Référendum en Nouvelle-Calédonie : "C'était la deuxième colonie de peuplement de l'empire français après l'Algérie"

Un garçon avec un drapeau pro-indépendance, à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, le 30 octobre 2018.
Un garçon avec un drapeau pro-indépendance, à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, le 30 octobre 2018. (THEO ROUBY / AFP)

L'historien Frédéric Angleviel rappelle que la Nouvelle-Calédonie a été utilisée par la France notamment pour installer des personnes condamnées au bagne, au 19e siècle.

"La Nouvelle-Calédonie était la deuxième colonie de peuplement de l'empire français après l'Algérie", a indiqué jeudi 1er novembre sur franceinfo Frédéric Angleviel, historien, spécialiste de l’Océanie francophone. Un référendum sur l'indépendance a lieu dimanche 4 novembre sur cet archipel du Pacifique Sud, colonisé au 19e siècle par la France. 

franceinfo : L'histoire de l'archipel calédonien n'a pas commencé avec les Européens, c'est une histoire qui remonte à plus de 3 000 ans ?

Frédéric AnglevielIl y a à peu près 3 200 ans, il y a des Austronésiens, les ancêtres des Kanaks qui sont arrivés en passant par la Papouasie, les Salomon, le Vanuatu pour arriver au bout de l'arc mélanésien, dans une région très isolée, très éloignée du monde qui était non pas la Nouvelle-Calédonie, puisqu'il faudra attendre 1774 et la découverte mutuelle avec James Cook pour que ce nom lui soit attribué. On parle de Kanak en Nouvelle-Calédonie à partir de 1 000 ans après Jésus-Christ. Le mot "Kanak" vient du mot "kanaka", en langue hawaïenne, qui est une langue polynésienne, il veut dire "homme".

À quel moment la France s'intéresse-t-elle à la Nouvelle-Calédonie ?

La France s'intéresse à la Nouvelle-Calédonie le 24 septembre 1853, c'est la date précise, d'abord parce qu'il y avait la guerre des pavillons entre la France et l'Angleterre, les rivalités coloniales de l'époque. Il y avait aussi des missionnaires catholiques de la société de Marie en Nouvelle-Calédonie, qui avait demandé le soutien du jeune Second Empire, par rapport à des protestants généralement anglophones. La France se posait aussi la question de trouver une solution pour ses bagnards, comme l'avait fait l'Angleterre avec l'Australie, 50 ans auparavant et donc la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie était aussi un souhait de Napoléon III pour en faire un lieu de réhabilitation par le travail pour les Transportés.

Quel type de colonisation s'est déployé en Nouvelle-Calédonie ?

La Nouvelle-Calédonie a eu une colonisation très particulière, puisque c'était la deuxième colonie de peuplement de l'empire français après l'Algérie. Mais comme la Nouvelle-Calédonie était aux antipodes de l'Europe, les départs volontaires étaient peu nombreux. Donc le but entre autres du bagne a été de mettre en place une colonisation pénale qui a été une réussite, puisque sur les 2 000 bagnards à qui ont été attribués trois à cinq hectares de terres pour s'installer, la moitié d'entre eux ont pris souche, dont mon arrière-grand-père.

À quel moment est-on sorti de ce système fondé sur le bagne pour construire ce qu'on peut appeler une société calédonienne ?

On peut dire que c'est en 1945, puisque c'est la fin de l'empire français et le remplacement par des départements, des territoires et des pays d'Outre-Mer. La Nouvelle-Calédonie a eu le choix, en 1955, lorsqu'est arrivé le général de Gaulle et la Ve République. Il y a eu un référendum pour la Constitution. Il était dit que dans toutes les parties ultramarines de l'ancien empire français, le vote pour la nouvelle Constitution voulait dire qu'il y avait un souhait de rester dans l'ensemble français. Le parti Union calédonienne, qui était à l'époque un parti autonomiste et qui est aujourd'hui un parti indépendantiste, a appelé en 1958 tous les Calédoniens à voter pour rester dans l'ensemble français. Ce qui fait qu'en pleine vague de décolonisation, 98% de la population calédonienne de l'époque a souhaité rester au sein de la France.

Ensuite, après la Seconde Guerre mondiale, il y avait un tiers d'Européens, un tiers de Kanaks et un tiers d'Asiatiques. Les Asiatiques ont disparu peu à peu pour retourner en Indonésie ou au Vietnam, ce qui fait qu'on a eu 50% de Kanaks et 50% d'Européens, ce qui a amené chacune des communautés à faire des compromis. Par contre, il y a eu le boom du nickel entre 1968 et 1972, avec l'arrivée de 30 000 habitants, métropolitains ou wallisiens et futuniens, la donne change, le corps électoral devient plus conservateur, cela amène les Kanaks à se tourner vers une démarche identitaire et d'indépendance.

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