservation des monuments historiques (hors grands projets), remarque Alexandre Gady, de Sites et Monuments. Pour Philippe Bélaval, président du Centre des Monuments nationaux (CMN), cet élan "est révélateur d'un sentiment patrimonial, fait d'une recherche d'élévation et d'une quête de points de repères dans un monde qui bouge".

Il confie ainsi à l’AFP, qu’à ses yeux, il s’agit d’une "culpabilité: comme si on se sentait en tort d'avoir été inattentif au patrimoine". "Quand Notre-Dame part en flammes, cela touche les croyants et au-delà, cela représente les origines chrétiennes de la France, il ne faut pas le nier et le renier", a dit samedi sur franceinfo l'animateur Stéphane Bern.

Un patrimoine dans l’air du temps

Le succès des dons est encouragé par la loi mécénat, qui prévoit des réductions d'impôts de 60% pour les entreprises et de 66% pour les particuliers.

Mais le patrimoine est aussi dans l'air du temps, chaque année un peu plus : des "Journées européennes du patrimoine" en septembre (plus de 12 millions de visiteurs en 2018) permettent aux familles de découvrir des bâtiments inaccessibles dans leurs communes.

Surtout, le lancement d'un loto en 2018 pour la restauration des chefs d'œuvre en péril, accompagné désormais de ventes des collections de timbres et de pièces de monnaie ont donné l'impulsion principale. Et les nombreuses émissions sur les chaînes de télévision ont popularisé la cause, avec le très populaire Stéphane Bern en vedette.

Pour "l'An deux" de la "Mission Patrimoine", dix-huit sites ont été à nouveau sélectionnés et plus de 100 autres monuments doivent être désignés bientôt pour être mieux aidés. La Française des Jeux va étoffer son offre, proposant deux jeux à gratter - à 15 euros et à 3 euros. Un tirage du Loto aura lieu le 14 Juillet, une manière d'affirmer l'enjeu national. Le Loto fait renaître des projets sur le territoire : des propriétaires hésitants, ou qui avaient abandonné leur patrimoine, y ont vu l'occasion de le faire revivre. Des associations se sont créées, a noté un rapport parlementaire.

Des initiatives tous azimuts

Le financement participatif connaît une évolution spectaculaire, démultipliant le potentiel des campagnes de levée de fonds. La start-up Dartagnans a lancé un nouveau modèle économique pour sauver le château de La Mothe Chandeniers (Vienne) en l'acquérant par souscription publique grâce à des dons de quelques 18.000 participants du monde entier devenus actionnaires du monument.

La Fondation du patrimoine, de droit privé, fonctionne elle avec ces centaines de volontaires, jeunes ou retraités, qui tentent de sauver qui un château, qui une église, qui une ancienne usine. "Sans ces bénévoles qui donnent les premiers secours aux sites et les signalent, rien ne serait possible", rappelle Stéphane Bern, qui pointe du doigt que "sauver le patrimoine, c'est sauver des emplois".

Un des défis est d'intéresser les entreprises dans des zones peu attractives, comme pour la restauration du château royal de Villers-Cotterêts dans l'Aisne.

La somme collectée pour Notre-Dame ne pourrait-elle pas être redistribuée aux centaines de demeures et d'églises qui s'écroulent chaque année, malgré la lutte courageuse des volontaires locaux ? "Certains voudraient que les millions d'euros collectés pour Notre-Dame servent à d'autres églises, a relevé samedi dans le Figaro le ministre de la Culture, ajoutant: "Je veux rassurer les donateurs, ils ne seront pas trahis : les fonds versés seront dédiés à Notre-Dame".

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