Qui est Rosalía, la bomba qui explose les coutures du flamenco ?

La chanteuse et musicienne espagnole Rosalia.
La chanteuse et musicienne espagnole Rosalia. (SONY ESPANA)

Cette jeune chanteuse et musicienne espagnole dépoussière le flamenco en l'hybridant avec du R&B, du rap et de la pop. En marche pour la gloire internationale, elle fait halte dimanche 2 juin au festival We Love Green.

Brune fraîche au regard de braise, Rosalía fait sensation actuellement en bousculant le flamenco qu'elle maîtrise sur le bout des doigts. Mixé avec les sonorités urbaines actuelles, ce genre traditionnel fait grâce à elle sa mue contemporaine. Déjà star dans son pays, la chanteuse demandée par des figures comme James Blake et Pharrell Williams est en passe de conquérir le monde après avoir mis le pied en Amérique (latine et du nord). 

Dans la foulée du prestigieux festival américain Coachella en avril, elle est dimanche 2 juin en exclusivité française au festival parisien We Love Green. Voici tout ce qu'il faut savoir sur cette talentueuse jeune catalane prête à renverser la table.



1Une ascension fulgurante qui ne fait que commencer

Née il y a 26 ans à Sant Esteve Sesrovires et grandie à Barcelone, Rosalía a su très jeune que le chant serait sa vie. "Chanter est la forme la plus pure de communication que je connaisse", dit-elle.

Avec son premier album, Los Ángeles, (Les Anges, pas la ville), paru en 2017, Rosalía avait déjà commencé à faire parler d'elle au-delà de son pays. Aux Etats-Unis, elle avait obtenu le Latin Grammy award de la meilleure nouvelle artiste, une première pour une artiste espagnole. Sa réputation était alors due en partie à Brillo, un duo avec le très populaire chanteur de reggaeton colombien J.Balvin.

Mais c'est avec son second album El Mal Querer sorti en mai 2018 que sa notoriété a explosé au plan international et ce dès le ravageur premier single Malamente (streamé plus de 80 millions de fois). Ce concept album long de 30 minutes, qui lui a valu deux Latin Grammy Awards en novembre 2018, est divisé en 11 chapitres et autant de chansons. Il est inspiré d'un manuscrit du 13e siècle baptisé Flamenca (aucun rapport avec le genre musical mais la coincidence l'a toutefois interpellée) qui raconte les tourments puis l'émancipation d'une jeune femme que son mari jaloux retient prisonnière dans une tour. Rosalía se questionne : la façon d'aimer a-t-elle changé sept siècles plus tard ?

Plus récemment, sa présence sur le nouvel album de James Blake Assume Form avec le très beau Barefoot in the Park (ci-dessous) a encore élargi son audience du côté des amateurs de musique électronique tandis que son second duo explosif avec J. Balvin, Con altura, achevait d'en faire l'une des plus belles promesses commerciales musicales en Amérique latine. Et ce n'est pas fini puisque Pharrell Williams l'a sollicitée pour travailler avec lui.




2Rosalía libère le flamenco

Enfant, chez ses parents, Rosalía écoutait les Beatles, Queen et Bruce Springsteen. Puis elle a rencontré le flamenco par hasard, dans la rue, a l'âge de 13 ans via l'icône Camaron de la Isla. Un choc. Aujourd'hui, elle n'a aucune barrière et écoute de tout, aussi bien Nick Cave que James Blake, Travis Scott que Lola Flores. Entre ses mains sans œillères, le flamenco prend de nouvelles couleurs : mixé avec du hip-hop, du R&B, de la pop et de l'électro, ce genre traditionnel renaît sous une forme contemporaine extrêmement excitante.

La base classique est très importante pour moi. Mais à partir de là, je veux être libre.RosalíaRolling Stone

Dans son approche décomplexée, Rosalía injecte au flamenco tous les attributs de la jeunesse et de la modernité. Il fallait oser exploser les contours et les coutures de ce genre musical ancestral traditionnel très codifié. Rosalia n'a pas manqué d'ailleurs de s'attirer les critiques des puristes en expérimentant librement avec des synthétiseurs et des boîtes à rythmes Roland 808. Mais elle conserve les claquements de mains caractéristiques (les palmas) et la charge émotionnelle du chant, essentiels au flamenco.

"J'ai appris la tradition. J'ai appris toutes les règles", souligne-t-elle dans Rolling Stone. "Mais je dois être transparente avec la façon dont je comprends le flamenco ici et maintenant, avec qui je suis, avec mes références, mon âge et l'époque dans laquelle je vis."




3Chanteuse, auteure, compositrice et musicienne

Rosalía ne s'est pas faite en un jour. C'est une acharnée de travail. Elle a notamment étudié le flamenco, l'art du cante et les palmas (percussions produites par les claquements de mains) durant une dizaine d'années à l'Ecole supérieure de musique de Catalogne à Barcelone, auprès du respecté professeur José Miguel Vizcaya alias El Chiqui.

Féministe et déterminée, Rosalía n'est pas que chanteuse et tient à le faire savoir. Sa musique elle l'écrit, la joue (claviers, guitare, basse) et la produit aussi. Bien que les producteurs Anton Alvarez et Pablo Diaz (alias El Guincho, star montante de l'électronique) soient derrnière elle, elle sait tout faire.

J'ai la chance de pouvoir travailler avec des gens formidables… Mais je suis responsable de mon travail et de mon son. Il est important pour moi que les gens sachent que les femmes sont capables de diriger leurs propres projets.RosaliaJezebel

"Je fais très attention à tout dans ma proposition, pas seulement à l'aspect musical", ajoute-t-elle dans le même entretien à Jezebel. "Pour moi, la musique est la fondation, la priorité. Mais je suis passionnée et j'aime m'occuper de tous les détails."

Les détails ce sont aussi les visuels et surtout la danse et les chorégraphies affolantes que la chica, soucieuse de projeter l'image d'une femme puissante, propose avec une troupe de danseuses dans ses clips et sur scène. Mixant baskets et froufrous girly, chaînes de rappeurs et griffes de panthère, ces chorégraphies sensuelles et sportives n'ont rien à envier à celles des stars du R&B.

Rosalía chante Malamente sur la plaza de Colón à Madrid entourée de ses danseuses devant 11.000 personnes en décembre 2018


4Elle fait ses débuts d'actrice dans le dernier Almodóvar


Dans Douleur et gloire, le dernier long-métrage autobiographique de Pedro Almodóvar présenté en compétition à Cannes, on peut apercevoir Rosalía faire ses premiers pas au cinéma. Elle est une des femmes à la langue bien pendue qui vont laver leur linge à la rivière en compagnie de la mère du héros (Penelope Cruz). Elle chante même avec l'actrice une vieille chanson andalouse, A Tu Vera. Dans les images du tournage ci-dessous, on la voit vêtue d'un haut rose.



Son compatriote Pedro Almodóvar a repéré Rosalia en assistant à l'un de ses concerts en 2017. Cette voix de chanteuse de flamenco à l'ancienne de la part d'une si jeune fille lui avait tiré des larmes. En lui remettant le prix de la Femme de l'année 2018 décerné par le quotidien espagnol El País, le cinéaste a déclaré : "Tu devrais être fière d'être indéfinissable."

Pour son seul concert en France cet été, Rosalía est dimanche 2 juin au festival We Love Green.

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