Les bébés préhistoriques buvaient du lait animal dans des "biberons" en céramique

Une sélection de vaisselles destinées à nourrir les bébés, datant, ici, de l\'Âge de bronze, réunie pour l\'Institut d\'archéologie orientale et européenne / Académie des sciences autrichienne. Photo publiée le 24 septembre 2019
Une sélection de vaisselles destinées à nourrir les bébés, datant, ici, de l'Âge de bronze, réunie pour l'Institut d'archéologie orientale et européenne / Académie des sciences autrichienne. Photo publiée le 24 septembre 2019 (HO / INSTITUTE FOR ORIENTAL AND EURO / AFP)

Les analyses chimiques des résidus de lipides que contenaient ces récipients ont révélé la présence d'acides gras d'origine animale, confirmant que les bébés buvaient du lait animal lors du sevrage.

Comment les bébés préhistoriques étaient-ils nourris quand ce n'était pas au sein ? Pour la première fois, des scientifiques ont prouvé que des poteries s'apparentant à des biberons et découvertes dans des tombes d'enfants avaient contenu du lait de ruminants, selon une étude parue dans la revue Nature, mercredi 25 septembre.  De petits récipients en céramique avec un bec verseur et pouvant tenir dans la main d'un bébé sont apparus pour la première fois en Europe au Néolithique (vers -5 000 avant notre ère), et se sont généralisés à l'âge du Bronze, puis du Fer. Les archéologues supposaient que cette vaisselle était utilisée pour faire boire les bébés, mais sans en avoir la preuve : ces poteries auraient aussi bien pu servir à alimenter des malades ou des infirmes.

Pour en avoir le cœur net, une équipe de chercheurs a analysé trois spécimens découverts en Bavière (Allemagne), l'un dans une nécropole de l'âge du Bronze (entre 800 et 450 avant Jésus-Christ) et les deux autres dans un cimetière de l'âge du Fer (entre 800 et 450 avant Jésus-Christ). Tous avaient été enterrés au côté d'enfants âgés de moins de 6 ans. Les analyses chimiques des résidus de lipides que contenaient ces récipients ont révélé la présence d'acides gras d'origine animale, dont du lait de ruminants (bovins, ovins ou caprins domestiqués), confirmant que les bébés buvaient du lait animal lors du sevrage, ou en complément du lait maternel, détaille l'étude.

Une "vision plus fine" de l'alimentation infantile durant la préhistoire

"C'est la première preuve directe de ce que buvaient les bébés durant la Préhistoire en Europe" lors du sevrage, s'est félicitée auprès de l'AFP Julie Dunne, chercheuse en archéologie biomoléculaire à l'Université de Bristol (Royaume-Uni). "Le fait de trouver ces 'biberons' à l'intérieur de tombes d'enfants, couplé à l'analyse chimique, confirme que cette vaisselle a été bien été utilisée pour les nourrir avec du lait animal, a poursuivi l'auteure principale de l'étude. Certains de ces 'biberons' sont presque des jouets, ils devaient faire rire les enfants."

Pour la chercheuse, "cette découverte nous offre une vision plus fine de la manière dont les familles préhistoriques géraient l'alimentation infantile au moment du sevrage, une période risquée pour l'enfant". Le lait animal, non pasteurisé, comportait en effet davantage de risques de contamination que le lait maternel. Mais son utilisation, devenue possible avec l'apparition de l'agriculture et l'élevage, s'inscrit tout de même dans le cadre d'une amélioration globale de l'alimentation, qui a conduit à une hausse du taux de natalité, pointe l'étude.

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