Egypte : l'installation de quatre sphinx antiques au centre de la ville du Caire fait polémique

Les sphinx à tête de bélier (criosphinx) du temple de Louxor (Egypte).
Les sphinx à tête de bélier (criosphinx) du temple de Louxor (Egypte). (FREDERIC SOREAU / PHOTONONSTOP / AFP)

Le transfert depuis Louxor de ces quatre sphinx à tête de bélier vieux de plus de 3000 ans au centre du Caire inquiète les archéologues mais réjouit certains habitants.

Sur l'emblématique place Tahrir du Caire, épicentre de la révolte populaire de 2011 connue pour ses embouteillages monstres, quatre sphinx fraîchement déplacés de leur site originel à Louxor (sud) attendent d'être officiellement dévoilés.

Vieux d'environ 3.500 ans, les sphinx à tête de bélier et corps de lion ont longtemps orné le temple de Karnak avant leur transfert début mai dans la capitale égyptienne.
Les quatre pièces de grès ont été installées autour d'un obélisque de granite rose trois fois millénaire portant une représentation du roi Ramsès II, déplacé quelques mois plus tôt du site archéologique de Tanis, dans le delta du Nil.

Archéologues et universitaires inquiets

Ce projet urbanistique, lancé par les autorités en 2019, crée la polémique. Il s'est attiré les foudres d'archéologues, de militants et d'universitaires, en raison notamment de l'exposition des pièces antiques à la pollution et à l'érosion.

Fin 2019, une pétition demandant l'arrêt des travaux a été adressée au président Abdel Fattah al-Sissi. Une ONG locale, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, a même entamé une procédure judiciaire dénonçant la mise en danger "d'objets inestimables" en invoquant la convention de Venise pour la préservation des monuments.

"L'importante pollution sur la place Tahrir va dégrader les objets (antiques)", qui risquent de perdre leur valeur historique, a mis en garde sur Facebook l'égyptologue Monica Hanna. Au coeur de la capitale égyptienne, la place Tahrir est très souvent embouteillée et enfumée.

Le projet a pour but d'embellir la place Tahrir

En décembre, le président Sissi estimait que les statues doteraient la place d'une "touche de civilisation". Entre autres transformations, les autorités prévoient d'unifier la couleur des façades entourant la place, qui héberge plusieurs bâtiments importants dont le musée égyptien très prisé des touristes.

Il est également prévu d'ajouter de l'éclairage et de réduire le nombre de panneaux publicitaires. Quant aux craintes de voir les statues vandalisées, le ministre du Tourisme Khaled al-Enany a affirmé que des piédestaux avaient été construits "afin que personne ne puisse les toucher".

Si le projet est critiqué, certains s'en félicitent

Certains se réjouissent de cette installation. Mahmoud Zaki, guide touristique à Louxor, considère que les adversaires du projet "ne se rendent pas compte" de la gloire que représente la présence de ces oeuvres sur "la plus célèbre des places d'Egypte".

Un avis que partage l'expert en égyptologie Ali Abu Deshish: "ça n'a pas de sens que des obélisques égyptiens se trouvent sur des places aux quatre coins du monde et qu'il n'y en ait pas sur Tahrir".

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