VIDEO. Paris-Rodez : le train de nuit plus lent aujourd’hui… qu’en 1956 !

Faut-il y voir le symbole des sous-investissements qu'on reproche parfois à l'Etat et à la SNCF ? C'est l'histoire d'un train qui relie Paris et Rodez, l'une des deux dernières lignes à fonctionner la nuit. Un vaste chantier de rénovation est en cours, mais en attendant, si vous faites le voyage, vous mettrez plus de temps aujourd'hui… qu'en 1956 !

L’œil du 20 heures a découvert une ligne de nuit qui est aujourd’hui si lente… qu’il y a 60 ans, ses horaires étaient plus performants. Au temps des dernières machines à vapeur, la SNCF mettait une heure de moins qu’aujourd’hui pour aller en Aveyron. C’est possible !  

19 heures, gare d’Austerlitz à Paris. Des voyageurs s’apprêtent à passer 11 heures dans le train. Pas pour traverser l’Europe, mais un trajet d’à peine 500 kilomètres, pour rallier Rodez : c’est l’un des deux derniers trains de nuit en France. Mais ses horaires ne sont pas au goût de tout le monde : « je ne vois pas l’intérêt de partir à 19h, avant il partait à 22h et c’était très bien ! » marmonne un passager. Son voisin renchérit : « je pense que c’est pas du tout commode : 10 ou 11 heures de trajet, c’est très long ! »  

1h05 de plus qu’il y a 63 ans pour faire Paris-Capdenac  

Pour nous endormir, nous nous sommes plongés dans les horaires de ce train de nuit… en 1956. A l’époque, il quittait Paris à 21h30 pour arriver à Capdenac, première gare d’Aveyron, après 8h29 de trajet… contre 9h34 aujourd’hui, avec les mêmes arrêts.1h05 de plus, qu’à l’époque où les locomotives à vapeur roulaient encore sur cette ligne !   Pourquoi ? Réponse à 0h10, quand le train fait halte à Brive-la-Gaillarde. Nous sommes presque arrivés, mais l’arrêt va durer… jusqu’à 3h45 du matin ! En bref, nous aurons passé plus d’un tiers du voyage sans bouger d’un pouce. Explication de la SNCF : en semaine, des travaux entre Paris et Brive coupent la ligne pendant la nuit, pour plusieurs années... obligeant le train à partir plus tôt.  

Afin de maintenir cette circulation pendant les travaux, nous avons choisi de créer un train “jour-nuit”. Les voitures de nuit du Paris-Rodez sont donc attachées au dernier train de jour empruntant la ligne, et ensuite attachées au premier train qui part de Brive

SNCF

à France 2

Une ligne menacée ?  

Inventer un train “jour-nuit” ? Pour Frédéric Konefal, de la CGT Cheminots, il était possible de faire autrement : « autrefois quand il y avait deux voies comme c’est le cas entre Paris et Brive, et qu’on faisait des travaux, on en maintenait une pour les circulations, et on faisait les travaux sur l’autre. » Pourquoi n’est-ce pas fait aujourd’hui ? « Ce sont des choix économiques de l’entreprise : ça oblige à mettre des moyens de sécurité supplémentaires pour sécuriser le chantier et le train. »  

Les deux voies sont donc coupées en même temps par les travaux de nuit. Un choix que la SNCF n’a pas souhaité commenter, mais que fustige le député (LR) du Lot Aurélien Pradié. Le départ avancé du train de nuit, qu’il juge inadapté aux besoins des voyageurs, ne serait pas sans conséquences selon lui : « chaque période de travaux est l’occasion de dégoûter d’une manière très claire les usagers d’utiliser les moyens de transport : progressivement ils seront de moins en moins nombreux à l’utiliser, et on a là tout le prétexte pour fermer la ligne ».  

Pour l’instant, aucun projet de fermeture n’est annoncé. Selon la SNCF, cette situation « perdurera en 2020 et certainement les années suivantes ». Ce train de nuit n’est pas près de rattraper la machine à vapeur.

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