Montpellier : 200 images du photographe personnel d'Adolf Hitler exposées pour la première fois en France

Photographie de Heinrich Hoffmann diffusée comme \"carte coloriée\" dans les paquets de cigarettes Altona, à collectionner puis à coller dans de gros albums.
Photographie de Heinrich Hoffmann diffusée comme "carte coloriée" dans les paquets de cigarettes Altona, à collectionner puis à coller dans de gros albums. (Bayerische Staatsbibliothek, München / Bildarchiv (Bavarian State Library, Munich / Picture archive))

Une exposition à Montpellier montre les clichés du photographe Heinrich Hoffmann. L'objectif est d'éclairer comment se sont construites la propagande et la dictature.

Le Pavillon populaire de Montpellier accueille, à compter de mercredi 27 juin et jusqu'au 23 septembre prochain, une exposition photographique avec pour seul et unique personnage Adolf Hitler, rapporte France Bleu Hérault. C'est une première en France et quasiment en Europe.

"Un dictateur en images" propose, en effet, de découvrir près de 200 photos réalisées par Heinrich Hoffmann, le photographe personnel du dictateur nazi. De celles prises dans sa prison de Landsberg en 1924 à la toute dernière, réalisée en avril 1945, alors qu'Adolf Hitler découvre les décombres de la chancellerie allemande détruite par les forces alliées.

Des photographies de propagande réalisées par Heinrich Hoffmann.
Des photographies de propagande réalisées par Heinrich Hoffmann. (Bayerische Staatsbibliothek, München / Bildarchiv (Bavarian State Library, Munich / Picture archive))

"On n'expose pas Hitler, mais on expose son photographe officiel. C'est complètement différent !", explique à France Bleu Hérault Gilles Mora, directeur artistique du Pavillon populaire de Montpellier. "L'exposition analyse les rapports entre la photographie et la propagande. Pourquoi Hitler ? Car tous les documents historiques proviennent d'Heinrich Hoffmann, mais on ne s'est jamais posé la question de savoir comment ces documents ont été réalisés", affirme Gilles Mora.

Décrypter la propagande

Les responsables de l'exposition veulent déconstruire les processus de communication. "Le but est de montrer comment, à travers la photographie d'Heinrich Hoffmann, qui était le seul photographe autorisé par Hitler, se construisait une dictature et une propagande" précise le directeur artistique.

C'est Hitler qui contrôlait, qui rejetait, qui suggérait et c'est ça qui est intéressant.Gilles Mora, directeur artistiqueà franceinfo

Par exemple, lors d'une visite de Mussolini, le dictateur italien, à Munich en 1937, on distingue sur la photo originale que ce dernier marche devant, alors qu'Hitler semble lui emboîter le pas. Inconcevable pour le régime nazi, qui a alors chargé Heinrich Hoffmann de trouver un moyen de modifier la photo. En retournant simplement le négatif, la photo remaniée montre alors le dictateur nazi bien devant Mussolini, comme si celui-ci mettait finalement ses pas dans ceux d'Hitler.

Plusieurs précautions prises avant l'exposition

Dès que l'idée de cette exposition a germé dans l'esprit des responsables du Pavillon populaire, ces derniers ont aussitôt tenu à obtenir l'aval des élus, mais aussi de plusieurs personnalités importantes dans ce domaine : "Le directeur du Mémorial de la Shoah, Jacques Fredj, a aussitôt cautionné notre initiative et compris que cela participait à un devoir de mémoire", poursuit le directeur artistique.

Le Pavillon populaire s'est également entouré de deux des plus grands historiens du nazisme, Johann Chapoutot ou Denis Peschanski. Ils ont également appuyé l'exposition. Pour Johann Chapoutot par exemple, "parler, captiver, subjuguer, par un art oratoire consommé, c'est la seule chose qu'Hitler saura faire de toute sa vie".

"Regarder le diable dans les yeux"

Comme d'autres chefs d'État de l'époque, Hitler avait compris en effet que la photographie était un moyen très efficace de servir sa propre propagande : "Le but c'est de montrer à quel point la photographie est un univers dans lequel on projette les images qu'on veut voir et pas du tout celles de la réalité. C'est une construction mentale au même titre que la littérature", précise de son côté Alain Sayag, le commissaire de l'exposition.

"S'intéresser à cette figure du mal absolu qu'est Hitler, c'est regarder le diable dans les yeux et donc voir comment la fascination du diable peut s'exercer, comment ce système a pu se mettre en place", a-t-il expliqué.

Un usage moderne de la photographie

Hitler avait compris que la photographie était un outil adapté à son époque, raconte le directeur artistique du Pavillon populaire : "La télévision n'existait pas. En 1936, elle est balbutiante, expérimentale, comme inexistante. La photographie est au service de la propagande. En Union soviétique pour la propagande autour du stalinisme et aux États-Unis autour de Roosevelt et sa politique du New Deal. Ce que fait Hitler est, dans les années 30, quelque chose qui est dans l'air du temps".

L'exposition, gratuite, dure jusqu'au 23 septembre à Montpellier.

Vous êtes à nouveau en ligne