Ce que va changer l'ouverture au public des archives de Vichy

Le maréchal Pétain lors de son procès devant la Haute Cour de Justice, en août 1945. 
Le maréchal Pétain lors de son procès devant la Haute Cour de Justice, en août 1945.  (PHOTOSVINTAGES/AFP)

Un décret publié au Journal officiel a annoncé l'ouverture des archives au public d'archives de la seconde guerre mondiale. 

Le 6 juin 2012, François Hollande vient à peine d'être élu président de la République. Il choisit, pour son premier déplacement officiel, de se rendre à Caen, au Mémorial de la guerre inauguré en 1988 par François Mitterrand. Dans son discours, François Hollande témoigne à plusieurs reprises de son attachement à la mémoire historique, affirmant, notamment, qu'elle "doit savoir survivre aux témoins des évènements eux-mêmes et trouver encore les mots quand les voix des survivants se sont éteintes".

Aujourd'hui son attachement semble être toujours d'actualité. Dimanche 27 décembre, un décret publié au journal officiel, et entrant en vigueur le lendemain, a annoncé l'ouverture d'archives de la seconde guerre mondiale. Des milliers de dossiers de collaboration seront rendus publics par les services de police, en plus d'autres documents émanant des ministères de la Justice et des Affaires internationales. Révolution ou geste symbolique ? Francetv info revient sur les conséquences de cette ouverture.

Dans les faits, des archives déjà largement accessibles

D'après Denis Peschanski, historien et Directeur de recherche au CNRS, "il faut mesurer l'impact de cet arrêté. On parlait énormément de Vichy, de l'occupation et des années noires depuis des décennies. On avait accès librement à une partie des archives, et pour d'autres, on avait des dérogations." Cette vague de libéralisation de l'accès aux archives, qui concerne principalement des documents issus des tribunaux judiciaires des années qui suivent la Libération (et notamment des faits de collaboration, dont Vichy), n'est d'ailleurs que l'achèvement d'un processus de libéralisation entamé des années plus tôt. 

Le décret ministériel étend les limites d'une pratique déjà bien en place. Henry Rousso, spécialiste de l'histoire de la mémoire, explique ainsi qu'il "ne s'agit pas d'une ouverture des archives. C'est un complément à la loi de 2008 qui a réformé les archives et libéralisé leur accès, avec des restrictions sur certains types de documents". L'accès aux archives était en fait soumis à dérogation : chercheurs comme profanes étaient libres de demander l'accès à des documents, mais leur demande pouvait être refusée. Cette dérogation est aujourd'hui devenue "générale". D'après Rousso, pour qui "beaucoup d'archives étaient déjà libres d'accès", "ça veut dire que ce sont les derniers obstacles qui sont levés".

Une portée symbolique et politique forte

Cette libéralisation de l'accès aux archives pourrait donc sembler anecdotique. Mais pour Stéphane Grimaldi, directeur du Mémorial de Caen, "toute ouverture d'archives est importante, et encore plus quand il s'agit des années les plus noires de France". D'après lui, une telle décision devrait "permettre d'observer plus finement le quotidien des Français, notamment sur la question des archives judiciaires, et comprendre mieux les mécanismes mêmes de la collaboration, qui sont très complexes." 

Cette décision, prise à l'appel de chercheurs et d'activistes, n'est par ailleurs pas sans portée politique. En plus de servir le discours tenu par François Hollande depuis 2012, elle intervient au moment même où racisme et antisémitisme semblent gagner en France à nouveau du terrain. Si l'impact concret de ce décret est minime d'après Denis Peschanski, l'ouverture des archives n'est toutefois pas complètement dénuée d'intérêt : "Faire reculer le racisme et l'antisémitisme, ça passe par une meilleure connaissance de la seconde guerre mondiale, une meilleure diffusion de ces connaissances, et une pédagogie".

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