En Allemagne, les héritiers de la couronne réclament des châteaux confisqués après la Seconde Guerre mondiale

Le château de Cecilienhof à Potsdam, récemment rénové. 
Le château de Cecilienhof à Potsdam, récemment rénové.  (CHRISTOPH SOEDER / DPA)

Le prince Georges-Frédéric de Prusse, chef de la maison impériale des Hohenzollern, demande notamment un droit de résidence dans le célèbre château de Cecilienhof à Potsdam.

Un siècle après la fin de la monarchie en Allemagne, les héritiers de la famille impériale suscitent la polémique en réclamant le retour de châteaux et d'oeuvres d'art confisqués après la Seconde Guerre mondiale. "Ces demandes se basent sur celles de mon grand-père, présentées après la réunification, que je poursuis pour ma famille", a justifié dans une récente interview au quotidien Die Welt le prince Georges-Frédéric de Prusse, chef de la maison impériale des Hohenzollern, qui a marqué un millénaire de l'histoire de l'Allemagne.

Expropriations réalisées par la RDA 

La vénérable dynastie, détrônée avec Guillaume II après la Première Guerre mondiale, juge avoir été injustement expropriée à l'Est par les Soviétiques dans ce qui deviendra ensuite la RDA communiste, alors qu'un accord scellé en 1926 avec l'Etat allemand réglait la répartition des biens impériaux. 

Les détracteurs des Hohenzollern s'étouffent face à des demandes de restitution tardives et rappellent pour certains les sympathies nazies de membres de la famille impériale durant le IIIe Reich. L'enjeu est de taille : un droit de résidence notamment dans le célèbre château de Cecilienhof à Potsdam, des milliers d'oeuvres d'art et plus d'un million d'euros à titre de compensation sont réclamés par la famille du dernier Kaiser.

Le château de la Conférence de Potsdam

Avec ses colombages, son architecture de style Tudor, ses six cours intérieures et ses 55 cheminées, Cecilienhof est célèbre pour avoir accueilli la conférence de Potsdam à l'été 1945, où les Alliés décidèrent du sort de leurs ennemis. Même si les Hohenzollern assurent ne vouloir exercer "aucune influence sur la présentation des collections et des expositions" à l'intérieur, ils entendent récupérer leurs biens, devenus d'abord propriété de la RDA en 1949 puis de l'Etat allemand après la réunification en 1990.

Face à eux, la fondation publique qui gère l'essentiel du patrimoine de l'ancienne Prusse, les Länder de Brandebourg et de Berlin, où se situait le coeur de la province royale, ainsi que l'Etat fédéral allemand. "Les Hohenzollern se sont marginalisés avec leurs revendications inacceptables", tempête le ministre des Finances du Brandebourg, Christian Görke.

"Quel culot !"

Les tractations entre les représentants de la famille Hohenzollern et les fondations culturelles qui gèrent les biens en question durent depuis des années mais se sont durcies ces dernières semaines lorsque la famille a présenté une liste détaillée de revendications. Faute de compromis à l'amiable, les tribunaux devront trancher. Georges-Frédéric de Prusse vient déjà de perdre un procès visant à récupérer un château au bord du Rhin, non loin du célèbre rocher de la Lorelei.

"Quel culot !", s'est emporté l'ancien président de la chambre des députés allemands, Wolfgang Thierse, à propos des demandes de restitution impériales. "Les revendications se basent sur le droit et découlent de la loi. Elles n'ont pas évolué", réplique à l'AFP Markus Hennig, l'avocat des Hohenzollern. L'accord de 1926 octroyait à la famille un droit de résidence dans 39 châteaux et la propriété sur leur contenu. "C'est une position juridique. Le prince ne doit pas et ne veut pas habiter dans un château. Il s'agit simplement de savoir ce qu'il adviendra de ce droit de résidence", assure Markus Hennig.

Soutien au régime nazi

Au-delà de l'aspect légal, cette affaire réveille un conflit de mémoire autour de l'attitude des Hohenzollern après l'arrivée des nazis au pouvoir. Et ce au moment où les partisans d'une réhabilitation du passé prussien de l'Allemagne donnent de la voix. Selon une loi de 1994, toutes les personnes ayant été expropriées par l'Union soviétique ont le droit de revendiquer une indemnisation si "elles n'ont pas soutenu le régime nazi".

Or "il y a un débat entre historiens autour du lien controversé du Kronprinz (le prince héritier, arrière-grand-père de Georges-Frédéric) avec le nazisme. La plupart d'entre eux estiment tout de même qu'il existait un lien très fort entre le NSDAP et le Kronprinz, bien qu'il n'ait jamais été membre du parti", explique l'historien Stephan Malinowski."En 1932", relève-t-il, "le Kronprinz appelle à voter pour Hitler lors de l'élection présidentielle", qui sera remportée une nouvelle fois par le maréchal Hindenburg.

Dans le Land de Brandebourg, la gauche radicale, membre du gouvernement régional de coalition, milite pour un référendum populaire contre les demandes de restitution impériales. Alors que le débat fait rage, la réouverture prochaine à Berlin d'un autre château emblématique des Hohenzollern suscite aussi la controverse : la décision prise par les députés allemands de reconstruire à l'identique le château de Berlin, résidence principale de la famille impériale jusqu'en 1918, détruit pendant la Seconde Guerre mondiale avant d'être remplacé par le Parlement de la RDA, est dénoncée par les détracteurs du passé prussien national.

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